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CHINE - Les parcs nationaux arrivent !

Si vous êtes comme moi en manque de nature à Shanghai, vous avez certainement organisé des escapades dans les sites recommandés par les guides de voyage. Mais quelle déception lorsqu'à l’arrivée on se rend compte qu’il faut rester dans des sentiers bien balisés et souvent bétonnés, que des centaines de personnes ont eu la même idée que nous et qu’en plus ils viennent en groupe et avec des mégaphones pour ne pas perdre une miette du commentaire du guide. Difficile d’apprécier la nature dans ces conditions. Mais bonne nouvelle, Pékin veut préserver les richesses naturelles et la biodiversité de la Chine et les choses devraient s’améliorer à l’avenir. Le Petit Journal fait un point sur l’avancement des différents projets.

Un concept nouveau en Chine

Le dernier plan quinquennal du gouvernement chinois prévoit en effet la création de 20 parcs nationaux répondant aux critères internationaux. En effet, il existe en Chine des milliers de réserves naturelles mais elles ne partagent pas de règlementation commune. Le système actuel souffre d’inefficacité et de mauvaise gestion. Il n’a pas résisté aux intérêts commerciaux et ne s’avère pas satisfaisant pour la préservation de la nature. Le parc de Huangshan avec ses téléphériques, ses milliers de marches et sentiers bétonnés et ses hordes de touristes bruyants semant leurs déchets derrière eux est un bon exemple de la situation actuelle, bien loin de notre définition d’un parc naturel.

Pour remplir cet objectif, le gouvernement chinois a conclu un accord avec l’Institut Paulson, une ONG américaine. Fondée par M. Henry Paulson, ancien Secrétaire au Trésor et CEO de Goldman Sachs, cet institut vise à promouvoir le développement durable et la protection de l’environnement aux États-Unis et en Chine. Le projet démarre avec 9 projets pilotes dont quatre parcs ciblant la préservation d’espèces en danger : le panda, l’éléphant d’Asie, l’antilope du Tibet, ainsi que le tigre de Sibérie et le léopard de l’Amour. Le but est d’utiliser ces projets pilotes pour pallier aux manques de gouvernance et de règlementation du système actuel de protection de l’environnement, et de l’élargir à la protection des habitats et des écosystèmes.

Un parc pour préserver les pandas

Début mars 2017, le gouvernement central approuvait le projet d’un parc de 27 134 km2 majoritairement situé dans la province du Sichuan mais s’étendant aussi dans le Gansu et le Shaanxi voisins. L’objectif principal est la protection des pandas dont le nombre était estimé à 1 864 sujets à l’état sauvage fin 2013. En 2000, il n’y avait que 1 100 pandas en liberté. Les efforts récents et les sommes colossales investies dans la recherche ont eu pour effet d’éviter leur extinction et même de les retirer de la liste des espèces en danger en 2016. Le panda est à présent classé comme vulnérable mais reste une espèce fragile. Se nourrissant principalement de bambous dont il peut consommer de 12 à 38 kg par jour, la préservation des forêts est indispensable à sa survie.

Ce projet de parc gigantesque représente 3 fois la taille du Yellowstone aux États-Unis où 35% de plus que le Kruger en Afrique du Sud. Le plan de développement est actuellement en cours d’élaboration et n’a pas encore été communiqué. Mais le Sichuan a d’ores et déjà annoncé la relocalisation de 172 200 personnes habitant la zone du futur parc, ainsi que la suppression de  32͏ 300 emplois dans l’exploitation des mines et des forêts. Des chiffres à la mesure de la Chine qui montrent la priorité accordée à la préservation des pandas.

