Shanghai

QINGMINGJIE - Les traditions liées à la mort

 De Gaëlle Déchelette

Le 4 Avril a lieu 清明节 Qingmingjie, la "Fête de la lumière". C’est également le Tomb Sweeping Day, où l’on balaye (sǎomù 扫墓) les tombes des défunts. C’est l’équivalent de notre Toussaint. Mais comme nous l’indiquions récemment dans cet article, le gouvernement pousse à l’incinération à cause du manque de place, ce qui rendrait ce jour obsolète. L’occasion pour nous de faire un récapitulatif des différents rites funéraires en Chine.

Les rites funéraires : de l’importance de la piété filiale

Dans la Chine ancienne, les rituels funéraires faisaient partie des 家礼 jiali, les rituels familiaux. Ils étaient liés au culte des ancêtres, un des socles de la philosophie confucéenne, basée sur la piété filiale. Les cérémonies funéraires étaient minutieusement réglées pour accompagner l’âme du défunt dans l’au-delà et éviter qu’il ne vienne chercher une autre âme, et les offrandes étaient multiples pour contenter les défunts parfois vengeurs, aux anniversaires du décès.

Au moment de la mort, il était coutume de tenir un flocon d’ouate ou des fils de soie devant les narines du mourant, pour guetter le dernier soupir. Le moment arrivé, l’on procède au rappel de l’âme, en criant son nom d’enfance (名 ming) pour inviter l’âme à revenir habiter le corps.

Un enterrement princier 

Pendant les trois premiers jours, le corps est exposé pour les visites de condoléances. On dispose dans la pièce et près du défunt deux cierges, deux bols d’eau, deux œufs sur deux bols de riz, avec deux paires de baguettes: torches mortuaires et offrandes de nourritures sont des sources d’énergie qui vont fortifier l’âme 魂 Hun échappée du corps du défunt et l’assister lors de son voyage vers le ciel. Chaque arrivant fait le koutéo, c’est-à-dire se prosterne trois fois devant le défunt pour marquer son respect, remet des cadeaux au défunt et une participation aux dépenses funéraires.

Disque Bi en jade

Au troisième jour, a lieu la cérémonie du 小練 Xiao Lian, dit du petit habillage: on revêt le défunt de 19 habillements complets, avant de l’exposer à nouveau pendant deux jours. Au cinquième jour a lieu le 大練 Da Lian où l’on pare le corps de cent (!) habillements. La mise en bière se fait le même jour, dans trois cercueils emboîtés les uns les autres, qui seront exposés dans la salle des ancêtres. On y place les rognures d’ongles coupées pendant la toilette du corps et les cheveux coupés tout au long de sa vie pour que le corps soit « complet » avant de rejoindre la terre. On dépose également au-dessus de sa tête un 璧 Bi, disque percé d’un orifice central circulaire qui évoque l'ouverture vers la vie éternelle. Réalisés en jade, la pierre de l'immortalité, le disque bi est un symbole « céleste », accompagnant le défunt dans l’au-delà. 

L’enterrement définitif se fait cinq mois après sa mort. C’est l’occasion pour le fils aîné, nouveau chef de famille, de montrer sa piété filiale : musiciens, pleureuses, et cortège sont de mise, le tout pouvant atteindre plusieurs kilomètres de long.

Au 49ème jour la tablette définitive du défunt est prête : c’est une plaque de bois où sont inscrits tous les noms du défunt, et où son âme est censée prendre du repos. Elle est exposée sur l’autel des ancêtres.

Pendant tout le deuil, la famille revêtait des vêtements en grosse toile bise, un bandeau et une ceinture de chanvre. Il était d’usage de suivre des règles de vie très stricte : jeune sévère les trois premiers jours et toilette minimale. Ensuite tous les mois pendant trois ans, après s’être purifiés pendant dix jours, les enfants faisaient une offrande devant la tablette du défunt.

