Les célèbres fresques murales de Belfast sont menacées de disparition. A travers son programme Repenser les communautés, le Conseil des Arts d'Irlande du Nord souhaite en effet remplacer les peintures militaires par de nouvelles images pacifiques. Mais de nombreuses voix s'élèvent contre ce projet gouvernemental, en place depuis 2006. Tourner la page ou préserver les traces du passé, les avis divergent.

 

Elles sont le témoin d'une histoire commune douloureuse, le support de nombreuses années de revendications. Les peintures murales de Belfast, qui sont aujourd'hui partie intégrante de la ville et représentent une véritable attraction pour les touristes du monde entier, disparaissent pourtant peu à peu. Depuis l'accord de paix en Irlande du Nord signé en 1998, les fresques à caractère militaire et offensif, apparues pour la première fois en 1908 du côté unioniste puis de façon plus intensive dans les années 70, ont commencé à disparaître au profit de dessins pacifiques. En 2006, le renouvellement des fresques s'est intensifié suite à la mise en place du programme "Repenser les communautés" ( Re-imaging Communities ) par le Conseil des Arts du Nord de l'Irlande (Art Council of Northern Ireland). Mais effacer l'Histoire n'est pas aussi simple. Une fois de plus, deux camps s'affrontent : les premiers veulent oublier les souffrances du passé et soutiennent que ces peintures entretiennent la ségrégation, les seconds estiment qu'il est important de conserver ces éléments du patrimoine irlandais pour les générations futures.

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Bill Rolston, chercheur et universitaire originaire de Belfast et membre du Transitional Justice Institute, nous en dit un peu plus sur ce programme. Spécialiste des questions relatives au processus de paix en Irlande du Nord, ce professeur de sociologie à l'University of Ulster à Jordanstown (Co. Antrim) s'est depuis toujours intéressé aux fresques qu'il a photographiées dès les années 80. Il a également publié trois ouvrages couvrant différentes périodes (Drawing Support 1, 2 et 3).

Photo: Bill Rolston/Laura Béheulière

Avant tout, quelques repères. Combien y a-t-il de fresques à Belfast, où sont-elles situées et avec quelles peintures ont-elles été réalisées?
Bill Roston - Il y a environ 4.000 fresques à Belfast mais leur nombre varie beaucoup au fil des années. Il y en a au moins 2.000 en permanence. Elles sont réalisées à la peinture acrylique, plus chère, mais de bien meilleure qualité que la peinture à l'huile, elle permet de beaux effets et sèche très vite.
Dans le quartier protestant (unionistes, loyalistes), les fresques se situent principalement aux alentours de Shankill road et dans Agnes street. Dans le quartier catholique (nationalistes, républicains), elles se situent dans Divis Street, Beechmont Avenue. Dans Cupar Way, qui sépare les deux communautés, une longue fresque est là pour prôner la paix.

Photo: Fresque dans le quartier protestant représentant les membres de trois groupes paramilitaires/Laura Béheulière

En quoi consiste le programme "re-imaging communities" (repenser les communautés) du Conseil des Arts d'Irlande du Nord ?
Officiellement, ce programme a pour but d'effacer les fresques militaires, racistes et offensives. Il a déjà coûté £3,3 millions (environ 4 millions d'euros). En avril 2006, le gouvernement a déclaré qu'il ne donnerait de l'argent que pour les zones loyalistes. Mais les politiques, notamment les catholiques du SDLP (Social Democratic and Labour Party) ont estimé que c'était illégal et ont vivement protesté. En juillet, le gouvernement annonçait alors un changement dans le programme en affirmant que toutes les zones étaient concernées.

Comment se crée une nouvelle fresque?
Les différentes communautés peuvent se rapprocher du Conseil des Arts afin qu'il les aide à financer une nouvelle fresque. En général le conseil ne souhaite pas que les anciens artistes participent. Certains sont impliqués, mais la plupart sont de nouveaux peintres.
Comme il faut l'accord du Conseil des Arts pour la création de chaque nouvelle fresque, cela provoque quelques ralentissements mais également d'étranges situations. Par exemple, un groupe d'artistes a souhaité réaliser une fresque dans la zone républicaine représentant une personne tenant une arme dans ses mains. Le Conseil a donné son accord pour la fresque mais pas pour l'arme: le personnage se tient alors dans une position singulière, comme s'il tenait une arme, mais ses mains sont vides !

Certaines voix s'élèvent contre le programme, arguant qu'effacer les fresques revient à effacer l'Histoire et que cette présence est nécessaire pour un rappel des dangers et commémorer les disparus. D'autres estiment qu'il est de temps de tourner la page et que les fresques entretiennent la ségrégation. Quel est votre point de vue?
Je pense que se sont les gens qui vivent dans les zones où sont présentes les fresques qui devraient choisir s'ils veulent se souvenir, ou s'ils ne sont pas d'accord avec cette façon de se souvenir.

Qui sont les nouveaux artistes et que pensez-vous des nouvelles fresques?
Les artistes d'aujourd'hui sortent d'écoles d'Art alors qu'auparavant ils étaient autodidactes. Techniquement on peut dire qu'ils sont meilleurs, mais ma première critique porte sur les sujets des fresques, sur leur message. Il n'y a plus rien de politique. C'est une honte car ces fresques sont à l'origine le support de revendications politiques. Certains évoquent l'histoire du pays, mais il s'agit uniquement d'évènements lointains. D'après moi, il faudrait que les communautés repensent d'abord leurs idéologies pour enfin peindre sur ce thème.

Photo: Exemple d'une nouvelle fresque, numérique. Elle représente  trois boxeurs de Shankill et remplace une ancienne peinture qui comémorait le siège de Derry en 1689/Laura Béheulière

 Ma seconde critique est sur la technique employée. Il y a aujourd'hui de nombreux tableaux numériques, créés sur ordinateur puis imprimés et cloués au mur. Ça ne me plait pas beaucoup. Ce n'est pas parce que je suis un puriste et que j'aime le travail manuel. Mais un célèbre peintre mexicain, David Siqueiros, qui réalisait également des fresques, a dit un jour que, même si l'on passe en voiture devant une fresque, on doit savoir de quoi elle parle. Avec ces nouveaux murs, ce n'est pas possible, ils sont beaucoup trop chargés, avec trop de texte. J'apprécie tout de même quelques unes des nouvelles fresques, comme celle où l'on voit des enfants heureux en train de dessiner et qui revendiquent leur droit à jouer. Elle remplace une fresque qui rappelait l'oppression sur les familles et les enfants.

 

Photo: Peinture murale pacifique dans le quartier protestant prônant le droit des enfants à jouer/Laura Béheulière

 En quoi le programme a-t-il fait bouger les choses, quel bilan peut-on en tirer?
On peut dire qu'il a coûté beaucoup d'argent, et qu'il a effectivement remplacé beaucoup de fresques. Seulement quelques unes sont réussies. Il y a au sein de la population différents avis sur ce programme.
Mais je pense qu'il n'est en tout cas qu'un facteur infime dans le changement des idéologies des communautés. Il y a bien eu une évolution des mentalités, les gens sont plus soucieux de la paix. Le programme "repenser les communautés" n'a pas joué un rôle important là dedans. La plus grosse preuve de ce changement est que les anciens prisonniers des deux communautés partagent certaines idées et se respectent.

 

 

Propos recueillis par Laura Béheulière (lepetitjournal.com/dublin) Lundi 30 août 2010

 
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