Alors que l’antagonisme qui agite le Nord et le Sud de l’Italie semble plus fort que jamais,  il s’avère souvent difficile de définir l’identité et la position de Rome. Capitale de l’Etat transalpin à la culture très méditerranéenne, la ville éternelle ne semble en effet appartenir à aucun territoire. "Qui est Rome et que représente-elle ?", c’est la question à laquelle quelques romains ont accepté de répondre

Un profond antagonisme Nord-Sud

En 2010, sortait en Italie le remake transalpin de "Bienvenue chez les chtis". L’occasion de souligner les différences et antagonismes bien connus qui divisent  les Italiens du Nord et ceux du Sud.

photo Roma Amor : catoga.com

Les premiers habitent  en effet dans les régions les plus fortes économiquement  et  reprochent aux seconds, les "terroni", d’être des freins à la croissance du pays. Car, si le Nord de l’Italie fait bien partie du cœur économique de l’Europe, l’Italie du Sud est affectée d’ un taux de chômage important. La région compterait ainsi en son sein 58% des chômeurs italiens. En cause : le manque d’investissements et d’infrastructures, et les activités de la Mafia, très présente en particulier en Campanie et en Calabre.

Profitant de cette rivalité certaine entre les italiens du Sud et ceux du Nord, un parti s’est donc formé en 1989, la Lega del Nord. Cette dernière  revendique l’indépendance de la Padanie, région située autour du Pô. En réaction aux actions et propos souvent virulents de la Lega envers le Sud, une fédération de partis politiques méridionaux et autonomistes, Forza del Sud, a vu le jour en 2011. Objectif ? Contrebalancer la Lega Nord en faveur du Mezzogiorno.

Rome, ville du centre ?

Face à cette opposition Nord-Sud, il s’avère bien difficile de classer Rome dans une des deux régions. Située dans le Latium, la ville éternelle devrait être, géographiquement parlant, au centre du pays. Capitale de l’Italie et siège des Institutions, elle se doit aussi de représenter tous les citoyens et donc de garantir  l’unité du territoire.

Pourtant, critiquée par la Lega et surnommée "Roma ladrona" ("Rome la voleuse"), la capitale italienne est considérée comme une ville du Sud  par cette dernière. Celle-ci a d’ailleurs déclaré en 2010 : "La plus grosse erreur des Savoie a été de faire de Rome la capitale en 1871. Il existe d’autres villes, à partir de Venise la grande, où établir les ministères".

Comme pour appuyer cette thèse, le leader de "Forza del Sud", Gianfranco Micciché, a d’ailleurs déclaré en Juin 2012 que "Rome n’était plus le centre de l’Italie mais bien une ville du Mezzogiorno". En cause, la situation géographique du Latium et les origines sudistes d’une grande partie de sa population (3 millions de Romains viennent du Sud).  Ainsi, pour Gianfranco Micciché, lorsque l’on pense aux romains on pense bien sûr aux "terroni" et non aux "polentoni".

"Une identité à part"

Si les politiques et spécialistes ont finalement bien du mal à définir Rome, ses habitants, toujours très fiers de leur cité, ont eux des idées plus précises sur l’identité  de la ville éternelle. Quelques paroles échangées avec des Romains permettent ainsi de réaliser que Rome occupe une place à part  et unique dans l’antagonisme Nord-Sud.

En témoignent les propos de Giulia, jeune romaine de 23 ans : "Rome est au centre, pourquoi pas même au centre du monde. En raison de son Histoire unique, de son dialecte aux expressions intraduisibles en italien, le "romanesco", et de ses spécialités culinaires, elle échappe en quelques sortes à l’opposition Nord-Sud. Mais, tout en étant la capitale de l’Italie, la ville appartient plus au Mezzogiorno au regard de son mode de vie, de sa mentalité exubérante et pleine de vie".

Même son de cloche du côté de chez Paolo, jeune étudiant romain, pour qui la capitale est le juste milieu entre un Nord "trop ordonné et rigide" et un Sud souvent trop dans l’excès. Comme en témoignent aussi les sketches du comique romain Maurizio Battista (vidéo), Rome s’impose donc comme un "ilot" un peu à part à l’identité très marquée.

Pour appréhender pleinement la culture romaine et sa langue, il conviendrait d’ailleurs de lire et découvrir les auteurs Carlo Alberto Salustri et Giuseppe Gioachino Belli. Et surtout, comme le souligne tous deux, Giulia et Paolo, ne pas oublier que "Roma" est avant tout "amor".

Victoire Maurel (www.lepetitjournal.com/rome) Mardi 17 Juillet  2012

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