Depuis déjà plusieurs semaines,  Deepavali était annoncé dans les rues de Kuala Lumpur. Décorations, panneaux, bazars ou encore ces fameux "Rangoli" dessinés en farine de riz multicolore sur le sol. Pourtant, le jour même de la fête indienne des lumières , les rues de la capitale sont désertes et silencieuses. En ce jour férié, le temps semble s’être arrêté. Lepetitjournal.com est parti à la recherche de l’esprit du Deepavali.

 

 

Brickfield, la silencieuse

Pour capter l’essence de la fête, l’aventure ne pouvait commencer qu’à Brickfield, bastion de la culture indienne en Malaisie. Arrivée là-bas, votre édition n’a jamais vu aussi peu de monde dans l’un des quartiers les plus bruyants de la capitale. Adieu, les musiques indiennes assourdissantes, seules quelques échoppes sont ouvertes, celles-là même pour qui Deepavali est un business. L’ambiance ressemble à celles des dernières courses de Noël, un 24 décembre. Comme son confrère occidental, l’Indien de Malaisie s’était surement promis que cette année, il s’y prendrait à l’avance. Faute d’avoir tenu sa parole, il semble vivre une véritable journée marathon.

A Brickfield, l’anglais des braves commerçants indiens est malhabile. Difficile d’obtenir des réponses. Comme Rajan, un indien au sens des affaires aiguisé, ils sont quelques-uns à vendre des pétards et autres feux d’artifices aux couleurs multicolores. Loin d’attirer les bambins, les stands accueillent les yeux émerveillés de grands enfants qui demandent tous à tester leurs achats sur place. Le passant sursaute plus d’une fois en remontant Jalan Tun Sambanthan. Notre ami Rajan signale qu’il faudra attendre minuit pour que Kuala Lumpur s’emplisse de ces milliers de petits feux. De temps à autre, un pétard résonne dans la rue silencieuse dans un grand bruit de champs de bataille. Les huit policiers planqués dans une rotonde ne semblent plus s’offusquer d’un scénario qui se répète toutes les dix minutes. Deepavali est aussi l’occasion pour les indiens de Brickfield de tenter leur chance au super jackpot. Ils sont nombreux à se presser au comptoir en ce jour de fête.

Au supermarché indien Madela Thebam, les indiens font leurs derniers achats pour la fête, des fleurs et des petites bougies rondes éclaireront les convives toute la soirée. Loin des controverses, l’huile de palme se vend par bidons pour l’heure de  la prière. Mais, l’objet le plus drôle et insolite  à acheter en ce jour de faste, reste un kit pour faire soi-même  son "rangoli", ce dessin multicolore en farine de riz au sol. Comptez environ 35 RM pour marquer le passage au nouvel an hindou en grande pompe !

Au bout de la rue, au supermarché chinois, les affaires battent aussi leurs pleins. Lina, la vendeuse propose des paquets à offrir. Ils contiennent de la nourriture parfois surprenante comme des Kellog’s mais aussi de l’alcool. Lina est de bon conseil pour satisfaire des collègues indiens : "Si c’est une fille, vous prenez du vin. Si c’est un garçon, plutôt du whisky. Si vous n’avez pas d’argent, achetez une pomme, un fruit, un biscuit !". L’animalier malais du coin propose aussi de vendre un lapin. "Mais, on fait ça pour Deepavali ?""Pas du tout, mais qui n’aime pas les lapins ?".

 

Course-poursuite avec Deepavali

Abdul, le chauffeur de taxi bavard n’est pas indien mais connait bien le quartier de Brickfield :"Bien sûr qu’il n’y a pas d’indiens dans les rues ou dans les temples. C’est très différent du Thaipusam ! Les indiens restent à la maison pour le Deepavali. C’est comme vous en Europe, personne ne passerait toutes ses fêtes de Noel à l’Eglise. Les indiens vont de maison en maison, rendre visite à leurs leur proches, offrir de la nourriture ou plus rarement des cadeaux. Non finalement, ce n’est pas leur Noel, c’est plutôt leur Thanksgiving".

Au temple indien de Brickfields, le silence règne puisque l’espace est déserté. Personne ne vient troubler l’atmosphère solennelle. Personne vraiment ? Un ladyboy de la région du Mekong invective lepetitjournal.com "Vous avez mal placé vos chaussures à l’entrée. Vous les étrangers. Vous ne respectez rien". Vasan, bon père de famille indien et ses copains rigolent comme des bossus : "C’est vraiment pas grave ! Elle est mal placée pour dire ça. Serait-elle plus hindou que nous ?" . Ils racontent que le Deepavali est avant tout une fête familiale, loin de l’agitation de la rue, un moyen de se retrouver ensemble. Ishwari, le  policier qui garde à le temple à l’entrée ne participera pas aux festivités : "Je viens du Nepal donc je n’ai pas de famille en Malaisie. Mais, ça a l’air sympa".

