Singapour

DIPLOMATIE- «Ensemble nous sommes plus forts », Michael Pulch, Ambassadeur de l’Union européenne à Singapour

Dans la prestigieuse allée consacrée aux peintres du XIXème du Sud-Est asiatique à la National Gallery, Michael Pulch, Ambassadeur de l’Union européenne à Singapour, présente le Festival européen du film qui débutera le 11 mai 2017 avec une sélection éclectique issue de 27 pays dont l’Ukraine, qui côtoie la Turquie et la perfide Grande-Bretagne. Le meilleur de l’Europe en quelque sorte, une vision élargie, diverse et apaisée de ce continent.

Au lendemain de l’anniversaire du Traité de Rome et à la veille de la mise en place du Brexit, le petit journal a voulu en savoir plus sur le rôle de cette ambassade de l’Union Européenne à Singapour et comment elle répond ici aux événements qui secouent le vieux continent.

Dr Michael Pulch Profile
Dr Michael Pulch, Ambassadeur de l'Union Européenne à Singapour 

 www.lepetitjournal.com/singapour : Quelles sont les missions de la Délégation de l’Union européenne à Singapour en regard, notamment, des diplomaties bilatérales des Etats membres ?

Michael PULCH : Il existe 140 délégations de l’UE à travers le monde. Dans la région, seule Brunei n’a pas de représentant européen. Depuis le Traité de Lisbonne (2007), les délégations de l’UE coordonnent la politique extérieure et de sécurité commune afin de peser sur la scène internationale.

En tant que mission diplomatique de l’Union européenne, nous avons vocation à négocier au niveau régional et local.

Nous entretenons donc des relations avec le gouvernement singapourien et avec toutes les entités institutionnelles ou privées qui ont leur siège ici, même si leurs champs d’action sont plus larges géographiquement. Nous avons des réunions régulières avec les ambassadeurs de chaque pays membre afin de coordonner nos actions.

Mais tous les Etats membres ne sont pas représentés dans la cité-Etat, comme les pays baltes, Malte ou Chypre. Nous aidons donc ceux qui ne sont pas représentés, et les petits pays avec une représentation restreinte, en faisant circuler l’information, en mettant à leur disposition notre capacité d’analyse et d’expertise, en leur donnant notre avis politique. Nous aidons des pays à s’implanter, à pénétrer les marchés. Par exemple, nous avons eu un rôle actif pour que la Pologne puisse exporter des produits agricoles ici.

Dans les domaines culturels, nous proposons également une vitrine pour tous. La délégation organise des manifestations : le festival européen du film (en mai), une journée Education pour présenter les universités européennes,  un festival d’écrivains (en juin) ; l’unique moyen pour de nombreux pays d’être visibles.

 

Pouvez-vous nous préciser les grands axes d’action de l’Union européenne à Singapour ?

- En préambule, il faut rappeler que Singapour est de tradition eurosceptique, plutôt tournée naturellement vers l’Asie du Sud-Est et la Chine. Je crois que pendant les 4 années de mon mandat, cette position de Singapour à l’égard de l’Europe s’est modifiée. Dans tous les domaines de nos compétences, les relations avec l’Union européenne ont progressé.

Dans le cadre de la politique de sécurité, l’UE est présente chaque année au Shangri-la Dialogue et fait entendre sa voix.

Dans le cadre du commerce international, nous négocions entre l’UE et Singapour, depuis 3 ans, un accord important de libre-échange (FTA - Free Trade Agreement). Le même accord se dessine entre l’UE et l’ASEAN. Pour les petits pays, c’est une aubaine afin de pénétrer le marché du Sud-Est asiatique.

Il y a 11.000 entreprises européennes implantées ici qui utilisent la cité-Etat comme hub pour rayonner dans toute la zone pacifique. Avec ces accords, nous nous positionnons sur le long-terme avec les pays de la région.

Dans le domaine des transports, j’avais identifié deux développements potentiels: le maritime et l’aviation civile. Sur ce dernier point, depuis 6 mois, nous avons entamé des discussions dans le cadre d’un traité "Ciel ouvert" entre l’UE et l’ASEAN.

