Le phénomène était déjà largement répandu dans les rues égyptiennes. Mais depuis quelques mois, et surtout au lendemain de l’élection du nouveau président Morsi, il connaît une inquiétante recrudescence

 


"Au plus fort des manifestations de la place Tahrir, en janvier 2011, on se sentait sécurisées, comme si le harcèlement sexuel contre nous les femmes, avait subitement disparu. Depuis, les alentours de la place Tahrir sont devenus invivables avec des hordes de jeunes hommes qui en arrivent à déshabiller sur la place publique des jeunes femmes" déclare une militante de 28 ans indignée.

Les témoignages se multiplient sur Internet, décrivant des expériences traumatisantes, et repoussant les limites de la cruauté humaine. Le harcèlement sexuel touche les égyptiennes, qu’elles soient voilées ou non, mais aussi les étrangères venues par curiosité ou exercer leur métier de journaliste sur la place Tahrir.

Pour se faire entendre et respecter, une marche avait été organisée, il y a déjà quelques semaines, dans le centre-ville du Caire. Elle n’a cependant réussi qu’à provoquer un effet contraire : en réaction, des groupes de jeunes hommes ont procédé à une descente sur la place Tahrir avec la ferme intention de les faire taire par une agression physique.

Depuis la victoire de Morsi, le candidat islamiste à la présidentielle, et premier président civil d’Egypte, ses partisans semblent être passés à la vitesse supérieure. "Alors que les célébrations battaient leur plein sur la place Tahrir, de graves incidents ont été signalés. Les jeunes hommes ont été d’une sauvagerie sans nom" indique Nagwa, photographe de 32 ans.

"Les jeunes femmes occidentales, et blondes de surcroît – signe ici d’un exotisme inatteignable pour les jeunes égyptiens défavorisés – sont particulièrement visées" poursuit-elle.

Amr Farouk, juriste, estime néanmoins qu’ "aller sur la place Tahrir surpeuplée d’hommes sans aucune éducation relève d’un manque de connaissance de l’Egypte, pour une jeune femme occidentale. La culture égyptienne, et les relations très encadrées entre jeunes hommes et femmes, crée une énorme frustration, voire de la perversion, qui éclate au grand jour pendant les moments de liesse populaire, faisant oublier tous les interdits et inhibitions".

Au delà de Tahrir
Mais le phénomène va désormais bien au-delà de la place Tahrir et des grands lieux de manifestations. Au lendemain de la victoire de Morsi, plusieurs femmes se sont plaintes des remarques acerbes sont elles ont été victimes dans la rue. Au Caire dans le quartier de Dokki, Dalia relève : "J’étais allée faire une course dans le quartier quand un groupe d’adolescents m’a suivie pendant plusieurs dizaines de mètres me disant qu’avec Morsi, j’allais être remise dans le droit chemin avec bientôt un voile sur la tête. Ce genre d’incident ne m’était jamais arrivé auparavant".

Dans le quartier de Guiza, autre déconvenue similaire. Amira raconte qu’elle marchait dans la rue quand un couple l’a arrêtée. "Lui était barbu et sa femme portait le Niqab. Elle a commencé à me dire que la façon dont je m’habillais était indécente, alors que j’avais fait attention à me tenue avant de sortir pour ne pas provoquer ce genre de réaction. Il n’y a pas eu d’agression mais ce genre de remarque provoque un effet culpabilisant. Quelle direction prend le pays ?" se demande-t-elle.

Dans les quartiers élégants du Caire, comme à Zamalek, les femmes se montrent bien décidées à prendre le taureau par les cornes. Des pancartes font leur apparition dans les rues mettant en garde les harceleurs et donnant des conseils aux femmes qui en seraient victimes : "En cas d’agression ou de harcèlement, criez et frappez en retour" indiquent-ils en substance.

Sur Facebook, des groupes se forment aussi pour faire face au phénomène.

Ce vendredi 29 juin, une autre manifestation est prévue sur la place Tahrir pour tenter d’enrayer ou au moins de dénoncer encore plus fort le harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes.

Il faudra malheureusement plusieurs initiatives du genre pour observer des résultats.

Thomas Huget (www.lepetitjournal.com/le-caire.html) vendredi 29 juin 2012

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