L’équipe économique du gouvernement Dilma Rousseff et les milieux patronaux ont retrouvé un peu de leur sourire. L’année économique 2012 risque de se terminer un peu moins mal qu’elle n’avait commencé

L'année économique brésilienne pourrait s'achever sur une note plus positive que prévu! Certes, la croissance du PIB restera faible, entre 1,5% et 2%, mais quelques indicateurs ont viré au rose, "permettant au Brésil de retrouver partiellement le chemin de la compétitivité", estime le World Economic Forum dans son dernier rapport. Un petit mieux qui rend encore plus urgente la réforme nécessaire de la fiscalité et l’augmentation des investissements dans les infrastructures, la recherche, l’innovation et l’enseignement, estiment les spécialistes.

Les bonnes nouvelles d’abord : le Brésil sera cette année le premier exportateur du monde de soja, grâce à une augmentation de 20% de la récolte totale de grains par rapport à l’an dernier: 180 millions de tonnes contre 170 millions en 2011. Selon les chiffres du GTIS (Global Commerce International System), le Brésil détient désormais la troisième place dans la hiérarchie mondiale des pays exportateurs de produits agro-alimentaires et de boissons. En 2011 seulement, les exportations de ces produits ont augmenté de 28,98 %. Cette forte hausse a généré des revenus de 76,9 milliards de dollars. En 2010, le pays occupait le cinquième rang.

Croissance de l’agro-alimentaire et retour des investisseurs
Les statistiques de la GTIS révèlent aussi qu’entre 2007 et 2011, les exportations brésiliennes agro-alimentaires et de boissons ont connu une croissance moyenne de 18,09 % par an — le taux le plus élevé parmi les cinq premiers exportateurs de ces produits au monde. Sa gamme de produits a atteint les consommateurs de plus de 200 pays l’an dernier. Le Brésil récolte dans ce domaine les fruits des investissements importants des dernières années en recherche et en technologie, des efforts consentis notamment par l’EMBRAPA, l’Entreprise d’Etat de Recherches en Agro-Elevage, dans le domaine de la correction des sols, de la génétique, et des biotechnologies.

Autre bonne nouvelle, les investisseurs reviennent. Ou plutôt ils n’ont pas déserté le bateau autant qu’on prévoyait. 2012 sera ainsi une année record en ce qui concerne l’acquisition d’entreprises brésiliennes par des groupes étrangers, et des fonds de placements internationaux, confirmant un mouvement qui se maintient depuis 2006. Selon les chiffres de PricewaterhouseCoopers, les prises de participation étrangères minoritaires ou majoritaires dans des entreprises nationales ont doublé en 6 ans, elle sont particulièrement fortes dans les domaines des biens de consommation, le commerce et les services, "des secteurs où il y a de la croissance actuellement", affirme Patrice Etlin, de l’entreprise de Private Equity Advent International.

Un mieux pour l’emploi et la compétitivité
Enfin, l’emploi aussi se porte mieux. En août, le taux de chômage est tombé à 5,3%, le chiffre mensuel le plus bas depuis août 2002 que cette statistique existe informe l’IBGE, l’Institut Brésilien de la  Statistique. Même s’il a remonté un peu en septembre, on prévoit que la tendance à la baisse se maintiendra jusqu’à la fin de l’année.

Finalement, cerise sur le gâteau, le World Economic Forum fait avancer le Brésil de 5 rang dans sa dernière statistique mondiale de la compétitivité, permettant au pays d’accéder pour la première fois au club des 50 meilleurs sur les 188 nations analysées. Ceci, "grâce à une amélioration des conditions macroéconomiques, une amplification de l’usage des technologies de l’information et de la communication, la qualité de la communauté brésilienne des affaires (33° rang) et le fait de bénéficier d’un des plus grand marché interne du monde (7° rang)." Mais attention, relève encore le WEF, le Brésil est jugé négativement pour la confiance politique qu’il inspire, l’excessive bureaucratie de sa réglementation et le gaspillage de ses dépenses publiques.

Relever les "défis brésiliens"
"Restons modestes, notent les analystes, 48° en compétitivité pour un pays qui est aujourd’hui la 6ème puissance économique du monde, devant le Royaume Uni, ce n’est pas vraiment encourageant." Si la nation veut amplifier ce mieux, il va maintenant falloir relever une série de "défis brésiliens" admettent les observateurs de secteurs aussi variés que la finance, les milieux industriels l’agro-alimentaire et les chercheurs universitaires. Des défis qui ne sont pas nouveaux. Ils ont pour noms réforme fiscale, programmes de recherches et d’innovation, amélioration de l’enseignement et investissement dans les infrastructures des transports. Ainsi, le transport d’une tonne de soja du Brésil en Chine coûte 180 US$, 30% de la valeur du produit fini, calcule la Confédération Nationale des Industries. La même tonne produite aux Etats-Unis et expédiée à Shanghai revient à 108 US$, 19% de la valeur finale. "Voyez où on nous en sommes s’indigne l’économiste José Roberto Mendonça du bureau d’analyse MB Associados. La question de la compétitivité est relativement bien diagnostiquée au Brésil. Les solution pour améliorer la situation, elles, ne sont pas là."

