Singapour

GAO XINGJIAN - Passage à Singapour d’un vagabond lettré

Singapour avait le privilège rare ce week-end d’accueillir Gao Xingjian, prix Nobel de littérature en 2000, artiste multidisciplinaire, dont l’œuvre, profondément humaine, est un jeu de miroirs des évènements tragiques de son époque. Né en Chine en 1940, ayant pris la nationalité française en 1998, Gao Xingjian est un vagabond lettré naviguant entre deux cultures ; un métissage dont il a fait jaillir une œuvre unique.

Gao XingjianL’homme est tout en discrétion. Le visage est doux, les yeux disent l’exigence du verbe et de la pensée. Artiste Franco-chinois, vivant en France depuis 1988 après avoir passé les 48 premières années de sa vie dans la Chine du Grand Bond en avant et de la Révolution Culturelle jusqu’à la veille de Tiananmen, qui scella définitivement sa rupture avec la Chine.

S’intéresse-t-il à la Chine d’aujourd’hui ? "Ce n’est plus le sujet répond-il, je vis en France depuis 25 ans, près d’un quart de siècle. J’ai beaucoup voyagé. Je me suis intéressé à beaucoup de choses. Je ne connais pas la Chine actuelle et celle-ci n’est pas au centre de mes préoccupations".

Paradoxe ! Gao Xingjian a écrit ses 2 ouvrages les plus fameux – La montagne de l’âme et Le livre d’un homme seul – en chinois et sur la Chine. Dans le premier roman, il mettait en scène la campagne chinoise, celle des bords du Yang tse, sur laquelle il avait réalisé en 1983 une série de photos dont quelques unes seulement, exposées en ce moment à l’Alliance Française de Singapour, ont été préservées de la destruction. Dans Le Livre d’un homme seul, il dénonçait, à la manière d’un Soljenitsyne, le premier à le faire en chinois avec une telle autorité, la folie furieuse de la Révolution Culturelle. Plus tard il consacrera avec La neige en août, un opéra à cette culture, dont il reconnaît qu’elle reste dans son sang.

Certes c’est après son installation en France que Gao Xingjian a composé l’essentiel de son œuvre littéraire, notamment l’écriture des 2 romans précités. Certes il s’est aussi mis ensuite à écrire en français. Mais était-ce un choix délibéré ou l’effet des circonstances ? "La pièce sur laquelle j’ai travaillé, expliquait-il lors de la conférence samedi 9 novembre, au Singapore National Museum, était une commande du Ministère de la Culture Française. A l’époque, tous mes écrits étaient interdits en Chine. Il aurait été stupide de l’écrire en chinois. Alors pourquoi ne pas l’écrire en Français. La pièce - au bord de la vie - abordait un thème universel. Il s’agissait du monologue d’une femme. J’ai mis 3 jours et 3 nuit pour écrire la première phrase ; une vraie longue phrase musicale comme sait en produire la langue française, si différente en cela de la concision du mandarin"

L’écrivain est à l’image de ses personnages. La montagne de l’âme est construite autour du thème du vagabond lettré. "Le vrai voyageur, explique Gao Xingjian, ne doit pas avoir de but. La vie elle-même n’a pas de direction établie. Il suffit d’avancer c’est tout. La vie est un grand voyage. Où est le but ? On ne sait pas. Quand je vivais en Chine, je n’aurais jamais imaginé que je vivrais un jour en France, ni que je serais aujourd’hui devant vous à Singapour. Chaque individu a sa voie tout à fait particulière, qu’on ne peut pas prévoir à l’avance".

En 1983, il est atteint d’un cancer du poumon, maladie dont était mort son père. Une rémission "miraculeuse" lui fait prendre conscience que "si vous voulez faire quelque chose, il faut le faire maintenant, sans compromis ni concession, parce que vous n’avez qu’une vie". 

encres Gao XingjianGao Xingjian avance. Artiste multidisciplinaire, il a connu la gloire, avec l’obtention du prix Nobel en 2000, pour son œuvre littéraire. Il est aussi photographe, peintre et cinéaste. La peinture à base d’encre de Chine, a précédé son succès littéraire. Elle est pour lui un moyen d’expression qui va au delà du verbe quand celui-ci fait défaut. C’est elle qui lui a assuré un revenu quand il s’est installé en France en 1988. "Je pouvais gagner ma vie, donc je pouvais écrire des livres qui ne rapportaient pas grand chose. J’ai toujours compris que la littérature n’était pas un commerce ; c’est un choix".

