Shanghai

LA FREGATE COURBET A SHANGHAI - Une escale haute en couleurs !

Par Delphine Gourgues

Au tout début du mois de mai, un événement peu commun a animé la vie de la communauté française shanghaienne, notamment pour ceux qui ont un lien particulier avec la Marine Nationale : la frégate Courbet a fait escale, six jours durant, à la base navale de Shanghai. Outre les cérémonies officielles, une dizaine d’élèves-officiers ont été hébergés quelques jours au sein de familles françaises. Une occasion rare, de belles rencontres et des échanges très conviviaux qui ont ravi les militaires, tout comme les familles. Nous avons pu visiter le bâtiment et interviewer le Capitaine de Frégate Xavier Bagot, qui nous a fait découvrir les coulisses de cet univers, peu connu du grand public, qu’est la Marine Nationale Française. Nous vous invitons donc à bord du Courbet…

Lepetitjournal.com : Commandant Bagot, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la frégate Courbet ?

CF Bagot : La frégate Courbet est une frégate légère furtive de type La Fayette (la Marine Nationale Française en possède cinq de ce type). Furtive signifie que son image radar est minimale, grâce à la forme inclinée des parois de sa coque. Les ondes sont renvoyées vers la mer et le ciel, et grâce à sa taille réduite, elle peut ainsi passer inaperçue. Construit en 1994, ce bâtiment fut un des premiers à bénéficier de cette technologie. Comme le veut la tradition, chaque bateau a une ville marraine, et pour le Courbet, c’est Angers. Le navire mesure 125 mètres de long, est armée de missiles et de canons, et accueille un hélicoptère militaire type PANTHER. Il y a environ 150 hommes embarqués, dont 15 officiers, 90 officiers mariniers (l’équivalent de sous-officiers) et 45 quartiers-maîtres et matelots. On compte dix femmes sur cet équipage. La féminisation de la Marine se fait progressivement, de façon très fluide, et les résultats sont très positifs pour tous !

Quelles sont les missions principales de la frégate Courbet ?

Sa mission principale est de défendre les intérêts maritimes de la France dans les espaces d’outre-mer. Elle est très polyvalente car elle peut faire de la lutte anti-piraterie, lutter contre le trafic de drogue, recueillir des renseignements le long des côtes etc. Sa taille relativement modeste lui permet de s’approcher plus près des terres que d’autres bâtiments plus importants. Récemment, d’août à octobre 2016, nous étions en Méditerranée Orientale, au large de la Syrie, en précurseur de l’arrivée du porte-avions Charles de Gaulle, pour faire un état des lieux en quelque sorte. Le Courbet est souvent présent au large des zones sensibles telles que la Syrie, la Lybie, le Yémen… Pour cette mission, partis de Toulon en février dernier, notre parcours nous aura fait passer par Djibouti, l’Inde, le Vietnam, la Chine, le Japon, l’Australie, Singapour, le Sri Lanka et l’Egypte.

Le Courbet est aussi un bateau-école ?

Auparavant, c’était le porte-hélicoptère Jeanne d’Arc qui était le bateau-école de la Marine en temps de paix. Depuis son désarmement, il a été remplacé par des missions Jeanne d’Arc. Ces missions ont lieu une fois par an, pendant cinq à six mois, à bord de "duos" constitués d’un bâtiment de projection et de commandement (BPC) et d’une frégate de type La Fayette. Ici, le Courbet est parti en février dernier avec le BPC Mistral. Tous les élèves-officiers de l’Ecole navale  effectuent cette mission lors de leur dernière année, comme un stage de fin d’études. Ils mettent en application ce qu’ils ont appris, et apprennent aussi beaucoup encore, en cours théorique et surtout en pratique ! Tous les 10 ou 15 jours, il y a un roulement parmi les 30 élèves-officiers présents, qui permutent du Mistral au Courbet et vice-versa. De plus, ils ont tous postulé pour suivre une spécialisation. A mi-parcours, c’est-à-dire dans peu de temps, ils vont savoir dans quelle spécialisation ils ont été acceptés (selon leurs résultats) pour la fin de la mission, et pour l’année suivante : commandos, plongeur-démineurs, sous-mariniers, détecteurs sur bâtiment de surface etc. Ils passent progressivement d’élèves-officiers à officiers-élèves : la nuance est importante, la notion d’élèves s’efface au fur et à mesure… Et en juillet, ils seront affectés sur un bateau.

