Singapour

PORTRAIT – Expatriation et exploration pétrolière avec François Borgida, Vice-President New Ventures, Asia-Pacific.

François Borgida a intégré le groupe Total, 4ème compagnie pétrolière et gazière mondiale, en 1998. Il est aujourd’hui responsable du business développement pour la région Asie Pacifique de la branche Exploration-Production (E&P). Cette branche est en charge des activités d’exploration, de développement et de production de pétrole et de gaz naturel dans plus de 50 pays. Récit d’une carrière internationale au sein de ce grand groupe pétrolier.

TOTAL

www.lepetitjournal.com/singapour - Vous avez choisi les métiers du pétrole et le groupe Total depuis le début de votre carrière. C’est un métier qui vous passionne ?

François BorgidaFrançois Borgida – C’est avant tout la dimension internationale du groupe Total qui m’a attirée, et qui reste encore une de mes grandes motivations. Ingénieur de formation, j’ai commencé en 1998 ma carrière dans le Groupe Total comme ingénieur gisement, basé en Ecosse, avant de m’orienter vers des métiers plus orientés business et stratégie. Depuis quelques années, je suis impliqué dans les activités de business développement, un des domaines qui me passionne.

En résumé, mon activité consiste à mener des transactions qui vont faire varier le portefeuille d’actifs pétroliers du Groupe. Nous négocions l’acquisition de permis pétroliers, voire de sociétés qui possèdent ces permis, afin d’alimenter notre portefeuille d’exploration ou de futurs développement. Les discussions ont lieu avec des compagnies privées, des compagnies nationales ou directement des gouvernements. Bien sûr, nous sommes réciproquement vendeurs de certains de nos actifs.

Une fois les actifs acquis, mes collègues de l’Exploration, ou des filiales, assurent alors leur gestion : forage d’exploration, lancement de nouveaux projets, gestion de la production, ... mais aussi des relations avec nos partenaires.

Vous avez donc une carrière internationale. Dans quels pays avez-vous travaillé ?

- J’ai tout d’abord travaillé en Ecosse près de 4 ans comme ingénieur gisement et, après une incartade d’une année à Londres dans une société de trading hors du Groupe Total, j’ai rejoint pendant deux ans la Direction Stratégie-Planning de la Branche Gaz-Electricité. Ensuite, direction le Qatar où j’ai eu la chance de travailler, en tant que détaché Total, dans la société Qatargas au moment du grand bond en avant du pays. Nous participions alors à la construction de nouveaux trains géants de liquéfaction du gaz naturel, une vraie prouesse technologique ! En refroidissant le gaz naturel, il devient liquide (Gaz Naturel Liquéfié, ou GNL) et on peut alors le transporter par bateaux méthaniers partout dans le monde. C’est une activité en forte croissance.

J’ai en quelque sorte suivi le chemin de ces méthaniers en rejoignant notre filiale de Trading à Houston, de 2008 à 2010. Là, j’étais plus particulièrement en charge de la mise en place de l’organisation et des actifs (terminaux de regazéification, nouveaux gazoducs, stockage de gaz) pour recevoir ce GNL provenant de multiples pays. Mais c’était le début de la révolution des gaz de schistes, qui a entraîné un excédent de production aux Etats-Unis et une chute des prix du gaz. Plus question alors d’importer du gaz là-bas, et quand je suis parti nous parlions déjà de retourner nos actifs pour liquéfier le gaz américain, ce que nous avons fini par faire quelques années plus tard !

Je suis rentré au siège en France en 2010 pour m’occuper d’activités de business développement essentiellement centrées sur l’Afrique, avant de repartir en 2012 pour l’Indonésie comme responsable business et corporate planning de la filiale. Enfin, j’arrive en 2014 à Singapour pour prendre en charge les activités business développement de la Branche E&P pour la région Asie-Pacifique.

Pouvez-vous nous parler des métiers de l’exploration-production pétrolière et gazière?

(c) TOTAL- C’est une chaine qui commence avec la prospection pétrolière. Notre Division Exploration comprend des géologues et géophysiciens qui tentent de comprendre le sous-sol et où les hydrocarbures peuvent se trouver. Ils utilisent des techniques avancées de géophysique mais aussi leurs connaissances géologiques des régions explorées. En cas de découverte (1 découverte tous les 5 à 10 forages typiquement), des forages d’appréciation permettent de connaitre la taille de la découverte et de mettre au point un plan de développement du champ (le nombre de puits à forer, leur nature et leur emplacements). C’est le métier de l’ingénieur gisement.

