Depuis quelques mois, le football anglais est dans l’œil du cyclone question racisme. Plusieurs incidents et polémiques ont secoué la puissante Federation Association (FA) et quelques-uns des clubs les plus illustres du royaume de Sa Majesté. Assiste t-on à un retour du racisme en Premier League ?

 

Campagne anti-racisme avant un match de Fulham en coupe d'Europe (Fare network/Flickr)

La série noire a commencé il y a près d’un an, le 15 octobre 2011, avec – selon le procès qui s’ensuivra – une insulte raciste du joueur de Liverpool Luis Suarez envers le défenseur français de Manchester United Patrice Evra. Avant le dénouement de l’incident en justice - l’attaquant Uruguayen a écopé de huit matchs de suspensions - le comportement de Luis Suarez défrayera plusieurs fois la chronique. Notamment lorsqu'il refuse de serrer la main de Patrice Evra lors de la cérémonie d’avant-match lors d’une rencontre de championnat entre Liverpool et Manchester.

Plus problématique encore pour la FA, l’incident du 23 octobre 2011 entre John Terry, le capitaine de la sélection anglaise et du club de Chelsea, et Anton Ferdinand, modeste joueur des Queen Park Rangers, mais frère de Rio Ferdinand, défenseur central de Manchester United et coéquipier de John Terry en équipe nationale. Ce dernier est accusé par Anton Ferdinand d’insultes racistes à son encontre. La polémique qui s’ensuivra conduira, officieusement, à la mise à l’écart de Rio Ferdinand de l’équipe nationale pour l’Euro 2012. Le sélectionneur Roy Hogdson pouvant difficilement construire une sélection avec à la fois le frère de Rio Ferdinand et John Terry – tous deux en conflit ouvert. Le défenseur de Chelsea sera finalement sanctionné de quatre matchs de suspension en Premier League.

Près d’un an après ces faits, une autre polémique, à l’odeur de souffre, est venue tout récemment mettre de l’huile sur le feu. À l’issue d’un match explosif entre Tottenham et Chelsea le 20 octobre dernier, plusieurs jours des Blues dont Obi Mikel, ont accusé l’arbitre de la rencontre Mark Clattenburg de propos racistes. Une enquête est actuellement menée par la FA pour faire lumière sur cette affaire, qui semble pour le moins floue. Mais le club de Chelsea, après les déboires de son capitaine John Terry, est une nouvelle fois pris dans la tempête.

Une résurgence du racisme dans les stades ?
Ces polémiques à répétition dans le football anglais depuis un an ont jeté un voile sur la sévère lutte antiracisme menée par les autorités du jeu. Mais si ces incidents sont l’apanage de joueurs, plusieurs comportements racistes notables sont aussi venus des tribunes dernièrement. Le 6 octobre, des chants racistes visant plusieurs joueurs noirs de Bolton sont descendus des tribunes du stade du club de Millwall, connu pour le comportement parfois violent d’une frange de ses fans.

Mais pour David Conn, chroniqueur sportif à The Guardian et spécialiste du football anglais, "ces incidents racistes ne doivent pas faire oublier que depuis les années 1970-80, le racisme a été très fortement combattu dans le football anglais. Il ne s’agit aujourd’hui que de phénomènes isolés". Il est en effet loin le temps où Paul Canoville, premier joueur noir de Chelsea en 1982, endurait de violents chants racistes de la part de fans du club. "We don’t want the nigger, we don‘t want the nigger, lalalalala…", hurlaient ainsi à l’époque des spectateurs à Stamford Bridge. "D’ailleurs les incidents récents entre joueurs témoignent de l'évolution autour de la question du racisme”, ajoute David Conn. "Aujourd’hui, un footballeur peut être accusé de racisme sur témoignage, ce qui d’ailleurs peut entraîner des polémiques. Mais chaque incident est observé à la loupe par la presse et l’opinion qui condamne tout propos insultant". Pour Danny Lynche de Kick It Out, l’organisation de lutte contre le racisme dans le football anglais, partage cet avis : "Les insultes entre joueurs ne sont souvent que des épiphénomènes qui viennent parfois du contexte explosif de certains matchs. Il n’y a plus de comportement de masse comme autrefois dans les stades. Néanmoins, le racisme n’est pas éradiqué et nous devons continuer à le condamner avec la plus grande sévérité".

Comme chaque année depuis 1993, Kick It Out a d’ailleurs mené sa campagne de sensibilisation sur la question dans les stades anglais (18-29 octobre). Les joueurs ont entre autres porté des maillots en faveur de la lutte contre le racisme lors des échauffements d’avant-match. Ce qui n’a d’ailleurs pas manqué d’entraîner une polémique, puisque Rio Ferdinand, le défenseur de Manchester United, a refusé de porter ce tee-shirt sous prétexte que la FA n’avait pas condamné assez sévèrement John Terry.

"Les joueurs sont en majorité très favorable à cette campagne de sensibilisation, et le problème avec Rio Ferdinand était lié au cas de la gestion de l’affaire Terry par la Fédération", indique David Lynche.
Camille Belsoeur (www.lepetitjournal.com/londres) lundi 12 novembre 2012

 
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