C’est donc une véritable confrontation à la réalité à bord pour ces élèves-officiers ! Avez-vous des anecdotes à nous relater ?

Oui, c’est une sorte de "Vis ma vie" de la Marine pour eux ! Ils sont insérés dans tous les services pour apprendre le métier. Ils sont aussi assez coupés de leurs proches car nos moyens de communication par satellite fixe ne nous relient à la métropole qu’à petite dose, surtout sur la partie orientale de notre parcours, une cure de désintoxication internet pour certains… De plus, ces bâtiments étant opérationnels, nous effectuons de vraies missions en même temps que de servir d’école. Nous coopérons avec des marines locales aussi. Par exemple, à Djibouti, au bout d’un jour d’escale, le Courbet a appareillé sur alerte pour aider un petit pétrolier qui venait de se faire attaquer par des pirates. Par ailleurs, la France est très attachée au principe de liberté de navigation dans le monde entier. Nous nous permettons donc d’aller dans des eaux disputées de façon parfois "subjectives" par certains pays…

Et avec la marine chinoise, comment cela s’est-il passé ?

Cette escale de six jours à Shanghai s’inscrit dans la continuité des dialogues stratégiques entre les ministères de la défense de la France et de la Chine (dont le dernier a eu lieu en mars à Pékin). Des marins cadets chinois sont venus visiter le Courbet, nous avons visité des bâtiments chinois, il y a eu une réception officielle organisée à bord, et nous avons effectué des exercices d’appareillage ensemble. La marine chinoise se développe très vite, à la fois techniquement - la qualité  de construction de ses bâtiments a beaucoup évolué - et sur le plan de son champ d’action. De côtière par le passé, elle est devenue régionale et elle sera vraisemblablement de dimension mondiale d’ici 15 ans. Sa flotte anti-piraterie est notamment très active, jusqu’en Afrique notamment, pour défendre ses intérêts économiques.

Vos impressions de Shanghai ?

J’étais déjà venu il y a seize ans à bord de La Jeanne, évidemment, cela a bien changé ! Notre arrivée par la mer il y a quelques jours a été fantastique, voir les contours de cette ville en pleine mutation se découper au loin fut un moment magique ! Aujourd’hui, j’ai été impressionné par une métropole impeccable, très bien organisée, très silencieuse par rapport à avant, et surtout par sa dimension numérique : tout le monde est connecté en permanence, jusqu’aux vélos ! Les villes traversées en Inde, au Vietnam et en Chine se sont toutes montrées très dynamiques mais Shanghai est unique en son genre. Il y a un élan incroyable, les Chinois ne s’arrêtent pas aux difficultés, le bien commun passe avant tout et ils sont capables de déplacer des montagnes ! Cela est très enrichissant pour nous tous de voir combien cela est différent au dehors de notre pays.

Je tiens aussi à remercier la communauté française de l’accueil particulièrement chaleureux qui nous a été réservé. Par M. le Consul général Axel Cruau tout d’abord, mais aussi par toutes ces familles, venues visiter le Courbet et celles qui ont accueilli nos élèves-officiers. Cela ne pourra sans doute pas se reproduire d’ici la fin de notre mission, ils garderont un souvenir d’autant plus fort de cette escale à Shanghai !

Pour conclure, quel est le message principal que vous cherchez à transmettre à vos élèves-officiers ?

J’aime ce métier car il n’y a jamais de routine, les opérations sont toujours très différentes d’un bateau à l’autre, d’une affectation à l’autre. La France est le deuxième espace maritime au monde derrière les Etats-Unis, il y a beaucoup à faire ! On se sent utile pour les intérêts de son pays, même si cela n’est pas toujours bien compris du grand public. J’encourage mes élèves-officiers à vivre pleinement leur mission et leur métier, car celui-ci est passionnant, exaltant et très épanouissant !

Le Capitaine de Frégate Xavier Bagot est entré à l’Ecole navale en 1998 et a depuis assuré de nombreuses missions très variées à travers le monde. Il est notamment spécialisé en transmissions, information et communication. Il a pris le commandement de la frégate Courbet en 2016.

Le Capitaine de Frégate Xavier Bagot et Delphine Gourgues sur le pont du Courbet (crédits photo : Marine Nationale)

Propos recueillis par Delphine Gourgues lepetitjournal.com/shanghai Mercredi 10 mai 2017

 
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