Shanghai

POLITIQUE- Francis Nizet, au service des Français de l'Etranger

 

Francis Nizet est conseiller à l'Assemblée des Français de l'Etranger en Chine et Vice-Président de la Commission des Affaires Culturelles. Le Petitjournal a souhaité interroger l'élu sur son rôle au quotidien et sur les problématiques auxquelles il doit faire face.

 

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous vous présenter à vos lecteurs et expliquer votre rôle ?

Je réside à Pékin depuis une dizaine d'années et en tant que Conseiller élu à l'Assemblée des Français de l'Etranger je représente les 50 000 Français qui vivent et travaillent en Asie du Nord c'est à dire en Chine, en Corée, au Japon, à Hong Kong, à Macao, à Taiwan et en Mongolie. Je défends leurs intérêts aussi bien auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises qu'auprès des pouvoirs publics en France. Une fonction importante est celle d'informer mes compatriotes des dispositifs existants, de l'actualité sur tout ce qui les concerne : la fiscalité, la couverture médicale, la scolarisation de leurs enfants, la vie des entreprises à l'étranger etc...Il s'agit aussi de résoudre des difficultés personnelles que rencontrent les Français de plus en plus nombreux à l'étranger. Pour cela, je tiens des permanences dans les treize consulats de la circonscription.


Je suis également des dossiers plus généraux comme les conventions bilatérale fiscales ou sociales et ai regard sur toutes les questions qui intéressent la France et les Français à l'étranger. Je me rends également en France quatre fois par an pour assister aux sessions plénières de notre assemblée où je retrouve tous mes collègues, élus et parlementaires représentant l'ensemble des circonscriptions du monde. Une tâche bien prenante. Il est peut-être utile de se reporter au site de l'AFE pour en savoir plus.
 
2) Pouvez-vous nous expliquer la différence entre un Conseiller élu à l’Assemblée des Français de l’étranger et un Député des Français de l'étranger ?

Comme en France, les Français de l'Etranger sont représentés par de nombreux élus à divers niveaux. En France vous avez les maires, les conseillers généraux et régionaux, les députés, les sénateurs. A l'étranger il y a la même organisation, les maires en moins, je suis l'équivalent d'un conseiller régional élu au suffrage universel direct et siégeant à l'Assemblée des Français de l'Etranger qui est la quatrième assemblée de la République. Les élus travaillent évidemment en collaboration au-delà de leur appartenance politique pour le bien commun. Je réside dans ma circonscription qui est certes immense (3000 kms sur 3000 kms) mais je partage véritablement la vie de mes compatriotes-électeurs. J'ai donc une connaissance vécue de leurs difficultés.

J'ai été par ailleurs candidat au siège de député en 2012 et à ce titre, je continue également à communiquer avec les compatriotes de la circonscription législative d'Asie Océanie. J'essaie de travailler sans mettre en avant mes convictions politiques (je suis désormais membre de l'alliance centriste de Jean Arthuis, ancien ministre de l'économie, un homme politique sérieux et probe) non que je les cache mais parce-que je crois que les Français de l'Etranger voient d'un mauvais oeil ces clivages partisans et ont envie que les dossiers qui sont les leurs avancent vers une reconnaissance de leur appartenance entière à la communauté nationale. Et ils ont raison !


 3) Quelles sont les problématiques particulières des Français de Chine continentale ?

La Chine n'est pas un pays facile, je me bats à tout niveau et même au plus haut pour que la réciprocité s'instaure entre nos deux pays. Je n'apprendrai à personne que nos amis chinois ont besoin d'une relation équilibrée et ferme pour respecter leurs partenaires. C'est ainsi depuis des millénaires. Nous ne sommes que 30 000 Français en Chine pour presque un million de chinois en France dont une centaine de milliers en situation irrégulière. Nous accueillons plus de trente mille étudiants chinois en France. Cela représente un effort significatif de notre pays pour aller vers une relation d'amitié généreuse, franche et sincère. C'est ce que je mets toujours en avant pour que les problèmes de la communauté française en Chine trouvent des réponses satisfaisantes. La renégociation de la convention fiscale est au point mort, la signature de la convention sociale bilatérale est en discussion, ces dossiers sont importants pour les particuliers mais aussi pour les entreprises. Il est bien évident que les entreprises françaises ont des difficultés notoires en Chine, et les marchés publics leur sont encore interdits et de nombreuses professions réservées. Un récent rapport du Parlement Européen dénonce cette absence de réciprocité. C'était l'objet en substance de la lettre que j'ai remise en mains propres au bas de l'échelle de coupée au Président de la République lors de sa récente visite d'Etat. Beaucoup de nos compatriotes attendent également la reconnaissance réciproque du permis français pour conduire en Chine.

 

4) Sur les questions d’enseignement, quelles sont les problématiques des Français de Shanghai et quelles sont vos actions ?

