Tahar Haddad était un intellectuel, syndicaliste et homme politique tunisien. Militant et activiste,  l'évolution de la société tunisienne lui doit beaucoup. Défenseur acharné des droits syndicaux des travailleurs tunisiens, de l'émancipation de la femme tunisienne et de l'abolition de la polygamie dans le monde arabo-musulman, il est un personnage incontournable et respecté de l'histoire de la Tunisie

Tahar Haddad - crédit photo : wikipédia

Tahar Haddad est né en 1899 dans le sud tunisien, dans un milieu social modeste. Il est diplômé de la Zitouna de Tunis et avait étudié le droit pendant deux ans. Tahar Haddad fut un contemporain et ami du poète Abou el Kacem Chebbi et du syndicaliste Mohamed Ali El Hammi.

Depuis sa jeunesse, il a adhéré au mouvement national pour l'indépendance et a été membre actif au parti Libéral Constitutionnel. Il a fondé, en juin 1924, avec Mohamed Ali El Hammi, pionnier du mouvement syndicaliste en Tunisie, «l'association de coopération économique» et a participé à la mise en place de la Confédération Générale des Travailleurs Tunisiens en décembre 1924.

Les idées de Tahar Haddad sont le prolongement du courant réformiste initié par Kheireddine Tounsi, Mahmoud Kabadou, Ahmed Ibn Abi Dhiaf, Mohamd Snoussi, et d'autres penseurs qui ont vécu à la même époque et qui ont tous défendu l'idée de modernisme.

Un vrai féministe

Ses propositions en faveur de la condition féminine et de la réforme sociale en Tunisie se démarquent de la simple manière de reproduire le modèle européen, et puise ce qui s'accorde avec la Charia islamique. Il est convaincu que la religion islamique peut s'adapter en tout lieu et en tout temps. C'est pourquoi, selon lui, une réforme sociale radicale s'impose. Ses idées convergent avec celles du penseur égyptien Kacem Amin (1863-1908), auteur de La nouvelle femme.

En matière de droits civils, il montre qu'à l'origine, l'islam considérait la femme comme l'égale de l'homme en termes de droits et de devoirs ; il en est ainsi dans le domaine de la propriété privée.Toutefois, la plupart des femmes confiaient leurs biens à leurs maris ou à leurs pères. Haddad rejette cette tradition et appelle les femmes à revendiquer leur droit à un contrôle complet sur leurs biens. Dans le domaine judiciaire, les femmes n'avaient pas le droit d'occuper des postes au sein du système ou d'être témoin. Haddad explique pour sa part que l'islam n'exclut pas les femmes de ces droits.
Dans le domaine de l'éducation, il indique qu'il est totalement absurde d'exclure les femmes et qu'elles devraient avoir le droit de terminer leurs études et de participer pleinement à la vie publique. Il s'attarde ensuite sur l'institution du mariage : il appelle d'abord à libérer la femme de la tradition du mariage arrangé voire forcé. Il met aussi en lumière le fait qu'il ne peut exister de famille heureuse si les parents continuent d'arranger les mariages de leurs filles contre leur volonté.

L'œuvre de Tahar Haddad « La femme tunisienne devant la loi et la société », parue en 1930, a concrétisé les idées de l'auteur sur l'émancipation de la femme et de la famille et a tracé le chemin du progrès de la société toute entière.

Plus tard, avec l'indépendance de la Tunisie, ses propositions en faveur de la condition féminine en Tunisie qui avaient été condamnées par les conservateurs, furent prises en considération lors de la promulgation du Code du statut personnel, en août 1956. En effet, ses idées connurent un vif refus de la part des franges les plus conservatrices de la société et il fait l'objet d'une violente campagne de dénigrement de la part de membres du Destour et de la hiérarchie conservatrice de la Zitouna.

L'institution de l'Etat moderne par  Habib Bourguiba a permis de réaliser une grande partie des aspirations de Tahar Hadda. En exil, et déjà affaibli par une crise cardiaque, il meurt des conséquences de la tuberculose le 7 décembre 1935 dans l'isolement le plus complet.

Publications
L'éducation islamique et le mouvement de réforme à la Zitouna. Les travailleurs tunisiens et la naissance du mouvement syndical, publié en 1927 et réédité en 1966 par la Maison tunisienne de l'édition.
Notre femme dans la charia et la société publié en 1930 et réédité sous le titre Notre femme, la législation islamique et la société, éd. Maison tunisienne de l'édition, Tunis, 1978.
Œuvres complètes, éd. Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine, Tunis, 1999 (trois volumes présentés et établis sous la direction d'Ahmed Khaled)
Pensées, éd. La Presse, Tunis, 1993
Recueil de poèmes.

Hommage

Fondé en 1974 par Jelia Hafsia, le club Culturel Tahar Haddad dans la Medina, près de la place du Tribunal, à 50 mètres du Palais Kheireddine, propose régulièrement des expositions de jeunes artistes tunisiens, rencontres, conférences (langue arabe).

La fondatrice Jalila Hafsia sera présente ce samedi 4 février 2017 à 15h, à l’occasion de la sortie du livre d’entretiens avec elle, réalisé par la féministe et militante de gauche Neila Jrad.

Intitulé « La ligne d’espérance », ce livre revient sur le parcours de Hafsia et le contexte de son action culturelle.

Club Culturel Tahar Haddad - La Médina Tunis
20, Rue du Tribunal, 1006 Tunis Médina
71 564 695

Club culturel Tahar Haddad - crédit photo : TAG

Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis) mardi 31 janvier 2017

 

 
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