Respecte la nature ! Les Polonais sont très attachés à leurs parcs publics ou à leurs jardins ouvriers. Et gare à celui qui y touche... Qu’il soit promoteur immobilier ou collectivité locale, il s’attirera les foudres de la population locale. Aguerris aux comités de soutiens, listes et pétitions, les Polonais se mobiliseront pour défendre leur coin de paradis. [archive 2011]

Les jardins (privés) sont rares dans les villes polonaises. Près de 60% des habitants y sont logés dans des barres d'immeubles et des tours. Sans surprise, la proximité des parcs publics est un facteur de choix pour 44% des acheteurs de biens immobiliers.

Heureusement, s’il y a un domaine dans lequel le pays est bien loti, c’est bien celui-là. Les parcs et jardins publics polonais ont vaillamment résisté aux bulldozers communistes et survivent tant bien que mal aux pelleteuses capitalistes.

Ils occupent encore 17.200 hectares. Le rapport au nombre d’habitants est plus parlant que la surface totale. En tête du classement national : l’agglomération de Katowice avec 1,8 ha pour mille habitants. Et pourtant on parle d’une zone ultra-industrialisée ! Suivent Lublin et Wrocław avec respectivement 1,5 et 1 ha pour mille habitants, enfin Varsovie avec 0,5 ha pour mille habitants, un score plus qu'honorable pour une capitale...

(photos : Ogród Saski et Jardins familliaux, Wikicommons)

Le bonheur est dans le pré
L’idée des parcs ouverts au public se développe en Grande Bretagne au XVIIIième siècle. Après la Révolution Française, on ouvre au public ces espaces privés jusqu'alors réservés à l'aristocratie, c’est le cas à Paris des Jardins du Luxembourg, du parc Monceau ou encore Bagatelle. En Pologne, le plus ancien parc ouvert au public – Ogród Saski – date de 1729. Le Stary Park de Kalisz, lui, est créé directement comme public en 1798.

A ce jour, Varsovie compte 76 parcs dont la superficie totale est de 715 ha. Nombreux d’entre eux sont classés monument historique (Ogród Saski, Park Arkadia, Sielecki, Praski et Skaryszewski).

Particularité polonaise, les jardins dits « jordanowskie » doivent leur nom au médecin Henryk Jordan, pionnier de l’éducation physique en Pologne. Destinés essentiellement au développement de l’activité physique chez les moins de 15 ans, ils sont encore localisés au cœur des grandes villes.

Les zones les plus industrialisées jouissent aussi de nombreux espaces verts. C’est le cas notamment du quartier de Nowa Huta qui regroupe 26 espaces verts, autant que tout le reste de Cracovie.

Des parcs, pour qui et pour quoi ?
Si, à l'origine, les jardins publics sont destinés aux promenades, à la pratique sportive ou aux rencontres, ils ont pris en Pologne une couleur locale bien spécifique. Symbole d’égalitarisme et de démocratie (si, si) on y croise surtout des dames plus ou moins âgées promenant leur chien ou leurs petits enfants. Les amoureux et les sans-abris sont aussi un public régulier. Avec les beaux jours, les parcs se transforment souvent en plage où plus d’un étranger a été surpris à la vue de mamies exhibitionnistes faisant bronzette en soutien-gorge.

Moins sympathiques à la tombée de la nuit, les parcs sont souvent le lieu de rencontre des ivrognes locaux (jouant ainsi un certain rôle social, certes) et d’autres individus peu ou pas fréquentables. Nombreux sont les partisans de la fermeture nocturne des parcs et des patrouilles policières plus fréquentes.

Et ce ne sont pas les seules revendications. Les retraités souhaiteraient que les parcs aient essentiellement une fonction de récréation et de détente. Paradoxalement, ils sont généralement hostiles à l’accès libre aux pelouses, pique-niques et autres formes de vie sociale dans les parcs. Les espaces verts, cela se respecte ! Les jeunes aimeraient plus d'aménagements sportifs : pistes de vélos ou de jogging, terrains de jeux... Pour la sécurité de leurs petites têtes blondes, certains parents et grands-parents voudraient eux limiter l’accès des cyclistes et des chiens. Sans parler des problèmes de déjections (canines).

C’est seulement en 2010 que la Pologne a abrogé la loi interdisant formellement de marcher sur les pelouses des parcs (sans même parler de bronzer ou de pique-niquer). Les contrevenants s’exposaient à une amende pouvant aller jusqu’à 1000 zlotys. Non que les Polonais aient jamais pris très à cœur ces interdictions…

Un petit coin de paradis
Une autre particularité polonaise, les Rodzinne ogródki działkowe (l'équivalent des jardins ouvriers français d'ailleurs rebaptisés jardins familiaux) – ces petits lopins de terre aux abords ou au cœur des grandes agglomérations où on cultive tomates et concombres et où on vient oublier ses soucis. C’est le paradis des retraités, jalonnés de petites cabanes en bois pour stocker les outils de jardinage et pour ranger les chaises de jardin. On y amène du thé en thermos et des provisions pour passer les après-midis d’été, souvent faute de pouvoir partir en vacances.

Le dimanche, on s’y adonne à une nouvelle tradition polonaise, le barbecue. Ces terres précieuses, à l’origine attribuées aux employés par des sociétés d’Etat, constituent un bien que les propriétaires sont prêts à défendre de leur corps. Localisés dans les villes, elles constituent une proie de choix pour les municipalités et pour les promoteurs (une loi de 2008 prévoit la possibilité pour les propriétaires de transformer le droit d’usufruit en droit de propriété).

Les premiers de ces jardins furent crées à Grudziadz en 1897. La Pologne on compte aujourd'hui plus de 5.200, totalisant près d'un million de lopins individuels ! (1 foyer sur 14 profite donc de ces parcelles, contre 1 sur 180 en France...) A 460m2 en moyenne, ils représentent ensemble 4 fois la superficie de Paris ! Une vraie bouffée d'oxygène pour les grandes villes...

AR, MS (www.lepetitjournal.com/varsovie) mercredi 5 octobre 2011

Pour en savoir plus :
Notre article CYNOPHILIE – Fous de leurs toutous !
Un lien sur les jardins familiaux polonais et leur législation

 
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