Par ailleurs, pour aider les PME européennes à s’implanter et à rencontrer les bons partenaires locaux, nous avons lancé le programme Business Avenues South-East Asia, des salons professionnels dans sept secteurs économiques, à Singapour et sa région, Vietnam, Malaisie, Philippines, et Indonésie.

 

Quelle a été votre réaction au Brexit et y’a t’il eu déjà des conséquences par rapport à vos partenaires  singapouriens ?

- Pour l’instant, la situation juridique est très claire jusqu’au jour où elle ne le sera plus ! La Grande-Bretagne reste membre à part entière de l’UE jusqu’à son départ, et rien n’a changé vis-à-vis de Singapour.

Bien sûr, le Brexit a soulevé des inquiétudes, mais la difficulté se situera plutôt pour la Grande-Bretagne : elle devra négocier les accords commerciaux et politiques pays par pays. L’Union européenne a un poids face à des puissances économiques telles que la Chine ou les Etats-Unis qui semblent amorcer un repli sur soi. Ensemble, nous sommes plus forts. L’Union européenne est le premier bloc commercial mondial et généralement le premier investisseur, comme à Singapour.

Au moment du Brexit, j’ai l’impression que Singapour a réalisé l’importance de nos relations économiques et diplomatiques.

Par ailleurs, l’Europe est écoutée lorsqu’elle parle d’une seule voix.

Par exemple, quand la France a connu les événements dramatiques de l’attentat au journal satirique Charlie Hebdo, il y avait ici des articles de presse qui remettaient en cause la France et son rapport à la liberté de la presse. Nous avons rédigé et fait publier une réponse commune avec l’Ambassadeur de France en expliquant les valeurs fondatrices de l’Europe.

 

Comment regardez-vous la campagne électorale en France ?

- Je suis inquiet d’entendre certains candidats à l’élection présidentielle soutenir une sortie de l’Union européenne, responsable selon eux de tous les maux. La situation serait bien différente de celle de la Grande-Bretagne qui n’avait pas adoptée la monnaie unique par exemple.

Nous venons de fêter les 60 ans du texte fondateur de l’Union européenne, le Traité de Rome. Cette construction européenne qui, au fil des années, nous a rendus plus forts, est garante de paix et nous a permis de peser sur la scène internationale dans de nombreux domaines politiques et économiques et d’apporter une certaine stabilité dans de nombreuses régions du monde. L’UE est de loin le premier pourvoyeur d’aide au développement au niveau mondial, meilleure réponse à la paupérisation qui entraine extrémisme et immigration de masse.  

 

Le Président Hollande lors de sa visite d’Etat a insisté sur les renforcements des liens entre l’UE et l’ASEAN, et pousse cette dernière à plus d’intégration politique. Qu’en pensez-vous ?

- Le renforcement des liens entre l’UE et l’ASEAN est l’une de nos priorités dans la région, surtout en cette année célébrant les 40 ans de nos relations. C’est la raison pour laquelle nous discutons actuellement de la conclusion d’un Partenariat Stratégique – ce serait une première avec une organisation régionale – et avons depuis l’année dernière un ambassadeur de l’UE dédié auprès de l’ASEAN. La possibilité d’un accord de libre-échange régional et les discussions dans le cadre d’un traité Ciel ouvert déjà mentionnées ne vont que renforcer l’attractivité réciproque de ces deux partenaires. 

Bien évidemment nous avons tout intérêt à une ASEAN plus intégrée, plus forte, mais l’UE et l’ASEAN sont des animaux politiques très différents et l’ASEAN n’a pas l’ambition à ce stade de suivre le chemin d’une intégration politique à l’européenne – l’aspect intergouvernemental primant dans les relations entre les pays d’Asie du Sud-Est. A eux de voir s’il souhaitent, à l’avenir, s’inspirer davantage du modèle européen.   

 

Propos recueillis par Clémentine de Beaupuy, www. Lepetitjournal.com/ singapour, le lundi 17 avril  2017

 

affiche FILM EUROP

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