Les 2 et 16 juin 2012, les Français vivant à l'étranger vont élire pour la première fois un député. Lepetitjournal.com continue de vous présenter les candidats pour le Brésil. Cette semaine, rencontre avec Raquel Garrido, candidate du Front de Gauche

Lepetitjournal.com - Pour la première fois, les Français vivant à l'étranger vont élire en 2012 des députés les représentant : quel rôle aura ce député ? Que pensez-vous de la création de ce poste ?Est-ce que ça ne représente pas un doublon par rapport aux instances existantes (UFE/AFE...) ?
Raquel GARRIDO
– L'important taux d'abstention des Français de l'étranger aux présidentielles prouve que le système actuel de représentation n'est pas satisfaisant pour eux. Je milite pour une assemblée constituante permettant de mettre en place la 6ème République. Il faut des institutions représentatives plus efficaces et intéressantes pour les Français établis hors de France, qui participeraient alors vraiment à la vie civique du pays. Du fait de la politique de rigueur qui a été menée par l'ancien gouvernement, les services consulaires ont été drastiquement affectés, notamment par une forte baisse du nombre d'agents. Trop souvent, les délégués de l'Assemblée des Français à l'Etranger se trouvent donc réduits à un rôle "d'assistant social", ce qui n'est pas suffisant et ne permet pas aux Français d'avoir un véritable lien avec leur pays. Ces Français qui ont choisi de vivre à l'étranger ne se sentent plus aidés, et encore moins valorisés. Or c'est une grande richesse pour la France que d'avoir des citoyens installés à l'étranger et il faut qu'elle soit reconnue en tant que telle.

Dans le cadre de la réflexion sur l'identité nationale, les Français de l'étranger ont un regard plus positif car ils savent que la nationalité n'est pas qu'une question de religion ou de couleur de peau. Ils ont un rapport à la patrie qui est pensé car ils sont parfois dans des couples mixtes, ou amenés à prendre des décisions pour leurs enfants, comme savoir quelle langue ils vont parler, savoir s'ils étudieront dans des écoles françaises, etc. Je suis donc pour une refonte des institutions, afin que cette part de la population française soit enfin entendue.

Qu'est-ce qui vous a amené à vous présenter sur cette circonscription de l'Amérique du Sud ? Quel est votre parcours ?

Je suis née au Chili peu après le coup d'Etat. Ma famille s'est exilée au Canada, puis en France, pays où je suis arrivée quand j'avais 14 ans ; mes parents se sont aussi installés à São Paulo à une époque. J'ai donc cette double culture France/Amérique Latine.

J'ai toujours été militante : à l'école, à la faculté, j'étais déléguée, je faisais partie des conseils d'administration. Par la suite, j'ai beaucoup oeuvré en faveur de relations approfondies entre la France et l'Amérique du Latine : j'ai notamment été la représentante d'une grande confédération syndicale. J'y ai travaillé à nouer des liens avec des syndicats sud-américains. Mon travail d'avocate spécialisée en droit international privé et public m'a également menée à avoir de nombreuses relations avec la région. Enfin, je suis la porte-parole internationale de Jean-Luc Mélenchon depuis une dizaine d'années.

La France est une patrie républicaine, et à peine arrivée sur le territoire, je me suis vite sentie plus Française que les autres, je savais ce que représentait la possession de cette nationalité. Mon histoire me rend donc proche des Français qui vivent dans cette 2ème circonscription. Il me semble impossible de pouvoir être candidat sans connaître parfaitement l'histoire et la politique de l'Amérique Latine.

Quelle vision avez-vous de cette circonscription ?

Cette circonscription regroupant 33 pays est immense, presque surréaliste !Elle est très hétérogène dans les situations, les modes de vie,mais on peut y trouver toutefois beaucoup plus d'homogénéité que dans la onzième circonscription par exemple qui réunit des pays tels que l'Australie, la Chine ou la Russie. Il y a ici une histoire commune, une racine musicale commune. Par exemple, tout le monde connaît les chants de lutte chiliens, cubains, d'Amérique Centrale. Il y a une culture commune très forte, ce qui aide à ne pas ressentir de déconnexion d'un pays de la circonscription à l'autre.

Que pouvez-vous apporter à la vie des Français de l'Etranger ? Sur quels sujets souhaitez-vous faire entendre leur voix en priorité?
Il faut redorer l'image de la France. Il y a eu des blessures qui sont nées de la présidence de Sarkozy et de ses discours sur l'immigration qui posent problème aux Français de l'étranger. Il est donc important de passer à un discours valorisant.
Un changement dans la politique internationale doit avoir lieu. Il faut s'assurer que les relations entre la France et l'Amérique Latine deviennent une priorité dans la cadre d'une nouvelle politique étrangère visant la construction d'un monde pacifique et multipolaire.

Le Front de Gauche est le seul parti à proposer un système fiscal juste et cohérent qui mettrait à contribution nos compatriotes ayant de très hauts revenus et permettrait à la grande majorité des Français de l’étranger d’avoir accès à de nouveaux droits sociaux. Le Front de Gauche prévoit notamment : l’augmentation importante des bourses scolaires afin de corriger les inégalités de l’accès aux établissements scolaires de l’AEFE ; le renforcement du budget du Centre national d’éducation à distance (CNED) et du programme FLAM (Français Langue Maternelle)pour les familles éloignées des établissements scolaires ; une modification du fonctionnement de la CFE afin de protéger les Français de l’étranger les plus démunis suivant le modèle de la Couverture Médicale Universelle ; une cellule d’assistance sociale dans tous les consulats, permettant de soutenir les Français en difficulté et l’allocation de moyens adaptés aux besoins réels des représentations consulaires françaises dans le monde entier.

L'école,la fiscalité, et la difficulté d'obtenir un visa pour rester au Brésil font partie des grandes problématiques des Français installés au Brésil. Pour les problèmes administratifs tels que l'obtention d'un visa, il faut avoir une action rapide, réagir tout de suite en s'adressant au ministre.

A la différence des députés en France qui couvrent un territoire assez restreint et peuvent assurer des permanences, comment pensez-vous que les Français d'Amérique du Sud pourront communiquer avec leur député ? Comment pensez-vous aller à leur rencontre ?
Il faut s'astreindre à tourner dans tous les pays. Sur une législature,il faudrait au moins réussir à faire deux fois le tour de la région. Le reste du temps le travail des députés du Front de Gauche sera intense pour réussir le changement vraiment. Je crois beaucoup à l'implication citoyenne. C'est pourquoi je préconise de mettre en place des structures locales pour que les Français prennent des décisions communes. Créer des cadres pérennes de ce genre permettrait également que ce soit plus simple pour la députée de se faire le porte-voix des citoyens.

Les Français qui font le choix de partir vivre à l'étranger ont une mentalité qui leur est propre, et avec laquelle je suis familière. Je me régale de rencontrer ces gens. Il faut vraiment s'interroger sur ces 70% d'abstentionnistes : la République s'est éloignée d'eux, donc ils s'éloignent d'elle. Il faut absolument les remobiliser.

Propos recueillis par Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com– Brésil) mardi 22 mai 2012

Plus d'informations sur le site de Raquel Garrido :
www.raquel-garrido.net. Vous pouvez également consulter ses comptes Twitter et Facebook.
Retrouvez tous les candidats de la deuxième circonscription sur notre site dédié :
http://www.lepetitjournal.com/legislatives-2012/elections-circonscriptions/90524-2eme-circonscription-amerique-latine.html

 
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