Abdul, le chauffeur de taxi intervient dans la conversation: "En fait, même si on n’est pas indien, on peut être invité chez des hindous pour Deepavali. Ça se fait beaucoup entre collègues ou au gouvernement. Je connais des Chinois, des Malais qui participent. J’aimerai bien voir ce genre de choses mais quand on est chauffeur de taxi, on n’a pas de collègues ou alors beaucoup trop". Soudain, le bon malais désigne un pauvre bougre indien accroché à sa bière dans la rue. "Lui, là ! Il doit fêter Deepavali.  Je plaisante… Enfin, les indiens boivent tous les jours, on le sait bien. Fête ou pas". Amateur de préjugés, il nous pose une dernière question : "Depuis quand les Français savent parler Anglais ? Je croyais que ce n’était pas le cas ".

 

Une histoire de bougies

Au temple Sri Mahamariamman de Chinatown, les badauds sont un peu plus nombreux. Devant le temple, Achala et Hriday, des indiens qui réalisent des colliers de fleurs expliquent avec un anglais maladroit que le jour est aussi béni pour les dieux que pour le business. Ils s’apprêtent à retrouver leurs familles ce soir pour s’offrir quelques cookies. Un homme d’aspect indien semble soudain vouloir absolument participer au reportage. Un interlocuteur de choix ? "Qu’est-ce vous allez faire ce soir pour le  Deepavali ?". "Moi je suis un indien catholique. J’en sais rien !" "Mais pourquoi, vous voulez être interviewé alors ?" "Pour me marier avec une Française".

Au temple, une quarantaine de personnes participent à la cérémonie de 18h.  Toutes sortes de choses extraordinaires s’y passent. Au centre, des indiens se couchent sur le sol près d’une grande fleur. Un prêtre hindou avec les hanches drapées d’un drap blanc, passe dans les rangées avec une bougie. Les fidèles s’y réchauffent les mains avant de les joindre au-dessus de leurs fronts. Les religieux chantent de mystérieuses litanies en jetant différentes couleurs de poudres. Au centre, les dévots prient même auprès d’un bienveillant prêtre qui leur donne en échange d’un peu de monnaie, une noix de coco remplie de fruits et de fleurs. Un chandelier circulaire à huit branches passe dans la foule tandis que des chariots se remplissent peu à peu de bougies devant des statues à la gloire de multiples dieux. Impossible de décrire tous ces traditions, impénétrables pour les yeux d’un occidental.

"Donc, ces rituels sont pour Deepavali ?". "Pas du tout. Chaque jour est spécial dans un temple indien !". L’interlocuteur est maintenant un prêtre, Baskar arrivé d’Inde depuis deux ans. A Sri Mahamariamman, sept officient comme lui. L’indien rappelle que Deepavali est la fête des lumières des Dieux, une occasion de rendre visite à ses proches ! Mais, si on n’a pas d’amis, pas de famille ou tout simplement pas de toit, le temple reste ouvert toute la nuit. Baskar et les autres prêtres seront là pour accueillir les âmes esseulées. D’ailleurs, le temple ne fait pas de différence entre les fidèles

Quelques visages qui prient avec ferveur ne sont pas indiens. Les Bouddhistes comme les Cambodgiens ou les Thaï invoquent leurs dieux avec autant de cœur que les Hindous, à l’exception près de l’absence de point rouge dessiné sur leur front. Des Indonésiens sont aussi là et même quelques chinois du quartier. Les plus à l’aise sont encore deux allemands de Honk Kong récemment convertis à l’hindouiste et qui se mêlent aux locaux dans des tenues traditionnelles dont beaucoup d’hindous pourraient être jaloux.

Pour notre ami prêtre, Batu Caves est un endroit de choix pour célébrer Deevapali, même si la foule n’est pas impressionnante et le spectacle pas vraiment au rendez-vous:  "Là-bas, les hindous montent les marches avec des petites bougies. Et en haut, on peut même faire exploser des pétards. Avec notre temple de petite taille,  on préfère éviter les explosions sous peine de  tout faire sauter. Mais l’élément le plus important, c’est surtout la bougie pour prier. D’ailleurs, les catholiques de chez vous font aussi ça, non ? Je crois que tout le monde aime les bougies".

 

Marion Le Texier (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Jeudi 15 novembre 2012

 
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