A l’instar du Premier Empereur Qinshi Huangdi et son armée en terre cuite de Xi’an, les nobles se faisaient enterrer avec serviteurs (vivants ou de terre cuite) et possessions, ce qui n’est pas sans rappeler les Egyptiens. 


Incinération ou enterrement :

Avec l’avènement du Parti Communiste, la mort s’est faite plus discrète. Les croyances d’antan ne sont plus tolérées officiellement, même si les funérailles des personnalités comme Mao Zedong ont donné lieu à de grandes cérémonies. À cette époque, la règle générale devient la crémation 火葬 huozang, qui avait même été rendue obligatoire par la loi du 27 Avril 1956. La révolution agraire a collectivisé cimetières et tombes privées et les a transformés en terre cultivées, dans le but de nourrir le peuple. Mais en général, malgré les recommandations officielles, les familles préfèrent enterrer le défunt dans un cercueil, la tête du défunt orientée vers le nord, séjour des morts. En 2006, 50% des défunts étaient incinérés, mais seulement 30% dans les campagnes, où l’on continue d’enterrer les défunts de manière non-officielle.

Dans les régions de plaine, le mort est enterré sous un simple tumulus. Pour les gens importants, des tumulus plus conséquents peuvent être encore constitués. Dans les régions de collines, les tombes sont creusées sur les pentes. Parfois, on y ajoute une tortue de pierre surmontée d’une stèle portant le nom de la famille.

De nos jours certaines de ces anciennes tombes de grands personnages sont transformées en parcs où le commun des mortels vient se promener et parfois jouer aux cartes. C’est le cas de celle de Xu Guangqi , derrière la cathédrale de Xujiahui.

Tumulus de Xu Guangqi, crédit photo GD

En accord avec les principes du fengshui, les plus fortunés font encore appel à un géomancien pour déterminer la date et le lieu de l’inhumation propices au défunt.

Encens, papier-monnaie et pétards

Riches comme pauvres, tous ont recours au papier-monnaie lors des enterrements : on brûle de faux billets de banque, shāozhǐqián 烧纸钱, une façon symbolique d’envoyer de l'argent vers les cieux afin que le défunt ne manque de rien. Et s’il n’est pas possible d’enterrer le défunt avec ses objets favoris, on les fait brûler pour placer les cendres dans le cercueil. 

Monnaie papier à faire brûler, crédit photo B. Billon

Comme dans toute l’Asie, les bâtons d’encens sont également très répandus lors des cortèges et veillées funèbres : les volutes de fumée permettent d’entrer en contact avec l'au-delà. Ces deux items sont encore très en vogue aujourd’hui et il est possible d’en trouver dans les boutiques aux abords des temples. Les pétards sont destinés à faire fuir les mauvais esprits. On peut également casser la vaisselle du défunt car le bruit écarte les mauvais génies.

Traditionnellement, le blanc est la couleur du deuil en Chine et il est courant de porter un œillet blanc lors du deuil. De nos jours, les œillets blancs sont parfois remplacés par des brassards noirs.

Comme nous avons pu le voir, les tombes sont encore de mise, et l’activité essentielle lors de Qingmingjie est de se rendre sur les tombes des ancêtres, de faire un pique-nique, et de balayer la tombe. On peut également disposer thé, fruits, et cigarettes qu’appréciait le défunt en guise de commémoration. Il est également coutume de faire voler des cerfs-volants la journée et d’allumer les lanternes la nuit, pour distraire les esprits, ces âmes errrantes 鬼 Gui, et éloigner malheur et maladie du monde des vivants.

Plus d’infos :                          

 

Qingmingjie fête des morts et oeufs de Pâques
Le fengshui ou l’art de vivre en harmonie
Normes nationales des noces et funérailles

Gaëlle Déchelette lepetitjournal.com/shanghai Lundi 3 Avril 2017 (rediffusion)

 
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