São Paulo

DAMIEN LORAS - "Après quatre ans au Brésil, j’aurai beaucoup de mal à quitter ce pays"

En poste depuis octobre 2012 à Sao Paulo, le consul général de France, Damien Loras, quittera ses fonctions d’ici le mois d’août. Après quatre années de riches échanges entre la France et São Paulo sur le plan économique, culturel et scientifique, et un rythme soutenu de visites officielles, le diplomate évoque avec Lepetitjournal.com le bilan de son mandat paulistain.

Lepetitjournal.com : Quel est votre sentiment après presque quatre années passées à São Paulo ?
Damien Loras : Tout d’abord, je dirais que je quitte un pays bien différent de celui que j’ai trouvé en 2012. Après avoir déjà travaillé plusieurs années sur le Brésil depuis la France dans ma fonction précédente, je suis arrivé dans un pays qui était en plein essor, porteur de valeurs très positives, dont la croissance était élevée, mais quatre ans plus tard, les choses ont changé. Le pays a été frappé par une triple crise : politique, économique et morale, avec tous les scandales de corruption que l’on a vus. Le Brésil a changé et pourtant je quitte mes fonctions avec la conviction que le Brésil est resté le même. C’est un pays qui a énorme potentiel et j’ai l’impression que cette crise peut aussi être salvatrice et au final aider le pays à retrouver un chemin de croissance aussi soutenu que par le passé. La France a toujours joui au Brésil d’une image très forte. C’est d’ailleurs ce sur quoi j’ai travaillé avec mon équipe durant tout mon mandat. L’idée était de conforter et de renforcer l’image positive de la France qui souffre elle aussi de la crise. Il faut dire que le Brésil a moins de ressources et de temps pour soutenir des projets de pays étrangers. Le défi a donc été de maintenir la France à un niveau de divulgation d’audience malgré le tarissement des ressources brésiliennes. Pour cela, nous avons choisi trois axes d’actions au consulat. Nous avons tenu à améliorer les services rendus à notre communauté française en rationalisant les procédures par exemple, car c’est la principale vocation d’un consulat central à l’étranger. Au cours de ces quatre ans, nous avons également tenu à améliorer la politique de communication en investissant considérablement dans les nouveaux outils ainsi que les réseaux sociaux. Nous avons fait de la diplomatie publique un axe fondamental de notre action pour mieux expliquer à nos compatriotes notre action de tous les jours. Quatre années plus tard, notre audience a décuplé. Notre réactivité a également valu à notre consulat d’être choisi comme un des postes pilotes, ce que nous appelons dans notre jargon le "référentiel Marianne", pour améliorer toujours l’accueil de nos compatriotes et l’élever aux standards des mairies françaises. Ce service s’est accompagné d’une vigilance accrue pour protéger notre communauté. Le Brésil est un pays pacifique qui n’a pas d’ennemi et qui n’est pas la cible du terrorisme, malgré tout, au vu des dernier événements, nous avons voulu améliorer notre plan de sécurité - catastrophes naturelles, catastrophe politique ou encore terrorisme - pour savoir exactement où étaient nos compatriotes afin de mieux les prévenir et les soutenir en cas de problème. Pour conclure, nous avons essayé d’améliorer les services afin qu’il soient au plus près des gens au quotidien, tout en veillant à être prêts au cas où des événements encore plus graves arrivent.

Un mot sur la communauté française à São Paulo ?
Les chiffres montrent un intérêt toujours très fort pour le Brésil en dépit de la crise. Cependant, malgré la crise, la communauté française dans la circonscription de São Paulo a continué de croître. Nous sommes désormais 11.000 Français inscrits dans les registres. Les gens continuent de croire au potentiel de São Paulo. Contrairement à d’autres communautés françaises au Brésil, nous avons la chance, à São Paulo, d’avoir une population française très intégrée socialement et économiquement. Pour un consul général, une partie du travail est de secourir les français en situation précaire, or ici, notre population est moins à risque qu’ailleurs au Brésil. D’autre part, nous avons le privilège d’avoir une communauté réactive, qui répond aux événements que nous proposons, qu’il s’agisse des expatriés de courte date ou des Français installés au Brésil depuis longtemps.

