Singapour

CHRISTINE OCKRENT–Echanges sur l’évolution des médias et sur le fonctionnement de notre démocratie à quelques jours des élections présidentielles françaises.

Comme toute campagne présidentielle, celle que nous vivons et qui connaîtra son premier dénouement dimanche a connu son lot de critiques envers notre système médiatique et en filigrane, notre fonctionnement démocratique. La semaine de la presse organisée fin mars au Lycée Français de Singapour a été l’occasion de nous entretenir avec LA reine de l’info qui a marqué toute une génération, Christine Ockrent. Elle a accepté pour le petit journal de Singapour de revenir sur cette semaine d’échanges et plus largement sur l’évolution des médias et ses conséquences sur notre perception politique.

 

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Intervention de Christine Ockrent devant une classe du Lycée Français de Singapour, mars 2017,  copyright Lycée Français de Singapour

 

www.lepetitjournal.com/Singapour - Que vous ont révélé, sur la relation aux médias, vos différents échanges avec les élèves du Lycée Français de Singapour lors de la semaine de la presse (du CM2 à la terminale) ?

Christine Ockrent - J’ai été étonnée. Tout d’abord par l’énergie positive des professeurs, notamment de Sébastien Bonnemason-Richard qui a organisé et a animé cette semaine.

Ensuite, par la capacité des élèves à s’exprimer, ce qui a permis dans toutes les classes des échanges pointus sur leurs relations aux médias. Il y a une vraie curiosité de ces jeunes par rapport à ces métiers. Même si Singapour en soi est déjà une bulle et encore le lycée français en soi une autre, j’ai trouvé des enseignants très soucieux d’ouvrir l’esprit des enfants.

Aujourd’hui, comme on le sait les supports sont divers : édition papier, numérique, vidéo. Il est nécessaire d’expliquer aux jeunes que tout ce qu’ils reçoivent sur leurs téléphones, tablettes ou autres n’est pas forcément de l’information. Il y a toute une éducation à entreprendre sur la sélection et la vérification des sources. Il faut apprendre aux jeunes à faire cet effort là. Les enseignants ont bien entendu un rôle dans cette recherche : choisir et vérifier ses sources sont primordiales.

Et, puis, il faut faire passer le message : comme dans de nombreux domaines, comme pour les vêtements ou les boissons par exemple, il y a des « marques » dans le monde médiatique.

 

Chez les jeunes, les réseaux sociaux ont une place prépondérante dans l’accès à l’information et dans leur façon de communiquer. Une enquête récente publiée en amont de la semaine de la presse montre que les parents ont de plus en plus de mal à agir. Ces réseaux peuvent-ils être régulés ?

- Comme je le disais en parlant de « marques » médiatiques, l’information est aussi un produit de consommation qui peut être empoisonné et peut contaminer notre réflexion, comme l’a montré l’élection américaine récemment. Internet sert à toute sorte de manipulation : théorie du complot, propagandes… Les responsables des réseaux sociaux, des mastodontes d’internet comme Google commencent à réagir. Sur ces réseaux, des contenus anodins ou de publicités côtoient parfois des contenus racistes, terroristes, complotistes. Marc Zukerberg a très récemment appelé à l’aide les médias traditionnels pour filtrer ces contenus. Et cela devient très difficile dans des pays démocratiques, où la liberté d’expression est totale, d’établir des critères de sélection. L’Allemagne vient juste de le faire. Mais ses critères sont tellement restrictifs que je ne suis pas sûre qu’ils soient adaptables en France.

Bien sûr cette tentative de régulation de la part de ces entreprises n’est pas purement civique : certaines agences de publicité et de grandes marques retirent leur budget publicitaire par crainte d’être apposés aux côtés de contenus qui nuisent à leur image.

La technologie, l’accoutumance des consommateurs qui sont aussi émetteurs d’images et de textes, évoluent tellement vite que l’arsenal juridique ne suit pas forcément. Et je crois que ce qui va encore plus vite, ce sont les personnes qui détournent cette technologie pour des fins mercantiles ou criminelles. Il est essentiel que face à ce phénomène les parents, avec l’aide des enseignants, n’abdiquent pas.

 

Dans les différentes crises politiques que nous traversons et les débats qui nous agitent, pensez-vous que l’Occident est arrivé au bout d’un processus démocratique ?

- En Europe, je pense que nous faisons plutôt face à « une fatigue démocratique ». Mais il ne faut pas nécessairement remettre en cause l’ensemble de notre système. Il y a peut-être une tendance à l’exagération. L’exemple des Pays-Bas est révélateur : le danger de l’extrême droite a été amplifié par nos médias sans prendre en compte le mode de scrutin. De même, aux Etats-Unis, le mode de scrutin à l’élection présidentielle est bien différent du nôtre. Nos deux systèmes ne sont pas comparables. Ce qui est certain est qu’il existe partout une vague populiste à laquelle les pays démocratiques sont confrontés. Il y a également cet effort du Kremlin qui est maintenant incontestable pour déstabiliser l’Union européenne. Il y a des tensions très fortes et des dangers, mais je continue de penser que nos démocraties sont très enracinées et nos institutions fortes, aussi différentes soient-elles.

 

François Hollande a effectué une visite d’Etat fin Mars à Singapour. Nous étions surpris au Petit journal de Singapour du traitement  de cette visite par les médias nationaux : recherche de la « petite phrase », de savoir qui allait-il soutenir aux élections présidentielles, etc. Qu’en pensez-vous ?

- Des médias spécialisés, tel que votre réseau par exemple, est là pour en parler ! Je pense que l’information est disponible et traitée par des professionnels de qualité. Il y a de très bons médias, émissions de radio, presse écrite, spécialisés dans de nombreux domaines. Je trouve que la presse économique comme par exemple les Echos ou le Financial Times sont de très bonne qualité. L’information existe, il faut aller la chercher.

La France est dans une situation politique singulière, au-delà même de l’élection présidentielle. Les médias nationaux sont tournés pour l’instant vers le sujet principal qui est la campagne présidentielle, ce qui est normal. Ce sont des journalistes qui sont accrédités par l’Elysée et suivent le Président depuis 5 ans, donc l’obsession est jusqu’à la fin comment François Hollande commente cette campagne, dans un climat assez violent verbalement.

Il est vrai que la facilité est toujours la recherche de cette petite phrase et de ne pas se préoccuper des enjeux à Singapour et plus globalement en Asie du Sud-Est. Or cela est, je crois, essentiel pour nous européens de comprendre ce qu'il se passe ici et d’en faire partie.

 

Propos recueillis par Clémentine de Beaupuy, www.lepetitjournal.com/singapour, le jeudi 20 avril 2017 

 

* Pour écouter Christine Ockrent et ses analyses,  voici le lien vers son émission hebdomadaire: Affaires Etrangères sur France Culture

 Une émission qui sera diffusée fin avril sera consacrée à la vision asiatique du monde et a été enregistrée à Singapour avec des intervenants locaux.

 

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