Shanghai

EXPEDITION DANS LE YUNNAN - Le voyage sans fin


Cette année, Grand Arbre* et moi-même avons décidé de nous lancer dans une folle aventure : partir pendant les vacances du Nouvel An Chinois, en Chine, avec les Chinois. Warriors que nous sommes, on s’est dit « Allons-y vraiment, et comme des Vrais ». Sentence vaguement théâtrale, lancée à l’emporte-pièce à l’heure de l’apéro.

Train bondé versus gare vide !

Je ne sais plus exactement ce que j’entendais par « Vrais », maintenant que j’en suis revenue, de cette aventure. Mais sur le coup, ça avait du sens. Vrais hippies ? Vrais touristes ? Vrais chinois ? Vrais bobos parisiens, plus probablement. Nous sommes donc vraiment partis le surlendemain du réveillon de la nouvelle année. Et oui, malins comme des ex-singes, histoire d’éviter la célèbre et tant redoutée "grande transhumance " de l’année dans une contrée à 2500 km de Shanghai (considérant déjà cette mégalopole comme une sorte de nouvelle planète, la campagne chinoise est pour moi une galaxie sombre et lointaine) … et en train. Youpi les bobos baroudent ! C’est peut-être à ce moment que je nous ai perçus comme des « Vrais » (naïfs). 20h de train pour arriver (presque) à destination (contre 3 mini heures d’avion). Bref, sur le chemin pour aller à la gare (quand les 50 minutes de métro te font déjà soupirer) je me suis vite détournée de ces pensées et j’ai vu les choses du bon côté. Je me suis dit qu’on allait avoir le temps de faire plein de choses pendant ce temps de voyage : travailler (dormir), discuter (s’engueuler), lire (chercher du réseau internet en vain), se reposer (s’énerver à cause du bruit). Je me suis donc préparée comme il se doit pour traverser à bien cet odyssée. Décryptage du kit de survie : livres de chinois pour essayer de communiquer avec les autochtones certes, mais surtout pour leur demander de faire moins de bruit en parlant (aucun de ces deux objectifs n’a été atteint), masque + lunettes de soleil pour te créer une bulle, boule quiès + écouteurs pour calfeutrer ta bulle, pilules décontractantes quand ta bulle se fissure (au bout de 2h de train en moyenne). Ah, et les batteries pour ton portable, enfin… c’était au cas où il y aurait internet, mais on n’était pas en première classe.

Première étape du périple, Shanghai-Kunming : 12h de "TGV"

Départ donc à 4h30 de l’appart, pour arriver à la 1ère étape (aux portes de l’hôtel de Kunming) à 20h30. Arrivés dans une gare déserte, nous avons retrouvé tous ses voyageurs dans le seul et unique train (je ne vois que ça) en partance ce matin-là, le nôtre. Le premier défi a donc été de trouver nos places (enfin de rentrer dans le train, pour commencer). Nous voici donc partis pour 12h de route, dans la soi-disant "plus belle ligne à grande vitesse de Chine". Mouais. À comparer avec les images vues d’avion. Entre nous, cette ligne n’a rien à envier à la ligne Paris-Granville pour ceux qui la connaissent (d’ailleurs cette dernière peut également mettre 12h pour arriver à destination). À part quelques montagnes par-ci par-là, rien de foufou. Je m’imaginais déjà regardant défiler le paysage (à 350km/heure, tout de même), rêvassant, écrivant des poèmes dans ma tête (me demandant combien de temps j’allais tenir sans rien faire).

"Magique" non ?

Finalement lassée de regarder les paysages industriels, je me suis intéressée au clip du Père Noël Chinois qui explique des trucs en chinois à ses rennes à la plage, diffusé en boucle dans l’écran du wagon. Ça m’a laissée un peu perplexe, mais ça m’a sauvée environ 20 minutes. Ensuite j’ai traversé le train de long en large plusieurs fois en me donnant des objectifs de durée type : il ne faut pas que je mette moins de 10 minutes à traverser ce wagon, sinon il va m’arriver un truc horrible (comme le truc des passages cloutés, ne marcher que sur les lignes blanches... Bref, on devient un peu fou oui). Puis ce fût l’heure du Chi fan (littéralement : "Manger"). Alors là, de 11h à 12h, c’est un peu panique à bord, tout le monde s’agite, cherche de l’eau chaude pour faire cuire ses nouilles, ça rit, ça braille… Bref, c’est convivial. Et ça colore le paysage olfactif.