En tant que Vice-Président de la commission des affaires culturelles, de l'enseignement et de l'audiovisuel, j'attache, c'est vrai, un intérêt particulier aux questions scolaires pour la bonne raison qu'une école est la condition essentielle à une présence française conséquente. D'ailleurs la population française a vraiment décollé à Shanghai quand le lycée français a été créé. Les anciens s'en souviennent.


La problématique pour la plupart des Français dans ce domaine c'est évidemment le coût de cette scolarité ! Plus de dix mille euros par élève ! Alors que l'école publique est gratuite en France ! Beaucoup de compatriotes ne comprennent pas. J'ai défendu ouvertement la mesure de prise en charge, appelée aussi gratuité. Je peux dire que modestement j'étais au front pour défendre cette mesure inspirée au Président de la République précédent par le Sénateur del Picchia avec qui je travaille sur de nombreux dossiers. Elle a échoué parce qu'on n'est pas allé assez loin. Parce que cette mesure a connu une opposition d'une rare violence et d'une rare mauvaise foi. Ses fervents détracteurs étant pour la plupart ceux qui, par leur statut, ont la scolarité payée par leur entreprise ou par l'Etat. La volonté politique a manqué pour aller jusqu'au bout c'est à dire pour consacrer quelques centaines de millions d'euros pour rendre l'école française gratuite à tous les Français du réseau.

Je sais que beaucoup disent que quelques centaines de millions d'euros c'est beaucoup et que nos finances publiques ne le permettent pas et pourtant on n'a pas hésité à augmenter l'allocation de rentrée en septembre 2012 pour les écoliers de France ce qui a coûté le même montant à l'Etat et de façon récurrente alors que ceux-ci ont déjà l'école gratuite ! Ces quelques centaines de millions d'euros auraient d'ailleurs profité aux petites entreprises qui se seraient plus facilement déployées à l'étranger alors que notre déficit commercial atteint toujours de plus de soixante milliards d'euros. 

A Shanghai la pression démographique française fait qu'il est nécessaire de trouver de nouvelles implantations scolaires en particulier dans l'ancienne concession. J'ai été l'initiateur de la création de l'association FLAM qui, avec la fabuleuse action de son Président et de son équipe, scolarise désormais une soixantaine d'élèves, le FLAM est également lancé cette année à Suzhou. Quelle meilleure satisfaction que de visiter ces écoles et de regarder toutes ses petites têtes, blondes, brunes, frisées ou lisses  dévorer des livres en français assis autour de petites tables d'école. Cela change de l’âpreté du monde politique et souvent de son inanité !


5) Depuis votre élection, avez-vous constaté une évolution au niveau de la communauté française de Chine continentale ?

La communauté française a connu une croissance exponentielle, Shanghai devenant la communauté la plus importante d'Asie avec des gradients de croissance records.
A la population d'expatriés envoyés par les grandes entreprises françaises pour un séjour de quelques années a succédé une population plus jeune, plus diverse et plus composite.
Il faut noter que beaucoup connaissent des difficultés financières passagères ou plus durables et que l'action sociale des consulats est sous tension. L'offre associative est aussi beaucoup plus riche, il faut ici souligner l'action particulièrement importante du consul général qui a su avec intelligence animer et fédérer tout ce dynamisme citoyen. La communauté française à Shanghai est très attachante.


6) Pouvez vous nous expliquer qu'est ce que va changer la nouvelle législation mise en place par les autorités chinoises sur la délivrance des visas ?

Oui le règlement relatif à l’administration des entrées et sorties du territoire des ressortissants étrangers en R.P.C.  ratifié lors de la 15ème session ordinaire du Conseil des Affaires d’Etat le 3 juillet 2013 est entré en vigueur le 1er septembre 2013.

La Chine entend avoir une politique plus regardante vis à vis des conditions de séjour des étrangers. C'est son droit le plus strict. Il est vrai que subsistaient des "zones grises" qui permettaient à des Français de demeurer en Chine à la marge de la réglementation. Ces situations ne seront plus possibles.

D'autre part, je suis souvent interpellé par de nombreux Français qui dénoncent les délais fortement augmentés pour la délivrance de visas de séjour qui bloquent sur plusieurs semaines leurs passeports et qui les empêchent de voyager pour leurs affaires. Une fois encore la Chine est un pays souverain, elle applique la politique des visas qu'elle veut. Il est essentiel que ceci s'opère en toute réciprocité mais en l'espèce nous dépendons des normes de l'Union Européenne et force est de reconnaître qu'en ce domaine, comme en beaucoup d'autres, celle-ci défend bien mal cette réciprocité vis à vis de la République Populaire de Chine. Mais ceci est un autre débat...

Propos recueillis par Axel Amouyal (www.lepetitjournal.com/Shanghai) Mercredi 2 octobre 2013

 

 
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