São Paulo

BRIEUC PONT - "Mon rôle est d’être celui qui permet à la communauté française d’unir ses forces"

Le nouveau consul général de France à São Paulo a pris ses fonctions le 1er septembre dernier. Cet ancien élève du lycée Pasteur a partagé avec Lepetitjournal.com son parcours et sa vision de son mandat, qu’il souhaite être le plus accessible possible à la communauté française.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous revenir en quelques mots sur votre parcours avant de venir à São Paulo?
Brieuc Pont :
J’ai 42 ans, et je suis un Français de l’étranger, faisant ainsi partie de ces 2 millions de Français qui vont de pays en pays. Je suis né au Maroc, à Casablanca, ai habité un peu en France et longuement en Argentine dans les années 1980. Ce fut une école politique, car j’ai connu enfant une dictature atroce et j’ai pris conscience ce qu’était le combat pour les droits de l’Homme et la démocratie, ce qui m’a profondément marqué. Durant mes séjours en Argentine et dans d’autres pays, j’ai vu ce que la France représente quand on vit dans un régime autoritaire. Je suis retourné au Maroc, pour ensuite aller au Brésil de 1989 à 1992. Le Brésil fut aussi une école politique, car je n’avais pas le droit de manifester alors que mes camarades de classe protestaient pour l’impeachment en 1992. Ensuite, je suis parti faire mes études en France, dans un Institut d'études politiques, à Bordeaux, puis j’ai fait un DESS de communication, politique et social à Paris I. Encore sur ma faim, je suis parti en Angleterre étudier l’Union européenne d'un point de vue britannique. Après mon service militaire, j’ai travaillé quatre ans à l’Insee, où j’étais chargé des relations avec la presse. Ce fut très intéressant, pour moi, Français de l'étranger, de découvrir mon pays par ce biais, car l’on peut voir les dynamiques locales, faire de la démographie et de la géographie locale, comprendre la conjoncture, que la France est une diversité, ce qui fait la richesse de notre nation. Ensuite, je suis entré au ministère des Affaires étrangères, comme adjoint au porte-parole, avec comme dossiers entre autres les Amériques, les Nations Unies et organisations internationales. Trois ans après, j’ai été nommé à New York tout d’abord comme porte-parole adjoint, puis porte-parole de la France à l’ONU. Étant quotidiennement au Conseil de sécurité, ce fut une expérience déterminante, très structurante, de voir combien la parole de la France est attendue. D’ailleurs, c’est l’admiration de personnalités comme Sergio Vieira de Mello, (diplomate brésilien travaillant à l’ONU et tué le 19 août 2003 lors d’un attentat à Bagdad, ndlr), qui m’a inspiré dans mon choix de m'engager dans la diplomatie. Puis en 2013, j’ai été appelé pour être conseiller diplomatique auprès de Pierre Moscovici et travailler sur l’image de la France à l’étranger. C’était une expérience tout à fait passionnante et difficile, de par la conjoncture économique difficile et un contexte de fort French bashing, malgré les efforts consentis par les Français pour remettre la France sur les rails. Est ensuite venu en avril 2014 un appel du cabinet du Premier ministre, Manuel Valls, pour le rejoindre comme conseiller diplomatique adjoint. J’en garde d’ailleurs un souvenir formidable, car l’on est au coeur du fonctionnement de l’Etat et j’avais le sentiment de servir mon pays, surtout lors de moments difficiles comme les attentats, qui nous ont tous profondément marqués.

Qu’est-ce qui vous a amené à revenir à São Paulo ?
Je n'ai jamais cessé d'en faire partie malgré la distance. Comme on dit, j’ai souhaité "matar a saudade". J’ai une grande affection pour ce pays, la présence française y est extrêmement importante, avec 694 entreprises dans ma circonscription consulaire, près 11.000 français inscrits. Ce fut un choix naturel, je connais son dynamisme et je ne crois pas à l’idée que le Brésil puisse "rester éternellement le pays de l'avenir", citation que l'on attribue par erreur au général de Gaulle. En 25 ans, avec la distance, j’ai pu voir le Brésil évoluer, beaucoup plus vite que certains pays d’Europe. Ce pays s’est ouvert au monde, avec un choc terrible de compétitivité qu’il a su surmonter, il a consolidé sa classe moyenne et s'est aussi démocratisé. J’ai donc beaucoup de foi dans l’avenir de ce pays, qui n’a pas de plafond mais plutôt un plancher de verre. Il y a aussi une lutte contre les inégalités qui sont malheureusement une marque de ce pays - un combat dont les Brésiliens ont pris conscience de la nécessité.

