Singapour

RENCONTRE – Olivier Bohler parle au nom de Melville

 

A l'occasion de la projection, samedi 9 octobre, de son documentaire Au nom de Melville dans le cadre du Festival du Film Français 2010, Olivier Bohler revient sur cette passion qui l'anime : le cinéma d'un réalisateur culte, Jean-Pierre Melville

Olivier Bohler a passé près de deux années à compiler les témoignages qui lui ont permis de réaliser ce film documentaire. Des interviews. Des lectures. Des projections. Tout ce qui est indispensable à la mise en place d'un projet qui retrace le parcours d'un homme singulier, autant dans le paysage cinématographique français d'après-guerre que dans l'univers filmique en général. Né en 1917, mort en 1973. La vie, Jean-Pierre Melville ne s'en laisse pas compter ! La seconde guerre mondiale fera de lui un soldat, puis un résistant, pendant huit ans. Toutes ces années passées à se battre, à vivre de l'indécision du moment, à trembler des risques encourus par le soldat de l'Armée des Ombres qu'il était. C'est une forte tête, un caractère trempé qui gardera toujours une nostalgie de cette vie de bataille. S'il devient cinéaste, il n'en conservera pas moins des contacts avec ses anciens camarades, dont certains, revenus à la vie civile, n'en ont pas pour autant perdu le goût des armes.

Le précurseur de la Nouvelle Vague
Jean-Pierre Melville fait un début de carrière tonitruant. Son adaptation du Silence de la Mer, de Vercors lui vaut une reconnaissance immédiate. Pourtant, ce n'est pas sans difficulté qu'il parvient à faire le film... à l'insu de Vercors lui-même ! Ce dernier ne voulait pas que son roman soit adapté : il a fallu que Melville soumette le film à la censure d'un jury de grands résistants pour que son long-métrage sorte dans les salles en 1949. Parce qu'on lui refuse sa carte de réalisateur, une obligation à l'époque, il crée sa propre maison de production, les Studios Jenner, dans le XIIIème arrondissement à Paris. C'est entre ces murs que la légende va naître, que le cinéphile va pouvoir se régaler, que les pionniers de la Nouvelle Vague vont voir les prémisses de leur mouvement. Des Enfants terribles (1950) que Jean Cocteau lui propose d'adapter au cinéma à Deux hommes à Manhattan (1959), Melville s'adonne à un cinéma d'auteur qui rencontre un succès auprès de la critique. Melville tourne avec de petits budgets, dans ses studios : l'observateur ne manquera pas de s'amuser du recyclage de certains éléments de décor, certains effets ! La sonnerie des Allemands dans Le Silence de la Mer et la même que l'alarme de la bijouterie du Cercle Rouge ! Mais, c'est ce qui fait toute la magie du cinéma, non ?

Moderne et universel

Vingt-sept ans après la mort du réalisateur, Olivier Bohler lui consacre une thèse ; sa publication sort le cinéma d'une omerta sur le dérangeant Melville. Pour l'auteur d'Au nom de Melville, l'oeuvre du cinéaste est traversée par une thématique : la guerre. En effet, cette période dont il a été un acteur l'a profondément marqué, au point d'irriguer chacun de ses films des valeurs humaines qui s'y sont développées. Si elle est explicitement présente dans Le Silence de la Mer, Léon Morin, prêtre ou  L'Armée des ombres (1969), elle est diffuse dans le reste de son oeuvre. Qui est le Samouraï, sinon un guerrier solitaire, vivant hors du temps, vivant du danger que lui procurent ses contrats ? Melville, influencé par les cinémas américain (film noir) ou japonais (Kurosawa) des années quarante-cinquante, propose aussi une vision pessimiste du monde où la trahison d'un proche est plus redoutable que la haine d'un ennemi déclaré. Que ce soit Le Doulos (1962), L'Armée des ombres ou Le Cercle rouge, aucun de ses films ne laissent une touche d'espoir à son spectateur. Melville va l'essentiel, à la tragédie ! C'est en cela que l'on peut parler d'une esthétique universelle.

Olivier Bohler souligne aussi la postérité de Melville, en-dehors des frontières hexagonales. Sans l'hommage appuyé de John Woo dans son film The Killer (1995), le réalisateur français serait resté dans les limbes de la cinémathèque, réservée à la curiosité de quelques cinéphiles. Oui, Melville doit son renouveau aux cinémas américain et asiatique ! Quentin Tarantino ne jure que par Le Doulos, et son Reservoir Dog (1992) doit beaucoup à l'univers fermé et minimaliste de Melville. Johnny To, dernièrement, fait un clin d'œil appuyé au Samouraï dans son long métrage Vengeance (2009). C'est ce qu'Olivier Bohler démontre dans son documentaire. Bien que disparu depuis trente-sept ans, Melville est moderne. Au travers de ses treize réalisations, il crée un univers cohérent, pas forcément réaliste. Son cinéma s'interroge sans cesse sur lui-même, sur les codes qu'il utilise pour créer du cinéma. Le peu de moyens de ses débuts dans ses Studios Jenner l'ont poussé à l'épure ; épure qui devient par la suite une marque de fabrique (économie des dialogues, héros froids et solitaires).