Chi Fan c’est plus que "manger" (même dit en criant). C’est un rituel sacré, qui n’a que faire de l’endroit et du contexte. D’ailleurs, le Chinois du siège de devant s’est carrément foutu de nous quand on a sorti nos sandwichs de chez Baker & Spice ("vrais bobos", vous dis-je). Je crois qu’il avait pitié. Il a juste dit "sandwich" (c’est pour ça que j’ai tiqué) en donnant un coup de coude amical à sa femme et en se marrant du genre, « Regarde les ces nazes, ils mangent des sandwichs ». Effectivement, on n’avait pas apporté le barbeuc ni l’appareil à raclette, mais je crois qu’on aurait pu. Bref. Après m’être tassée dans le fond de mon siège pour grignoter mon délicieux sandwich bio-sans-gluten-à-l’aloé-vera (le dernier – et j’en avais conscience- de la longue semaine de chi fan typique qui allait suivre), je me suis enfin assoupie. Enfin un peu. Jusqu’à ce que Grand Arbre, me crie dans l’oreille « Regarde, regarde ! » : une petite montagne sur ciel gris. Super. Comme me l’a fait remarquer un ami au retour, et je le cite : « Je vois pas la différence avec l’Auvergne perso ». Et bien, c’est aussi ce que je me suis dit.

Et finalement vers 19h, on est EN-FIN arrivé (au quart de notre voyage) … Kunming ! Halte d’une nuit dans cette petite ville de 3 millions d’habitants, surnommée « la ville du Printemps Eternel ». Au vu de la taille de cette petite bourgade, le dépaysement n’a pas été frappant. Mais c’est vrai qu’il y fait bon. On est donc allé faire Chi Fan, pour vraiment commencer les vacances. Nous n’avons jamais vraiment su ce que nous avons mangé ce soir-là. Le menu étant exclusivement en chinois, sous forme de QCM, on avait un peu coché n’importe quoi (ceci explique cela), mais tout de même, Grand Arbre avait pourtant pris soin de dessiner une tête de poussin pour qu’on ait du poulet. La communication a visiblement échoué.

Ou 26h de voiture. Finalement, ça va.

Suite du périple : Kunming-Lijiang

Durée en train : 8h30. Mais je ne le savais pas encore. Sinon pas sûre du tout d’y être montée. Encore moins sûre lorsque j’ai subitement compris ce que la vendeuse de tickets essayait de nous dire au moment de l’achat : « pas de place assise ». Moi qui croyais que le plus pénible du voyage était derrière moi, et bien non, c’était devant. On a donc passé 8h30 à essayer de choper des places assises, dans un wagon surchargé (et glacial... et bruyant). C’est pendant cette sympathique journée de transit que j’ai fini la fameuse plaquette de décontractant. Cependant, quelques moments de grâce : le premier quand, endormie je suis tombée de ma place chèrement trouvée (je me suis écroulée dans l’allée donc), mon voisin m’a gentiment laissé la sienne près de la fenêtre. Et quelques autres "beaux" moments passés avec les voyageurs, puis avec des paysages un peu plus dignes d’intérêt.
Quand enfin… Grand Arbre est encore venu me crier dans les oreilles (enfin dans les écouteurs) : « On arrive ! ». Larmes de joie. Lijiang, enfin. Nous ne savions pas, ce qu’était réellement Lijiang. Petite ville typique et calme du Yunnan, toute de bois faite et de villageois habitée ? Absolument pas...

Pour la suite des (més)aventures : carnetsdeshanghai.com

*La traduction chinoise du nom de mon binôme
Crédit photos : Caroline Boudehen

Caroline Boudehen (Carnetsdeshanghai) pour lepetitjournal.com/shanghai Vendredi 17 mars 2017

 
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