(article publié le 25 juillet 2010)

Tandis que les Américains dansent sous la pluie, et les Français s’empressent d’en faire autant, du moins à Cherbourg, les Polonais boudent. Ils n’aiment pas la pluie, pas plus que le vent, la pression atmosphérique qui change, ni les baisses suivies des remontées de température. Bref, ils ne supportent pas le temps qu’il fait chez eux au point parfois d’en tomber malade. Lepetitjournal.com enquête sur cette réaction très polonaise aux changements atmosphériques : la météoropathie.

Les parapluies de Varsovie
"Quel mois de juillet ! Il n’arrête pas de pleuvoir..."
, se plaignent les Varsoviens en évoquant l'été, particulièrement clément, de l’année passée. En effet, à la mi-juillet dans toute la Pologne, le niveau des pluies avait déjà largement dépassé les normales saisonnières, et dans ses communiqués l’IMiGW (L’Institut de la météorologie et de la gestion des eaux) met presque constamment en garde contre l’apparition des orages. Pourtant, par rapport aux régions du sud inondées ou détruites par les tornades, les habitants de Varsovie sont logés à la bonne enseigne...

Un climat très capricieux
"Le climat de la Pologne est assez instable, car soumis à des influences contradictoires : maritimes à l’ouest et continentales à l’est. Températures et saisons présentent donc des caractéristiques très variables selon les années. Quelques constantes subsistent cependant : les régions centrales sont plutôt sèches, alors que le sud est plus humide. Les hivers s’avèrent en général rigoureux, avec de la neige en montagne et dans les régions de l’est. Les étés peuvent être très chauds, parsemés d’averses et d’orages. Les intersaisons, printemps et automne, affichent des températures douces et un bel ensoleillement : elles constituent sans doute les meilleurs moments pour visiter le pays".
Voici comment le site Quand partir résume la situation.

Oui, mais que faire si on ne visite pas le pays, si on y habite à l'année ? Facile : on devient météoropathe.

Météoropathie, quand tu nous tiens...
L’IMiGW a beau répéter que le climat tempéré de la Pologne constitue un avantage car il offre à l’organisme la chance de s’adapter et de renforcer sa résistance, les Polonais, rebelles par nature, résistent à l’adaptation en développant toute une série de symptômes qui ne trompent plus personne, pas même les médecins. La pluie, la canicule, les vents violents, le manque prolongé de soleil, les changements de la pression atmosphérique, déclenchent chez eux sommeil (37 %), fatigue (35 %), déconcentration (15 %), insomnie (10 %), état de faiblesse ou de surexcitation (8 %). Ceci pour le côté physique.

Quant au moral, ça ne va guère mieux : face à la chute de la pression atmosphérique, il est en baisse pour 31 % de Polonais qui présentent un état d’énervement accru (24 %), le manque d’énergie (21 %), le vague à l’âme (12%), l’apathie (7 %)*. Ces symptômes peuvent s’accentuer, au point de nécessiter une consultation médicale, dans le cas des personnes atteintes de maladies comme l'asthme, les rhumatismes, l'ulcère d’estomac, les maladies du système digestif, ou lorsque les phénomènes climatiques deviennent particulièrement violents (le vent des Tatras halny, équivalent du simoun arabe, favorise la dépression et contribue à l’augmentation des suicides et des accidents de la route).

Divine âme slave
Il semblerait qu'en Europe ce sont les peuples slaves les plus fâchés contre leur climat, ceux-là même qui vénéraient jadis une divinité nommée Pogoda (Le temps qu’il fait). Ces peuples agricoles, à la recherche de nouveaux pâturages, avaient dû abandonner l’Europe du sud-est où le climat était chaud et sec, et faire face au climat tempéré et très changeant de l’Europe centrale. À l’évidence, l’adaptation ne se fit pas correctement et la nostalgie du "paradis perdu" persiste encore de nos jours. La célèbre "âme slave" serait-elle le résultat plus ou moins direct de ce climat "hostile" ? En tout cas, à force de combattre cet ennemi millénaire, les Slaves finirent par lui ressembler : tour à tour moroses ou enthousiastes, ombrageux ou radieux, capricieux comme les fronts atmosphériques, ils n’ont pas la réputation d’être précisément faciles à vivre.

Les Polonais tiennent à leur météoropathie car il est beaucoup plus facile d’accuser le mauvais temps de tous ses maux plutôt que de reconnaître ses propres défauts, comme la propension au pessimisme ou la fâcheuse habitude de chercher midi à quatorze heures. D'ailleurs les prévisions météo font partie des programmes télé les plus regardés. Un front pluvieux qui s’approche ? Une baisse de pression atmosphérique qui menace ? Voilà un prétexte pour remettre à demain ce qu’on devrait faire aujourd’hui.

Sous un abribus
Pourtant, chose étrange, ce temps tant décrié possède aussi des vertus thérapeutiques car il alimente de façon constante les conversations et joue ainsi un rôle fédérateur. Pour s’en convaincre, il suffit de se poster sous un abribus de Varsovie un jour de pluie : les gens abandonnent leur réserve habituelle et s’adressent à de parfaits inconnus en échangeant des conseils, des remarques, des sourires complices, en prouvant encore une fois que dans ce pays, rien n’est mieux partagé que le malheur commun.

Anna Kryst (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) lundi 25 juillet 2011

 

* Source : étude SMG/KRC

 
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