Le gouvernement du Distrito Federal effectue actuellement des travaux de réaménagement du plus ancien parc public de la ville, soit l'Alameda central, situé au centre historique. La barricade érigée autour du parc pour protéger les travaux et éviter le retour des vendeurs ambulants a été modifiée par des centaines de personnes afin de créer ce qui constitue maintenant un immense mur de graffitis, un work in progress dénonçant les aspects sombres du pouvoir politique mexicain

Mur de la vérité (photos: Adam Charlebois)

Le graffiti, une constante historique de l'expression sociale
Les motifs poussant à la forme d'expression que l'on nomme graffiti sont variés et peuvent être motivés autant par le désir de transgression, de dénonciation que par la volonté d'embellir ce que l'on considère comme morne. Le graffiti n'est pas nouveau et l'on retrouve des traces de ces dessins spontanés sur certains monuments antiques, symboles d'une autorité que jadis certains considérèrent comme despotique, illégitime ou tout simplement risible. Ce n'est que depuis quelques décennies que cette forme d'expression a commencé a s'établir comme un courant artistique particulier, une niche de créativité issue de la simplicité et de l'authenticité. Certains artistes ont même adopté le graffiti comme technique de prédilection, comme le célèbre artiste britannique Banksy qui innove chaque fois davantage avec ses œuvres éphémères, sources de réflexion sur la société qui nous entoure.

La Mur de la vérité de l'Alameda central
Le printemps 2012 fut pour la jeunesse mexicaine une opportunité de réaffirmer sa présence sur la scène politique et sociale mexicaine. Le mouvement dénommé #YoSoy132 (lire: #YOSOY 132 - Contre-pouvoir ou mouvement éphémère?) a démontré au cours de la campagne présidentielle et tout récemment lors des manifestations contre la réforme de la loi du travail (lire: RÉFORME DU TRAVAIL - La grande braderie des travailleurs mexicains) que les forces politiques doivent écouter et tenir compte de la jeunesse, qui représente selon l'INEGI 50% de la population mexicaine (26 ans et moins). Ce mouvement a eu recours a de multiples technologies et évènements afin de faire valoir son opinion. Ainsi, on a pu voir durant les derniers moins dans la ville de Mexico et dans le pays une recrudescence de graffitis à caractère politique. L'auto-dénommé "Mur de la vérité" autour de l'Alameda est un puissant symbole du rejet et du mécontentement d'une jeunesse qui refuse l'imposition, la corruption et le pouvoir illégitime. La majorité des graffitis observables sur ce mur rejettent catégoriquement ce qu'ils considèrent comme l'imposition du candidat du PRI, Enrique Peña Nieto et le retour de ce parti autoritaire dans le siège présidentiel. Cette explosive barricade d'insultes, de références à la révolution, de menaces et d'originaux designs graphiques témoigne d'un climat social troublé, inquiet et insoumis qui n'est pas sans rappeler les évènements de 1968.

Le monument à Miguel Aleman de la Ciudad Universitaria : un parallèle historique
En 1952 le gouvernement mexicain inaugure une statue monumentale à l'effigie du président sortant, Miguel Alemán Valdés. Cette pompeuse statue de l'artiste Ignacio Asunsolo mesure 14 mètres et pèse 114 tonnes et est érigée au coeur de Ciudad Universitaria, le campus flambant neuf de l'Université Autonome Nationale (UNAM). Toutefois dès 1960 le monument est sujet d'attaques des étudiants qui manifestent leur soutien avec les professeurs et employés des chemins de fer, lesquels furent victime de la répression violente du gouvernement lors de mouvements de grève. Ainsi, en 1960 et en 1965 la statue fut dynamitée et malgré les efforts de restauration, le monument fut endommagé de manière permanente lorsque que la tête se perdit en 1965. Les restes du monument, symbole d'un gouvernement autoritaire furent encerclés par un mur de plaques de zinc, lequel devint postérieurement une murale en appui aux collectifs d'étudiants de 1968. En effet, plusieurs artistes influents décidèrent d'utiliser les murs entourant ce symbole afin de démontrer leur appui aux étudiants et leur rejet du gouvernement de Gustavo Díaz Ordaz. Ce parallèle démontre sans doute la puissance de l'art urbain et nous prouve que tant que les revendications sociales ne seront pas écoutées, les murs continueront à parler.

Adam CHARLEBOIS (www.lepetitjournal.com/Mexico)  lundi 22 octobre 2012

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