Le Jardin Royal de Ajuda, accompagné d’un Muséum d’histoire naturelle, avait coûté une fortune, plusieurs millions et quelques fermes royales de grande valeur, lors de sa conception du temps du Marquis de Pombal. Pourtant, quelques cinquante ans plus tard, lors des invasions françaises au Portugal (1808-1811), le tout se trouvait déjà dans un état de délabrement avancé.

(Photos :M.J.Sobral)

Le Muséum d’histoire naturelle
Si le jardin ne méritait que de nombreuses altérations pour le rendre de nouveau plus attractif, par exemple, reconstituer tous les ornements de buis et reformuler les structures en pierre du terrain supérieur, le Muséum, par contre, vécut de nombreuses vicissitudes. Ce dernier s’était enrichi considérablement grâce aux voyages réalisés au cours du XVIIIº siècle, organisés à des vues à la fois scientifiques comme philosophiques, l’expression ayant l’air du temps des Lumières.

Au long de neuf années de remontées des affluents de l’Amazone, au Brésil, un butin de grande valeur dans de nombreux domaines s’était accumulé, pour exemple, l’herbier et les manuscrits d’Alexandre Rodrigues Ferreira (1756-1815). Malheureusement, une fois arrivés au Muséum de Ajuda, faute de personnel compétent, capable de classer, d’enregistrer et de répertorier tous ces trésors recueillis essentiellement au Brésil, mais aussi dans d’autres parties de l’espace lusitanien, ces derniers se retrouvèrent stockés et entreposés sans aucun bénéfice pour la science et la diffusion des connaissances.

Le Muséum saccagé par l´invasion napoléonienne

Cependant, on n’ignorait pas l’existence de ce Muséum à Paris et, profitant de l’occupation de la capitale portugaise par les troupes napoléoniennes, un naturaliste expérimenté, Geoffroy de Saint-Hilaire (1772-1844), sera chargé d’évaluer le contenu de l’ensemble et décrira ce qu’il verra à ses collègues restés à Paris en ces termes: "Je viens de visiter les collections d’histoire naturelle de la Youda…. Je vais aujourd’hui dîner chez le général en chef (Junot); j’espère déterminer avec lui la manière dont je serai mis en possession de tant de richesse" Daget Jacques, Saldanha Luis, Histoire franco-portugaise du XIXºsiècle, INIP nº15, Lisboa 1989,p.63.
Au sujet du butin ramené à Paris, les opinions divergent. Alors que les Français assurent que Geoffroy n’a pris que des exemplaires qui se trouvaient en double après les avoir échangés contre des pièces de minéralogie et d’entomologie, les Portugais considèrent qu’il s’agit d’une usurpation et qu’on leur a volé leurs meilleurs exemplaires. Il faut reconnaître à chaque invasion les mêmes excès!

Avec le temps le jardin botanique a subit des transformations
Ainsi saccagé, le Jardin botanique sera récupéré, en 1811, par Brotero. Celui-ci enregistra 1308 espèces, identifiées selon la classification de Linné, alors que du temps de Vandelli on y trouvait plus de 5000 espèces provenant à la fois d’autres jardins botaniques, mais aussi des colonies portugaises, certaines ayant subi une période d’adaptation à Madère, à São Tomé ou aux Açores.

Dans le deuxième quart du XIXº siècle, renonçant à sa caractéristique initiale de diffuseur auprès du grand public d’espèces exotiques, le jardin se retrouva propriété de la Maison royale et converti en promenade privative. La reine Dona Maria Pia de Savoie (1847-1911) lui voua tout particulièrement une très grande estime et contribua généreusement à son embellissement.

En 1941, le cyclone qui frappa Lisbonne eut un effet aussi destructeur sur ce jardin que les troupes d’invasion de 1808, mais permit aussi de l’ouvrir sur le Tage, gagnant en luminosité, celle-ci ayant progressivement disparue au cours d’un siècle à cause d’une végétation toujours plus dense.

Aujourd´hui le jardin de Ajuda est un jardin d´une élégance sobre
D’élégance sobre, comme les jardins français ou italiens qui lui servirent de modèle, il est constitué par deux plans ayant une différence de niveau de 6 mètres. Tout le long de la balustrade, ornée de grands vases, on peut profiter d’un magnifique panorama sur la ville et sur le fleuve. Au milieu s’ouvre et descend en cinq lacets un escalier joliment sculpté et à sa base se trouve une statue d’Hercules, le plus fort des Dieux de l’Antiquité. De chaque côté, deux autres escaliers nous amènent au plan inférieur. On y trouve tout comme en haut de petits bassins dispersés. L’architecture du jardin suit ainsi les modèles renaissance en terrasses taillées sur les coteaux avec trois éléments fondamentaux : pierres sculptées, plantes et l’élément liquide avec bassins et fontaines.

Le jardin d’une surface de 4 hectares environ, se divise en deux types d’utilité : sur le plan supérieur, la collection botanique et sur le plan inférieur le jardin de promenade composé de buis (4km de haies au total) en forme de topiaire.

Parmi les arbres les plus notables, il y a d’abord le dragonnier (Dracaena draco) vieux de plus de trois siècles et emblème du jardin. On y trouve aussi un bel ombre (Phytolacca dioica), le Schotia afra originaire d’Afrique du Sud avec sa frondaison de 18 mètres de diamètre, le jacaranda du Brésil ou le Lagerstromia indica de Chine reconnaissable à son tronc lisse et si doux au touché.

Le jardin de Ajuda connut sa plus grande période d’abandon au cours de la deuxième moitié du XXº siècle. Entre 1993 et 1997, n’ayant plus que 120 espèces répertoriées, un programme de restauration, assisté du prix de conservation du Patrimoine européen et du Fond de Tourisme, permit de le faire renaître de ses cendres. Une nouvelle classification, un système d’irrigation rénové, de nouvelles implantations et même un jardin des arômes constitué de plantes aromatiques redonnèrent vie à l’un des jardins plus emblématiques de la capitale.

André Laurins (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) Reprise du vendredi 26 octobre 2012
Technicien agronome (maria.friesen@sapo.pt)

Ouvert tous les jours, horaires d´hiver : 10h00-18h00 (9h00-20h00 en été) - Entrée par la Calçada do Galvão (l´entrée de la Calçada da ajuda ferme à 17H00)
Entrée : 2€, gratuit pour les enfants jusqu´à l´âge de 7 ans

En savoir plus : www.jardimbotanicodajuda.com

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