Singapour

QUESAPELORIO – Le bonheur en mode improvisé

QUESAPELORIO, c’est une troupe parisienne de 10 jeunes artistes, talentueux et passionnés, spécialistes de l’improvisation sur le mode match, catch ou cabaret. A Singapour, c’est sur ce dernier mode qu’ils devraient se produire lors de deux soirées, les 5 et 7 avril, à l’Alliance française. L’occasion d’aller apprécier un art de la scène plein d’exubérance, dans lequel les artistes jouent sans filet, par goût de la performance collective et pour le bonheur de faire rire. Membre de la troupe et organisateur de cette improvisation singapourienne, Kodsi Ludi, rencontré la veille de son départ, à Paris, nous fait entrer dans les coulisses d’un art que le meilleur moyen de découvrir est encore d’aller voir.

La troupe de Quesapelorio vient à SingapourQuesapelorio ?

Kodsi Ludi - Quesapelorio c’est le nom de la troupe que nous avons créée il y a 10 ans, alors que nous étions membres de la ligue d’improvisation universitaire.

D’où vient cet art particulier de la scène qu’est l’improvisation ?

- Les matchs d’impro viennent du Québec. L’esprit des premiers matchs, dans les années 60-70, était lié à un constat : les théâtres sont vides et les stades de hockey sont pleins. Comment parvenir à ce que les supporters de hockey viennent au théâtre ? La réponse qu’ils on apporté a été de littéralement transposer l’univers du  hockey au théâtre : on reprend le match, les équipes, les maillots …

Avec les années, en France, le décor a changé. Ce qui marche bien (c’est ce que nous faisons), c’est le concept de cabaret et improvisation. Il n’y a pas d’équipes concurrentes. Les joueurs ont entre 5 et 10 ‘’ pour se préparer, ensuite ils se lancent. Généralement, pendant la 1ere mi-temps on fait des petites improvisations de 3 à 7mn, ce qui permet de faire une quinzaine d’impro sur la base des demandes du public. La deuxième mi-temps peut faire l’objet d’une improvisation longue pendant 40mn.

A quoi ressemble un spectacle d'improvisation?

- A l’entrée du spectacle on donne au public des papiers pour qu’il puisse proposer des thèmes. Parmi les membres de la troupe, il y a un maitre de cérémonie, chaque fois différent. C’est lui qui, sur scène, va donner le cadre aux spectateurs et qui, en piochant dans les propositions du public, va donner aux joueurs les thèmes et éventuellement la coloration qu’il souhaite que les intéressés donnent à leur improvisation.

Coloration ?

- Oui, par exemple lorsqu’il va proposer de faire une improvisation sur un thème donné en indiquant que cela doit être traité sur un mode western.

Le maitre de cérémonie est-il neutre ou s’amuse-t-il, à l’occasion, à lancer des pièges ou des difficultés à ceux que vous appelez « les joueurs » ?

- Oui tout à fait. Le but est de semer des difficultés. Il y a par exemple cette catégorie des vaches espagnoles dans lequel on demande d’improviser tout en prenant un accent. Le Maitre de cérémonie peut s’amuser à mettre les joueurs en difficulté en leur demandant de prendre un accent dont il sait qu’ils le maîtrise très mal.

Comment les joueurs réagissent-ils?

- Ils s’amusent. On est entraînés au fait que « le ridicule ne tue pas ». Le principe même de l’improvisation est qu’on cherche à se mettre en difficulté.

Y-a-t-il des règles du jeu précises?

- Le jeu d’improvisation s’inscrit dans un cadre très codifié.  Il y a un certain nombre de règles telles que le fait de dire oui, c’est à dire d’accepter toujours ce que son partenaire sur scène vient de faire rentrer dans la situation, qu’il s’agisse des personnages, de l’action ou du décor. S’il me dit que je suis son frère. Je dois intégrer dans mon personnage le fait que je suis son frère. S’il indique qu’il y a une table au centre de la pièce. La convention est de faire avec cette table. On ne peut pas traverser la scène comme si elle n’était pas là. On peut s’y asseoir, ou butter contre elle, ou inventer n’importe quoi. L’autre règle importante c’est de ne pas faire de cabotinage, c’est à dire de transformer l’improvisation en un stand up où l’on tirerait toute la couverture à soi. Une autre encore est de ne pas rentrer dans les 15 dernières secondes…

L’improvisation est-elle aussi porteuse de valeurs ?

