A quelques semaines de la légalisation de la culture commerciale de maïs transgénique, Catherine Marielle, chercheuse au Groupe d'Études Environnementales (GEA), nous alerte sur ses conséquences sur l'environnement et l'économie.

"Nous allons franchir un point de non-retour", affirme Catherine Marielle Meyer, coordinatrice du programme de Systèmes Alimentaires Durables au sein du Groupe d'Études Environnementales. Pour la chercheuse, "si les permis de culture commerciale de maïs transgénique sont accordés, les ministères de l'Agriculture et  de l'Environnement auront échoué dans leur obligation de protéger la vie au Mexique".

Les transgéniques ou OGM sont des organismes génétiquement modifiés dans lesquels sont insérés des gènes d'autres espèces végétales, animales, ou de bactéries qui les rendent résistants à l'application de produits toxiques. Ils sont signalés par un grand nombre de chercheurs pour la contamination irréversible qu'ils provoquent au sein des plantes conventionnelles, ainsi que pour les dégâts sanitaires et environnementaux qu'ils occasionnent.

Cinq permis attendus au cours du mois de novembre
Deux des cinq permis en attente dans les commissions ministérielles sont sollicités par Monsanto et concernent 1.400.000 hectares dans l'État de Sinaloa. Les trois autres sont le fait de PHI México, filiale du groupe Pioneer, et représentent plus d'un million d'hectares dans l'État de Tamaulipas.

Jusqu'à aujourd'hui, 175 permis de culture expérimentale et pilote ont été accordés pour préparer l'arrivée des OGM dans le circuit commercial mexicain. Ces permis ont suffi, selon la scientifique du Groupe d'Études environnementales, à modifier l'écosystème mexicain: "D'ores et déjà un grand nombre de milpas et de champs de maïs conventionnel sont contaminés".

Des effets inconnus
Bien que les entreprises et les scientifiques à faveur des OGM les présentent comme une grande avancée technologique et un moyen possible de s'adapter à l'augmentation de la population mondiale, ils ont été critiqués depuis leur apparition – et leur légalisation aux États-Unis en 1996 – en raison de leur impact négatif sur la santé et sur le manque de transparence de leur légalisation. La récente étude du professeur Gilles-Éric Séralini, réalisée à l'Université de Caen, a mis en relief l'insuffisance des recherches jusque-là effectuées. Le maïs NK 603 qu'il a utilisé fait partie des variétés en attente d'autorisation au Mexique. Catherine Marielle insiste sur le fait que "nous devons réaliser des études indépendantes et adaptées au cas du Mexique".

Le Mexique, centre d'origine du maïs
Le Mexique est, avec d'autres pays d'Amérique centrale, un centre d'origine du maïs, obtenu après des millénaires de croisement dans les communautés indigènes. On y recense plus de soixante races de maïs et des milliers de variétés. La scientifique française redoute la contamination des cultures originelles : "Progressivement la pollinisation libre, c'est-à-dire le fait que le pollen est transporté par le vent ou les insectes, et l'échange de graines, qui est une pratique traditionnelle au Mexique, vont contaminer les races de maïs qui sont nées de plus de sept millénaires de croisements. C'est un processus irréversible. Nous avons une très grande responsabilité dans la préservation de ce patrimoine, de ce géoplasma extrêmement varié".

Les transgéniques déjà présents dans l'alimentation
Les OGM sont déjà présents dans l'alimentation mexicaine, sans aucune obligation d'affichage. En effet, le Mexique importe chaque année quelque dix millions de tonnes de maïs des États-Unis, dont 80% de la production est transgénique. De grandes quantités de soja sont également importées d'Argentine, que Catherine Marielle qualifie de "véritable République transgénique", tant les OGM y sont répandus.

La biologiste explique qu'il s'agit d'une lutte pour le contrôle du marché des semences, car "celui qui domine ce marché contrôle une part vitale de la chaîne agroalimentaire".

Arthur Lorot (www.lepetitjournal.com/mexico) lundi 12 novembre 2012

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