Belkis Jeridi est une jeune femme vivant en France mais persuadée depuis des années que son destin l’attend en Turquie, au détour d’une rue d’Istanbul. Étudiante en dernière année de master, elle prépare minutieusement son départ. Tous les quinze jours, Belkis nous relate ses démarches, les anecdotes, les rencontres et les doutes qui jalonnent son parcours. Quatrième épisode

“Mais pourquoi tu veux vivre en Turquie ?” Je n’y échappe jamais.

Je savais bien qu’aller à ce repas de famille était une mauvaise idée, c’est toujours pareil…

Chacun y va de ses “arguments” :

L’oncle accro aux infos :

- “Vu la conjoncture, c’est mieux de trouver un travail bien gentil, de faire gentiment des économies, et d’aller en Turquie autant que tu veux pour les vacances.”

La cousine qui étudie la comptabilité :

- “Les gens font tout pour venir en France, et toi tu veux la quitter. Pfff, c’est n’importe quoi.”

Le voisin de passage, que je n’ai jamais vu avant ce jour :

- “En plus ça doit être chiant de devoir porter le voile.”

Euh… No comment!

Mais ce dimanche, j’ai envie de parler de tout sauf de la Turquie…

J’en ai plus qu’assez d’entendre des choses du style :

“J’ai trouvé que c’était différent du Maroc quand même, on n'y mange pas pareil.” - (Normal ce n’est pas la même culture. Merci de revoir ta géographie)

“Je trouve que c’est plutôt dangereux Istanbul  pour une femme, moi j’ai l’impression de n’avoir vu que des hommes dans la rue.” (Tu traînes où toi, aussi ?!)

“Le gouvernement est islamiste, t’es inconsciente !”

“Moi à ta place je réfléchirais à deux fois, tu as vu ce qui est arrivé à Sevil Sevimli. Y’a pas de libertés là-bas.”

“Moi je les ai trouvés super évolués, on peut y boire de l’alcool sans problème.” (Youhou si l’évolution se résumait juste à ça…)

J’ai l’impression, pour les gens qui connaissent ma passion pour la Turquie, que sous prétexte que je m’y rends plusieurs fois par an et que je souhaite y vivre, je dois sans cesse répondre de tout :

Un procès ? Une loi ? Un billet pas cher ? Un hôtel ? On me sollicite.

“Toi qui connais bien la Turquie…” - Euh, c'est-à-dire que…

On me provoque, on abuse de clichés en me toisant les bras croisés dans l’attente d’une réaction.

J’ai arrêté de répondre sous le coup de la passion, ça ne change rien au résultat.

La Turquie, mais surtout ses habitants, sont bien trop mal connus, des idées reçues tellement ridicules subsistent à leurs égards, et c’est navrant.

Le tourisme a tout de même permis de la faire connaître du grand public, ce qui j’espère éveillera petit à petit la curiosité des gens pour ce beau pays.

Mais ce dimanche, plus que tous les autres, je suis cafardeuse.

Ces discussions me vexent et me blessent. J’aimerais que les gens soient plus ouverts et curieux des autres cultures, mais surtout qu’ils arrêtent de se mêler de mes projets !

Même si je devais perdre en salaire, ou soi-disant en opportunités d’évolution dans ma carrière, j’ai décidé de privilégier mon cadre de vie et mon épanouissement personnel. L’argument économique, je n’en ai que faire. Je suis une sentimentale, moi. J’ai besoin de rêvasser mains dans les poches en donnant des coups de pied dans une canette abandonnée.

Alors que je boude dans mon coin, ma mère vient à mon secours d'un : “Ça suffit, on peut changer de discussion, s’il vous plait ?… Elle a le mal du pays.”

Belkis Jeridi (http://www.lepetitjournal.com/istanbul.html) vendredi 16 novembre 2012

Retrouvez la dernière chronique de Belkis ici.

 
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