- Oui tout à fait. L’habitude de dire « oui », par convention, est en soi une valeur positive. Dans la vie courante, le oui est rare, jugé trop compromettant. Le non sécurise. Dire oui, par principe, c’est une philosophie et un entrainement à s’adapter de manière permanente aux situations et aux autres. L’autre aspect intéressant de l’improvisation, c’est qu’on y est toujours en situation de valoriser l’autre

Où les joueurs vont-ils chercher leurs idées quand ils improvisent?

- Les improvisations sont basées sur l’imaginaire mais aussi sur des réalités d’actualité. Quand on nous demande de faire une improvisation sur les grèves dans le métro. On nourrit évidemment notre imaginaire des expériences personnelles qu’on a eu dans le métro. On peut s’amuser à faire des piques qui sont en écho avec l’actualité du moment ou avec le contexte particulier dans lequel on se trouve. En amont de notre passage à Singapour, on va se renseigner sur la réalité singapourienne pour être capable de créer ces connivences qui mettent de bonne humeur.

Comment est née l’idée de cette tournée à Singapour ?

- Au départ, il y avait juste un ami habitant Singapour, qui m’a décrit la ville, et m’a donné envie d’y monter un spectacle, comme je l’avais fait à Hong Kong quand j’y habitais, en faisant venir la troupe Quesapelorio. En travaillant sur le projet nous avons fait la connaissance de nombreuses personnes sur place, parmi lesquelles, Arnaud Pierre, très engagé dans l’improvisation et le théâtre à Singapour, qui nous a beaucoup aidé à titre bénévole. C’est ainsi que nous sommes rentrés en contact avec l’Alliance Française où se dérouleront les 2 représentations à Singapour le mercredi 5 avril et le vendredi 7 avril. C’est ainsi encore que, à l’initiative des professeurs en charge de l’option théâtre du LFS, nous avons été invités à jouer spécifiquement pour les élèves du collège et du lycée.

Qui sont les membres de la troupe ?

- Ce sont des personnes d’âge variés, globalement entre 25 et 35 ans, qui exercent une activité professionnelle parfois proche du monde du spectacle, parfois éloignée. Tous sont des passionnés de l’improvisation qu’ils pratiquent depuis de nombreuses années.. Les gens qui viennent à l’improvisation le font pour des raisons diverses. Il y a un coté « casse cou » revendiqué dans cette propension à se mettre systématiquement en difficulté et à travailler sans filet. C’est ce qui est grisant. La récompense ultime ce sont les applaudissements du publics, quand on se regarde avec son partenaire sur scène et qu’on se dit qu’on a été à la hauteur et qu’on a fait vivre au public un bon moment.

L’improvisation est visiblement une activité d’équipe. On imagine que l’ambiance qui règne dans le groupe est très importante.

- Oui absolument. Le fait de vivre ensemble tous ces moments sur scène fait que le groupe est très soudé. On fait partie de plusieurs troupes qui ont chacune leur culture. La troupe QUESAPELORIO valorise énormément le fait de s’amuser qui est vraiment pour nous un point clé.

Prévoyez-vous lors de votre passage à Singapour, où l’improvisation est en pleine émergence,  de nouer des relations avec des troupes locales ?
- Oui, Avec Arnaud Pierre, nous avons prévu d’animer un atelier ouvert à tous. Nous tenons beaucoup à faire la promotion de l’improvisation. Nous partons du principe qu’il existe un cercle vertueux de la culture : plus on voit de culture, plus elle se développe.


Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) Jeudi 30 mars 2017

 

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Réservations : https://ticketbox.sg/spectacle-d-improvisation-theatrale#/

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