Et en quoi ce temps passé à São Paulo va vous aider dans votre mission de consul général ?
Je dois dire que je ne me débrouille pas trop mal en portugais. Evidemment, quand on a passé 24 ans loin d’un pays, il y a des sujets à actualiser. Mais ça, c’est "work in progress". Quand on a été aussi profondément marqué par un séjour dans un pays, on continue à s’y intéresser, à suivre l’actualité. J'ai de la famille ici, je suis venu régulièrement à São Paulo. Je n’ai pas coupé le cordon en décembre 1992 !

Quelles seront les grandes lignes de votre mandat ?
Je suis là pour défendre les intérêts de la communauté française, avec en premier lieu sa sécurité. Sensibiliser les autorités à la protection de nos ressortissants -  j’ai d’ores et déjà eu un rendez-vous avec le secrétaire d’Etat à la Sécurité de São Paulo, Mágino Alves Barbosa Filho. Il s’agit aussi de la promotion de notre présence économique, de la valorisation de la culture et des valeurs françaises. J’ai été impressionné par la solidarité française et des associations, dont São Paulo Accueil par exemple. Dans ce que fait la France à l’étranger, il y a toujours une dimension sociale, comme les actions d’Arca do Saber, de l'Association française de solidarité, de la Bienfaisance ou auprès des détenus français.

Quelles mesures envisagez-vous pour améliorer la sécurité de la communauté ?
C’est tout simplement un état d’esprit, une vigilance particulière, sur les sites que la communauté fréquente. Je me suis d’ores et déjà intéressé à la sécurité des alentours du lycée Pasteur. L’expérience montre qu’aucun endroit n’est totalement sûr et qu’il faut travailler avec les autorités locales pour renforcer la vigilance, mais sans paranoïa et avec lucidité.

Concrètement, comment pourrez-vous mieux soutenir les entreprises françaises au Brésil ?
Il y a des organismes qui font déjà ça très bien - Business France, la Chambre de commerce France-Brésil, les conseillers du Commerce extérieur. J’arrive vers eux avec humilité, je ne vais pas réinventer la roue. Tout ce que le consulat pourra faire, on le fera - on travaillera main dans la main avec la Chambre de commerce pour organiser des événements, donner de la visibilité aux savoir-faire français, notamment en matière de développement durable ou d’équipements urbains.

Et dans le secteur de l’éducation ?
Nous allons essayer de rapprocher les universités françaises avec les pôles d’excellence brésiliens. Nous travaillons en ce moment à l’implantation en dur de structures universitaires françaises. Faire venir le public brésilien dans l’université française est très important - c’est un pari sur l’avenir, dont nous cultivons les réseaux avec France Alumni.

Comment voyez-vous votre rôle ?
Mon rôle, c’est être à la disposition de tous, le plus accessible possible. D’essayer de mettre en relation les forces vives de la communauté avec les services du consulat et faire avancer des initiatives. D’être celui qui permet à la communauté française d’unir ses forces.

Alors que la situation politique au plus haut niveau de l’Etat brésilien est très instable ces derniers temps, cela peut inquiéter la communauté française, quel message avez-vous à faire passer ?
C’est tout à fait naturel d’observer la situation politique du pays dans lequel on se trouve et de regarder comment les choses évoluent. Le Brésil est une démocratie vivante, les Brésiliens peuvent exprimer leur point de vue. Nous sommes dans une position d’observation des développements économiques, politiques et sociaux du Brésil. C'est important pour conseiller nos autorités, nos interlocuteurs du monde économique.

Est-ce que cela peut influencer les relations politiques ou économiques franco-brésiliennes ?
Les échanges économiques avec le Brésil se font dans le long terme - les entreprises françaises qui se sont installées ont connu les impeachments, l’hyperinflation et ont cette expérience. La présence française s'inscrit dans la durée.

Un dernier mot à adresser à la communauté française ?
Avant d’arriver, ma fille de 5 ans m’a demandé : "Qu’est-ce que tu vas faire au Brésil ?" "Je vais être le consul à São Paulo", lui ai-je répondu. "Oui, mais est-ce que tu vas pouvoir décider si c’est l’été ou l’hiver ?" J’ai dû lui dire que non. Elle était un peu déçue (rires). Je ne peux pas décider de la pluie et du beau temps, mais je ferai en sorte que ma porte soit grande ouverte. Dans les moments un peu difficiles économiquement, il faut pouvoir se serrer les coudes et travailler ensemble. La France a confiance dans l'avenir de cette économie. Nous devons être prêts lorsque le Brésil va redémarrer, car on ne nous attendra pas.

Propos recueillis par Lionel RIVIERE (www.lepetitjournal.com - Brésil) mercredi 21 septembre 2016

 
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