Un autre pour les tigres et les léopards

Un autre parc va voir le jour au nord-est de la Chine, dans les provinces du Heilongjiang et de Jilin, à proximité de la Russie et de la Corée du Nord. Celui-ci vise à protéger les tigres de Sibérie et les léopards de l’Amour, deux espèces classées "en danger d’extinction". Dès les années 1990, la Chine interdisait l’exploitation forestière dans les zones fréquentées par les félins ainsi que la possession d’armes à feu pour réduire le braconnage. En parallèle, une réserve naturelle fut créée en 2002 à la frontière sino-russe. Ces différentes mesures ont permis d’éviter l’extinction des deux espèces, les léopards de l’Amour qui méritent leur appellation de "félins les plus rares au monde" sont estimés à 60 individus en Russie et 12 en Chine. Quant aux tigres de Sibérie, leur population est en augmentation. Ils sont 400 en liberté en Russie et plus de 30 en Chine.

Mais cette augmentation du nombre de félins n’est pas sans conséquences sur la population locale, les animaux se rapprochant des villes et attaquant les chiens ou le bétail. La création du parc national devrait alléger ces tensions, notamment en délocalisant certaines communautés et activités existantes vers l’extérieur du parc afin d’éviter les conflits entre l’activité humaine et l’animal. Enfin, cette initiative s’accompagnera de la création d’un centre d’études et de recherche sur les tigres et les léopards sauvages.

Et un autre pour les rivières

Les travaux sont également lancés pour le parc national de Sanjiangyuan (三江源 - "les trois sources") dans les haut-plateaux de la province du Qinghai pour protéger les sources du Changjiang ("Yangtsé"), du Huanghe ("Fleuve Jaune") et du Lancang ("Mékong"). 1 milliard de yuans ont été affectés à la construction des infrastructures  du parc et à l’installation d’un système de surveillance, à la fois des écosystèmes et du respect des règles du parc. D’une superficie de 120 000 km2, le parc ouvrira en 2020 et emploiera plus de 10 000 rangers. Cette zone est cruciale pour l’alimentation en eau douce en Chine et en Asie du Sud-Est, le Mékong arrosant ensuite le Laos, le Myanmar, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam. Elle abrite également une riche biodiversité dont deux espèces menacées : l’antilope du Tibet et le léopard des neiges.

C’est aussi une région très vulnérable au changement climatique, notamment la fonte des glaciers, et menacée par l’activité humaine. L’impact est déjà visible sur les éleveurs nomades qui doivent étendre les territoires de pâturages pour laisser la végétation se renouveler, voire abandonner leur activité. En aval, l’exploitation minière et la construction de nombreux barrages hydro-électriques ont également un fort impact sur l’environnement.  
L’objectif du parc naturel sera de réduire le développement industriel et de mettre l’accent sur le tourisme et le développement durable. Des emplois seront créés pour protéger l’environnement, et les éleveurs nomades seront encouragés à se reconvertir dans le tourisme pour bénéficier d’un revenu stable.

La Chine, vers une civilisation écologique ?

D’autres mesures prises récemment visent à protéger la biodiversité. Par exemple le commerce de l’ivoire a été interdit en Chine d’ici fin 2017, tout comme la consommation d’ailerons de requins dont les Chinois sont très friands. En parallèle, la Chine est devenue le plus grand investisseur en technologies vertes et prévoit également d’introduire cette année le plus grand système de bourse carbone.

Mais le chantier est énorme et il reste de nombreux obstacles pour voir ces initiatives couronnées de succès. La volonté du gouvernent central doit s’imposer dans les provinces et les gouvernements locaux. Concernant les parcs nationaux, la première étape est de définir des règles de fonctionnement permettant la conservation de l’environnement tout en impliquant les communautés locales et en leur assurant un revenu suffisant. Mais le plus grand défi sera peut-être d’éduquer les visiteurs à respecter la règlementation et à laisser intacts les endroits visités.

Sources : huffingtonpost.com, news.xinhuanet.com, sciencemag.org, shanghaiist.com, chinadialogue.net

Martine Caron pour lepetitjournal.com/shanghai Lundi 10 avril 2017

 
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