Des petites mains boliviennes et péruviennes travaillant dans des ateliers de couture de São Paulo plus de 12 heures par jour, des enfants de moins de 14 ans enchaînés à leurs machines à coudre, c’est ce que la police a découvert en remontant la filière de fabrication de vêtements vendus au Brésil par la célèbre marque espagnole Zara

L’enquête a débuté suite à une dénonciation anonyme en mai, dans la petite ville d’Americana, à l’intérieur de l’Etat de São Paulo. 52 personnes travaillant à la confection de vêtements dans des conditions dégradantes ont alors été libérées de l’esclavage par les inspecteurs du Ministère du Travail. En remontant la filière, ils ont abouti dans deux ateliers de couture, au centre de São Paulo et dans le nord de la ville.

Esclaves de l’ombre
Une quinzaine de Boliviens et Péruviens, dont une adolescente de 14 ans, tous clandestins, y confectionnaient des vêtements à raison de 12 à 16 heures de travail par jour, sans autorisation de sortir des ateliers, sauf en cas d’extrême urgence, comme le fait d’amener son enfant chez le médecin. Les pièces ainsi fabriquées se retrouvaient ensuite dans les boutiques Zara des shopping malls de luxe de la capitale pauliste.

Ces esclaves de l’ombre ont été recrutés directement dans leur pays d’origine par des hommes de main des sous-traitants de la grande marque espagnole. Séduits par les promesses du « rêve brésilien », ils se sont retrouvé enfermés dans des locaux surchauffés, sans salaire car leur patrons décomptaient de leur maigre paie le prix du voyage jusqu’à São Paulo.

Zara s’excuse
Les autorités brésiliennes ont fermé les deux ateliers, légalisé les employés libérés et dressé 52 contraventions contre leurs employeurs, pour travail dégradant, saisie irrégulière du salaire, dépassement du nombre d’heures légales de travail, non paiement des charges sociales, mise en danger de la santé des employés, insécurité et insalubrité des lieux, privation arbitraire de liberté.

« C’est une action exemplaire, explique Giuliana Cassiano Orlandi, inspectrice fiscale, car comme il s’agit d’une marque de renom international, cela fait comprendre aux consommateurs que les vêtement de griffe vendus dans les boutiques de luxe peuvent avoir été produits au moyen de travail esclave. » Le groupe Inditex, propriétaire de Zara International, a promis de son côté, de payer 140.000 R$ de charges sociales en retard, et d’enquêter sur ses fournisseurs pour se séparer de ceux qui ne respectent pas les lois du travail.

La pointe de l’iceberg
L’affaire Zara n’est peut-être que la pointe de l’iceberg. Le Ministère du Travail enquête maintenant sur une vingtaine de griffes de luxe, nationales et étrangères, qui pourraient aussi recourir à des sous-traitants pratiquant le travail esclave. L’enquête est secrète, aucun nom n’a été dévoilé, mais déjà avant Zara, les marques Marisa, Pernambucanas, et Collins avaient été épinglées pour soupçon de pratiques esclavagistes.

Au Brésil, le travail esclave est sous haute surveillance depuis des années, ce qui ne l’empêche pas de se perpétuer. Chaque 6 mois, le Ministère du Travail publie une liste noire d’entreprises accusées de pratiquer le travail esclave et le nombre de personnes libérées de ce joug par les autorités. Elles ont été 251, dans 16 Etats différents, fin juillet.

Le code pénal brésilien qualifie d’employé esclave une personne contrainte d’effectuer des journées de travail exhaustives et qui ne peut quitter son emploi à cause des dettes contractées auprès de son patron. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) elle, définit le travail esclave comme « un acte de coercition exercé sur une personne qui doit réaliser certains types de travaux et reçoit une pénalité lorsque ce travail n’est pas effectué ».



Jean-Jacques FONTAINE (www.lepetitjournal.com – Brésil) mercredi 9 novembre 2011

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