La construction des installations pétrolières peut ensuite prendre des années et coûter des dizaines de milliards de dollars. L’exploitation durera des dizaines d’années et il faudra optimiser la production, mais aussi le taux de récupération des hydrocarbures, c’est-à-dire mettre en place des techniques avancées pour récupérer les hydrocarbures qui ne remontent pas naturellement à la surface. Enfin, il s’agira de remettre en état les sites et de démanteler les installations en fin de production, en respectant les normes réglementaires et environnementales.

Quelles sont les activités de Total à Singapour ?

- Historiquement, c’est la Direction Régionale de la Branche Marketing & Services (i.e. stations services et logistiques pétrolières associées) qui est implantée à Singapour depuis de nombreuses années. D’autres branches sont présentes comme le Trading-Shipping, les activités de Lubrifiants et de soutes (carburant) pour les navires. A partir de 2011, l’Exploration-Production a commencé à implanter sa Direction Régionale à Singapour. Aujourd’hui, c’est un Hub régional de 65 personnes, qui rassemble tous les explorateurs travaillant sur la région. Contrairement à d’autres groupes pétroliers, nous n’avons pas de raffinerie à Singapour.

Quelles sont les zones d'exploration en Asie et quelle est l'importance de la région pour Total ?

- La zone Asie-Pacifique représente environs 15% de la production de Total E&P. En particulier, nous sommes présents depuis plus de 45 ans en Indonésie avec une filiale importante qui produit environ un tiers du gaz du pays. Mais le gisement est maintenant en fin de vie et son exploitation par Total cessera cette année.

Depuis la fin des années 90, nous avons des positions importantes en Thaïlande et en Birmanie où nous produisons une part significative du gaz de ces pays, et où nous souhaitons continuer à nous développer. Total est partenaire de deux projets de GNL en Australie : le projet Gladstone LNG qui a démarré en 2015 et le projet géant d’Ichthys qui devrait démarrer fin 2017 au plus tôt.

Nous sommes aussi présents en Chine et, enfin, nous développons le projet Papua LNG en Papouasie Nouvelle-Guinée qui devrait démarrer vers 2022.

Total - carte production hydrocarbures

De quelle manière la chute du prix du pétrole a-t-elle impacté vos activités ? Les prix vont-ils remonter ?

- Le prix du pétrole suit des cycles influencés par les variations de l’offre et de la demande. Le dernier cycle de baisse a surpris par son ampleur et semble lié à une conjoncture assez rare d’une offre en croissance (en particulier provenant des pétroles de schiste américains) concomitante avec un ralentissement de la demande. Tout le monde a été impacté, Etats et compagnies pétrolières et ce choc a finalement été sans doute salutaire pour prendre conscience de la nécessité de baisser les coûts. Le prix est aujourd’hui stabilisé à 50$ le baril et je pense qu'on commence à sortir de la crise car l'absence de grands projets d'exploration commence à se faire ressentir. Le consensus actuel est que le prix devrait remonter légèrement d’ici 2018-2019 vers 70$. Mais si on veut être sûr de se tromper, on peut essayer de prévoir le prix du pétrole !

Selon Patrick Pouyanné, Président-Directeur général de Total, « En 2035, le pétrole et le gaz devraient représenter encore près de 50 % du mix d’énergie primaire ». Quel sera selon vous le mix énergétique du futur ?

- Je pense que la transition énergétique est clairement en marche. Total s’est engagé, dans ses opérations et via ses investissements, dans les énergies renouvelables pour devenir « la major de l’énergie responsable ». Notre objectif est que les énergies renouvelables constituent un véritable relais de croissance rentable pour Total dans 20 ans, et puissent constituer jusqu’à environ 20 % du portefeuille du Groupe. Nous investissons massivement en programmes de R&D pour la séquestration et l’utilisation du CO2, nous nous engageons à réduire au maximum les émissions de gaz à effet de serre (CO2, méthane, …) sur nos installation et nous avons en particulier comme objectif de réduire à zéro le torchage (NDLR: le torchage, ou flairing, est le fait de brûler le gaz qui remonte naturellement lors de l’extraction du pétrole) de gaz dans nos opérations. Enfin nous sommes par ailleurs aujourd'hui numéro 2 mondial du solaire avec le rachat, en 2011, de SunPower, géant des panneaux solaires.

Mais dans 50 ans, il y aura encore beaucoup de pétrole et de gaz, et même du charbon. Comme le disait le Sheikh Ahmed Zaki Yamani (Ministre saoudien du Pétrole et des Ressources minérales de 1962 à 1986 et un des ministres à l'OPEP pendant 25 ans), « l’âge de Pierre n’a pas pris fin par manque de pierres ».

 

Propos recueillis par Cécile Brosolo, www.lepetitjournal.com/singapour, Mercredi 19 avril 2017.

 

 

 

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