En 2006, Gao Xingjian réalise un film de 90 mn, dont on a pu voir l’intégralité samedi 9 novembre à l’Alliance Française. Gao Xingjian voulait depuis toujours faire un film, mais ce qu’on lui proposait, en France et en Allemagne, relevait d’un compromis – "Les producteurs voulaient des films commerciaux avec des chinoiseries" - qu’il ne pouvait accepter. Silhouette/ombres est un film sans parole, éminemment poétique, qui emprunte à l’ensemble des palettes de l’artiste - l’écriture, le théâtre, la mise en scène, la peinture - et met en images le dialogue de l’artiste avec la mort. Une mort que Gao Xingjian vient de côtoyer à deux reprises, victime d’attaques cardiaques lors de la mise en scène de La neige en août à l’opéra de Taïwan, puis pendant les répétitions du quêteur de la mort. Le film le montre peignant, dirigeant les répétitions de son opéra et de sa pièce de théâtre, étendu inerte dans son atelier, capturant un flot d’images cependant qu’une ambulance le conduit à l’hôpital.

"Quel conseil donneriez-vous à un jeune auteur aujourd’hui ?", demandait une jeune Singapourienne en clôture de la conférence, samedi.
"N’acceptez aucune forme d’obligation", répondît Gao Xingjian.
 
Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) lundi 11 novembre 2013

CONDITIONS DE TRAVAIL- L'opération de charme de la LTA sur les horaires flexibles

Horaires flexibles et transports alternatifs
La Land Transport Authority (LTA) déploie le grand jeu pour séduire les entreprises et les convaincre de mettre en place des dispositifs permettant in fine que leurs salariés se déplacent moins pendant les heures de pointes. Au menu des aides financières attractives pour les entreprises, des temps de transport réduits et la promesse de multiples récompenses pour les salariés. La générosité de la LTA veut encourager toutes les solutions, y…
A la une
France/Monde
En direct d'Asie Pacifique
Expat
Expat - Emploi

COACHING & EPANOUISSEMENT PROFESSIONNEL - Le coaching de carrière pour conjoint d’expatrié

Installés depuis deux ans à Ho Chi Minh, Beyrouth ou Istanbul, voilà qu’on annonce une nouvelle affectation pour mon conjoint. Direction Shanghai d’ici 6 mois avec la perspective de tout recommencer, et ce, avec le sourire s’il vous plaît ! Choc, excitation, stress et palpitations, tout cela s’entremêle et se bouscule dans nos têtes: qui suis-je ? Où vais-je ? Comment puis-je me positionner dans tout ça ? Et si, loin d’être une fatalité, l’expatriation était en fait synonyme de réalisations à la fois personnelles et professionnelles et de nouveau départ ?

ETUDES DE PHILOSOPHIE - Quels débouchés ?

A l’heure des choix d’orientations, la première question posée par l’étudiant est : quel débouché mes études pourront m’offrir ? A cet égard, les cursus de sciences humaines, et plus particulièrement de philosophie, ont mauvaise presse. Les clichés réduisent souvent ses diplômés à choisir la voie de l’enseignement. En réalité, ils ne sont pas si démunis face au marché du travail. Panorama des métiers à considérer
Expat - Politique

PRELEVEMENTS SOCIAUX DES NON-RESIDENTS - Comment faire pour espérer être remboursés ?

Votés en 2012, les prélèvements sociaux (CSG-CRDS) sur les plus-values et revenus immobiliers pour les contribuables français non résidents ont été reconduits dans la loi de finances 2014. La Commission Européenne a ouvert dans la foulée une procédure d’infraction contre la France sur la conformité au droit européen de ces prélèvements. En cas d'issue favorable, comment espérer un remboursement rétroactif ?
Magazine
Les trophées 2014

TROPHEES 2014 – Les sept lauréats ont été récompensés au Quai d’Orsay

La cérémonie des Trophées des Français de l’étranger, organisée par lepetitjournal.com, s’est déroulée ce jeudi 6 mars, dans le cadre prestigieux du Ministère des Affaires étrangères. Devant leurs proches, les élus, les partenaires et la Ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Hélène Conway-Mouret, les sept lauréats ont été récompensés pour leur parcours d’exception.