Bien sûr à São Paulo, on pense effectivement au secteur économique…
Le maître mot de ces quatre années, c’est l’ouverture. Je parle d’une ouverture sur les services consulaires et sur le travail de l’Etat à São Paulo, non seulement sur le Brésil, mais également sur notre communauté d’affaires. São Paulo concentre l’implantation  des trois quarts de nos activités au Brésil, mais également sur notre communauté d’affaires. Sur les 800 entreprises installées au Brésil, il y en a bien 450 qui ont leur siège dans l’Etat de São Paulo. Notre rôle au consulat a été de répondre présent partout  où on avait besoin de nous, notamment pour intervenir auprès des autorités publiques brésiliennes. Nous avons également beaucoup ouvert la résidence consulaire ces dernières années afin de la mettre au profit des entreprises pour qu’elles puissent y organiser des événements sociaux. L’objectif était de les aider à mieux se faire connaître vis-à-vis de leur clientèle, de leurs partenaires et des autorités publiques brésiliennes. Nous avons également essayé d’ouvrir nos portes aux Brésiliens afin de mieux leur faire connaître la France.

S’il ne fallait retenir qu'un fait majeur dans l’évolution des relations bilatérales entre São Paulo et la France sur cette période ?
Un moment fort serait le partenariat que nous avons établi avec l’école de Samba Vai-Vai. L’idée était d’associer le nom de la France à un événement très populaire, celui du carnaval de São Paulo. L’objectif était surtout de sortir la France de cette image élitiste dans laquelle elle est encore un peu emprisonnée au Brésil.

Dans les domaines culturel, universitaire et scientifique, quels ont été les faits marquants ?
São Paulo est une ville où l’offre culturelle française est très significative. Alors même que les ressources françaises et brésiliennes étaient plus rares, nous nous sommes toujours efforcés de maintenir un haut niveau d’exigence dans la programmation culturelle française. Tout d’abord, je pense que l’on peut citer l’exposition sur les peintres impressionnistes au CCBB (Centro Cultural du Banco do Brasil) en 2012, qui a remporté un franc succès avec quasiment un million de visiteurs, de la même manière, l’exposition post-impressioniste, actuellement au CCBB, a été très appréciée ainsi que l’exposition Picasso. Ces projets permettent de maintenir l’image de la France en tant que grand pays de culture. D’autre part, le partenariat entre la France et le Brésil, ce sont aussi les échanges universitaires. Ils continuent d’être fondamentaux, même si on n’en parle pas beaucoup. Le Brésil a beaucoup moins de ressources disponibles pour financer des partenariats d’échanges universitaires en France et financer la recherche, pourtant il est important de continuer à trouver des partenariats pour maintenir ce flux d’échanges étudiants. La France reste le premier pays d’accueil européen pour les étudiants brésiliens. C’est essentiel car ces étudiants brésiliens qui vont étudier en France ou inversement représentent une véritable force de travail qui permettra demain d’alimenter la relation franco-brésilienne, que ce soit au niveau des institutions publiques ou des entreprises qui sont à la recherche de cette double culture. Un exemple récent, c’est l’Institut Pasteur qui a choisi de s’installer à l’USP il y a quelques mois afin de développer ses projets scientifiques.

Pour terminer sur une note plus personnelle, où allez-vous maintenant et qu’emportez vous du Brésil ?
Je ne sais pas encore. Je quitte mes fonctions au mois d’août, mais je n’exclus aucune option, y compris celle de rester au Brésil. Je vais avoir beaucoup de mal à quitter ce pays et il est certain que j’y reviendrai souvent car j’y ai lié des amitiés très fortes. Ce pays a une énergie folle !

Propos recueillis par Pauline RAGUE (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 27 juin 2016

 
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