Les impôts toujours trop lourds
Il n’y a pas que les transports qui pénalisent les producteurs en tout genre. Les impôts, élevés (la charge tributaire brésilienne, 36% du PIB, est la troisième plus lourde du monde après celle de la Suède, de la Norvège et du Danemark) sont aussi très compliqués à payer à cause de la bureaucratie régnante. Les entreprises calculent qu’en moyenne, s’acquitter de leur devoir fiscal représente en coût administratif, 1,5% de leurs dépenses totales !
La réforme promise dans le domaine des impôts tarde à voir le jour. Pour diminuer le poids du "coût Brésil", la Présidente Dilma Rousseff et son équipe ont opté pour des ajustements ponctuels successifs plutôt que de se lancer dans une révision fiscale globale qui susciterait des débats sans fin au Parlement. "Cette approche pragmatique améliore partiellement les choses, admet le Sénateur Armando Monteiro, ex-Président de la Confédération Nationale des Industries, mais qui ne suffit pas. Le monde entier réforme sa fiscalité à cause de la crise économique. Ou bien le Brésil suit et se lance dans une ample refonte, ou bien nous allons subir encore longtemps le préjudice d’une législation obsolète et pénalisante."

Exportations insuffisantes
Même inquiétude dans le secteur des exportations : le Brésil n’est pas à la hauteur de ses ambitions. Il contribue pour 1,4% seulement au commerce du Globe, contre 10,4% pour ce qui est de la Chine. L’augmentation de la part mondiale des exportations brésilienne n’a été que de 0,56% depuis 2000 et elle est essentiellement due à la valorisation du cours des "commodities" sur le marché international, "un cours sur lequel le pays n’a aucune prise directe, alors que la Chine a su s’ouvrir des marchés où elle écoule 100% de ses produits manufacturés", s’inquiète Augusto de Castro, Président de l’Association du Commerce Extérieur du Brésil (AEB).

Le Brésil est aujourd’hui la 6ème puissance économique mondiale mais n’occupe que la 22ème place comme exportateur. 44% de ses ventes à l’extérieur proviennent de 6 produits : le minerai de fer, le soja, le pétrole brut, le café en grains, le sucre et la viande. En 2006, ces 6 éléments ne représentaient que 27,5% du total des exportations brésiliennes. "C’est l’excellence technologique qui nous manque, analyse Ethevaldo Siqueira, commentateur économique au quotidien O Estado de São Paulo. Nous avons des atouts, notamment dans le secteur agro-industriel et aéronautique, avec Embraer qui est la troisième industrie aéronautique du monde, mais nous avons aussi d’énormes faiblesses. Regardez le secteur des composants en électronique : le Brésil dispose des plus grandes réserves mondiales de silicium de la planète, mais il importe les puces pour ordinateurs car il n‘a pas les compétence de les fabriquer lui-même à un coût compétitif."

Tripler les investissements publics
Manque de spécialistes bien formés, manque de recherches de qualité,  "pour réussir à valoriser l’innovation dans ce pays, il faudrait tripler les investissements publics dans la recherche au cours des 10 prochaines années, estime Glauco Arbix, Président de la FINEP, l’Agence Gouvernemental pour l’Innovation. Soit injecter 40 milliards de R$ (15 milliards d’€) d’argent public dans la science et la technologie, exactement la somme que le public et le privé ensemble consacrent aujourd’hui à l’innovation, c’est à dire 1,2% du PIB."

Mais ce n’est pas seulement une question d’argent. Il faut encore avoir une stratégie adaptée à ces "défis brésiliens". Des exemples existent. Qui tracent la route du succès dans les hautes technologies. C’est le cas d’Embraer, qu’on a déjà citée, qui consacre une bonne partie de ses moyens à la recherche et au développement, afin de conserver son avance mondiale. En 2012, l’entreprise aura investi 450 millions de US$ dans  ce secteur. C’est évidemment stratégique dans un domaine aussi complexe que l’aviation, mais la recette vaut pour d’autres.

Des gisements d’innovation

Ainsi, la fabrique d’autobus Marcopolo. Durant des années elle s’est contentée de fournir la flotte des véhicules urbains de toutes les municipalités du Brésil en équipant de ses carrosseries des moteurs de camion Mercedes "made in Brazil". Aujourd’hui, Marcopolo s’est diversifiée et mondialisée : on rencontre maintenant ses autobus à Londres, au Nigéria, en Inde et dans plus de 100 pays. Leur valeur ajoutée : robustesse et simplicité. Les ventes à l’étranger représentent désormais 30% des revenus de l’entreprise et des alliances stratégiques ont été nouées pour fabriquer les véhicules sur place, au Mexique, en Colombie, en Afrique du Sud, en Australie et en Inde où Marcopolo développe un partenariat avec le géant automobile Tata.

"A l’heure de la crise globale, des exemples comme celui-là compte, estime Flavia Oliveira, journaliste économique au quotidien O Globo. Le retard national peut se transformer en atout pour le Brésil. Il n’y a pas beaucoup de pays dans le monde qui comme nous disposent d’argent en suffisance pour répondre à de besoins en investissements urgents, dans autant de secteurs stratégiques. La compétitivité est la clé d’un Brésil moderne. Il est l’heure de lui ouvrir tout grand la porte."

Jean-Jacques FONTAINE (www.lepetitjournal.com – Brésil) mercredi 14 novembre 2012

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