Lorsqu'on demande à Olivier Bohler comment il présenterait l'œuvre de Jean-Pierre Melville, de façon à donner l'envie d'aller voir une de ses réalisations, il répond sans hésitation aucune : "La grandeur ! Grandeur parce que la composition de l'image est magnifique. Grandeur parce qu'il y a une morale dans l'action."

La rétrospective Melville pendant le Festival du Film Français a été une opportunité unique de (re)voir les grands classiques de cet auteur. Vous pourrez alors compléter votre connaissance de l'homme et du réalisateur dans le documentaire d'Olivier Bohler, que vous pourrez rencontrer après la projection du film samedi 9 octobre à l’Alliance Française de Singapour.A ne pas rater !

Olivier Massis (www.lepetitjournal.com-Singapour) vendredi 8 octobre 2010


SUGGESTION DU WEEK END- CINEMA, CINEMA … et CINEMA ?

The Blindage- Chowk productions Singapour
Que faire ce week end à Singapour ? Pour les amoureux du Cinéma, la décision s’impose : c’est La semaine pour profiter à fond du Festival Français du Cinéma. Que les autres se consolent, la vie existe aussi en dehors des salles obscures. De Singapore Art Fair à Mamma Mia, en passant par le festival indien Kalaa Utsavam, jusqu’à la rencontre avec l’auteur de Shoba, 4 raisons de passer un bon week end sans en faire tout un cinéma.
A la une

NOEMIE LVOVSKY - "Le cinéma français est plus chanceux que les autres cinémas européens"

Avec Laura Smet et Marina Foïs, Noémie Lvovski compose le trio drôle et émouvant du film Tiens-toi droite réalisé par Katia Lewkowicz, en salles depuis le 26 novembre. Elle incarne Sam, une mère de famille nombreuse décidée à prendre son indépendance mais rongée par la culpabilité. Quelques jours avant la sortie du long métrage, lepetitjournal.com a rencontré l’actrice et réalisatrice de 49 ans. Ses métiers, le verbe être, son enfance…
France/Monde
En direct d'Asie Pacifique
Cambodge - Actualité

PSAR CHAS – Et maintenant ?

La municipalité semble vouloir agir rapidement alors qu’un élan de soutien se met en place pour collecter des fonds.
Expat
Expat - Emploi

COACHING - Partir pour mieux revenir

"Je me sens seul comme au milieu de l’océan". Je suis à l’autre bout du téléphone et je peux ressentir toute la détresse de Patrick, 40 ans. En quinze ans, il s’est construit l’une des plus belles réputations de décorateur en Espagne, les clients se battent littéralement pour avoir ses services, et pourtant il a cette terrible impression d’être arrivé en bout de course. "Je veux arriver à prendre un virage que je n’arrive pas à négocier seul. Ce virage est un nouveau challenge professionnel qui me redonnera l’envie de me lever le matin".
Expat - Politique

MARC VILLARD – "L’AFE doit se concentrer sur l’essentiel"

Marc Villard, premier président élu de l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE), a aujourd’hui la lourde tache d’élaborer les règles de fonctionnement de la nouvelle assemblée. En pleine réflexion sur les rôles de chacun au sein de l’institution, ses priorités n’en demeurent pas moins centrées sur les préoccupations au quotidien des Français de l’étranger
Magazine
Les trophées

TROPHEES 2014 – Les sept lauréats ont été récompensés au Quai d’Orsay

La cérémonie des Trophées des Français de l’étranger, organisée par lepetitjournal.com, s’est déroulée ce jeudi 6 mars, dans le cadre prestigieux du Ministère des Affaires étrangères. Devant leurs proches, les élus, les partenaires et la Ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Hélène Conway-Mouret, les sept lauréats ont été récompensés pour leur parcours d’exception.
Francophonie

POURIA AMIRSHAHI - Francophonie : le sursaut ou le déclin

"Le XVe sommet de la Francophonie qui s’ouvre est avant tout l’occasion de poser les jalons d’une nouvelle vision et, partant, d’une nouvelle orientation stratégique....", déclare dans un communiqué Pouria Amirshahi, Député de la Neuvième circonscription des Français de l’Étranger.

LANGUE FRANÇAISE – Le monde compte 274 millions de francophones

La francophonie progresse dans le monde. C’est la conclusion du second rapport quadriannuel de l’OIF sur l’usage de la langue française dans le monde, présenté au siège de l’organisation à Paris mercredi 5 novembre. En 4 ans, le nombre de francophones a augmenté de près de 25%. Le français est aujourd’hui la seconde langue la plus étudiée dans le monde. D’ici 2060, les francophones pourraient être 767 millions à travers le monde, ce qui constitue un formidable potentiel économique et culturel. Encore faut-il soutenir cette dynamique, prévient l’OIF.