Pas de surprise : une Polonaise gagne moins qu'un Polonais. Et leurs salaires sont inférieurs à ceux de leurs riches voisins occidentaux. Mais au sein du pays, les écarts se creusent aussi entre régions, entre patrons et ouvriers et même entre ouvriers. Lepetitjournal.com revient sur la stratification croissante de la Pologne, ce pays le plus inégalitaire d'Europe.


En 2011, le salaire moyen brut en Pologne était de 3.422 zlotys soit environ 780 euros. Les Polonais gagnent donc autant que les Hongrois (775 euros), moins que les Tchèques (950) ou les Estoniens (820), mais nettement plus que les Lituaniens (600), les Roumains (490), les Bulgares (350) ou les Ukrainiens (220).

Les écarts de salaires avec l'Europe de l'ouest restent encore très marqués. Le salaire moyen brut est de 2.800 euros en France, 3.000 en Belgique et 4.900 en Suisse... L’équivalent du Smic polonais a beau augmenter régulièrement (il était sous les 1.000 zlotys brut en 2007) avec 1.500 zlotys brut (340 euros) en 2012, il reste quatre fois plus faible qu’en France (1.398 euros brut). Pire, les taux horaires français et polonais sont respectivement de 8,27 et de 1,83 euros.

Le salaire ne fait pas tout...
Attention, le coût de la vie varie grandement au sein de l'UE (en faveur des Polonais notamment). Les comparaisons de ces données brutes sont donc à prendre avec précaution, d'autant que les niveaux de prélèvements diffèrent d’un pays à l’autre. Ces prélèvements offrent des protections (chômage, maladie, retraite, etc.) inégales selon les pays (mais à choisir, un salarié polonais préférerait surement être hospitalisé en France, toucher une indemnité chômage norvégienne ou une retraite hollandaise...).

La précarité des emplois est aussi à considérer, or 27% des actifs polonais sont embauchés à durée déterminée. C’est le taux le plus élevé de l’UE. Par contre, si on prend en compte la productivité du pays, ces différences de salaires paraissent déjà un peu moins arbitraires. Meilleurs équipement, formation ou motivation, la productivité d'un Français ou d'un Belge est encore deux fois supérieure à celle d'un Polonais.

Des écarts hétérogènes
L'ampleur de ces différences de salaires entre Est-Ouest incite évidement la main d'œuvre Polonaise à s'expatrier. Dans certaines professions il est possible de quadrupler son salaire en partant à l’étranger. Les infirmières en Grande-Bretagne sont par exemple payées l’équivalent de 9.500 zlotys, contre 2.000 à 3.000 au pays.

Les disparités ne sont toutefois pas les mêmes dans toutes les professions. Le salaire d’un enseignant oscille entre 2.500 zlotys brut pour un professeur stagiaire et 4.500 pour un professeur titulaire (contre 2.000 euros en France pour un professeur des écoles). Un cheminot polonais gagne 4.000 zlotys (900 euros) en fin de carrière. Son collègue français au même stade arrive lui à 3.400 euros, primes incluses.

Les mineurs, une profession privilégiée sous la PRL, gagnent en moyenne 4.300 zlotys brut (970 euros). Pour le même travail un mineur anglais ne gagnerait « que » deux fois plus. Enfin si le salaire de base d'un docteur polonais est proche du salaire moyen, en pratique en cumulant les gardes et leurs activités privées, les médecins – surtout les spécialistes – arrivent à gagner jusqu'à 30.000 zlotys (6.800 euros). Un médecin français exerçant en libéral gagne en moyenne 7.000 euros par mois.


Une société inégalitaire
Devant l'Espagne, le Portugal et l'Italie, la Pologne est le pays le plus inéquitable d'Europe. Les 10% les plus riches y gagnent près de 15 fois plus que les 10% les plus pauvres (en Slovénie, Slovaquie, République Tchèques ou dans les pays scandinaves, le décile le plus fortuné n'est lui « que » 5 fois plus riche).

Les différences salariales entre les villes et les campagnes, ou entre l'Est et l'Ouest du pays sont aussi particulièrement marquées. De fortes inégalités existent même au sein de chaque profession. Dans les grandes firmes, les salaires des cadres dirigeants égalent parfois ceux des pays occidentaux, alors que les dirigeants des PME sont à la traine. Si l’on tient compte du coût de la vie en Pologne, les managers locaux sont parfois mieux lotis que leurs homologues français.

De même, le salaire d’une assistante peut varier du simple au quadruple en fonction de la société et de la localisation. A peine 3.000 zlotys dans une entreprise en province, mais jusqu’à 12.000 zlotys mensuels dans une grande firme (où on lui demandera par contre un diplôme en droit ou en administration et la maitrise de trois langues étrangères).

Rappelons au passage qu'à qualification supérieure (en Pologne les femmes sont plus diplômées que les hommes), les Polonaises gagnent près de 25% de moins que leurs compatriotes masculins. En 2009, le salaire moyen d'une Polonaise n'était que de 3.000 zlotys, contre 3.900 pour un Polonais.

Dans la finance, la rémunération d'une femme est même inférieure de 50% à celle d'un homme. Elles reçoivent aussi moins d'avantages en nature (l'usage d'une voiture de fonction notamment...). Sans les excuser, il faut toutefois rappeler que ces écarts de rémunération restent dans la moyenne européenne.

... de plus en plus inégalitaire
Les inégalités entre riches et pauvres s'accroissent, car ce sont les salaires les plus bas qui augmentent le moins. Ainsi en 2010 alors que le revenu polonais median n'a pris que 2,2%, le salaire des cadres a lui gagné 7%.

Même les écarts de salaires entre ouvriers se font plus importants. Et les emplois peu qualifiés ou non syndiqués sont les grands perdants. En 2011, le salaire des mineurs ou des employés de raffinerie ont augmenté de près de 600 zlotys, ceux du textile (déjà 3 fois moins bien payés) n'ont pris que 82 zlotys.

En tenant compte de l'inflation, le revenu réel des plus défavorisés baisse même régulièrement. En 2011 les ouvriers du bâtiments ont vu leur salaire « progresser » de 2,4% pendant que l'inflation passait à 4,2%...

AR et CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) mercredi 18 janvier 2012

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