São Paulo

MARIE NAUDASCHER - "On peut tomber amoureux du Brésil sans jamais en être rassasié"

Les Brésiliens est un livre écrit par la correspondante française au Brésil Marie Naudascher, dernier né de la collection "Lignes de vie d'un peuple" (Ateliers Henry Dougier). Sorti en novembre, il propose un tour d'horizon à la fois synthétique et bien documenté de ce qu'est la population brésilienne aujourd'hui. Lepetitjournal.com s’est entretenu avec son auteure récemment installée à São Paulo après avoir vécu à Rio depuis son arrivée au Brésil en 2009.

Lepetitjournal.com : Comment est né le projet de Les Brésiliens ?
Marie Naudascher : L'idée n'est pas venue de moi, mais de la maison d'édition, les Ateliers Henry Dougier, qui m'a proposé d'écrire un livre sur les Brésiliens en 200.000 signes. J'ai d'abord été effrayée, car cela m'a semblé très compliqué de résumer un peuple aussi important et divers en si peu de pages. Le défi me semblait d'autant plus grand que les ouvrages Les Catalans et Les Roumains, déjà parus dans cette édition, partageaient le même format et le même nombre de signes. Ils respectent ainsi le triptyque : 1/3 d'interview, 1/3 de reportage et 1/3 de portrait. On peut aussi remarquer que la couverture est toujours la même, celle d'une main d'un natif avec, comme tatouée dessus, une carte en filigrane. La plupart de ces livres sont écrits par des journalistes, car ils ont accès aux informations plus facilement. Leur version papier est enrichie sur celle disponible en ebook, avec des contenus proposés par les auteurs, comme des photos ou des vidéos.

Quelle a été votre démarche pour l'écriture de ce livre ?
Le but du livre n'était pas de produire un contenu académique ou journalistique, mais d'écrire sur des histoires humaines, d'aller à la rencontre des gens pour découvrir et retransmettre un peu de leur vie. Il fallait que j'arrive à montrer que même les Français qui ne pensent pas avoir de liens directs avec le Brésil ont toujours un intérêt à connaître le destin des Brésiliens. Je pense que même en France, il est impossible de rester sans contact avec le Brésil. Dans certains cas, j'avais presque comme tâche de donner de la voix aux personnes qui n'en ont pas, mais qui sont très importants dans l'économie brésilienne. Je parle par exemple des femmes de ménage. Dans Les Brésiliens, j'ai incorporé beaucoup d'annexes, car je les estime essentielles pour faire le panorama de l'identité brésilienne. Je voulais encore une fois y montrer l'importance des influences françaises, souvent ignorées.

Y a-t-il un thème qui vous a plus marqué que les autres ?
Un des sujets qui m'a sensiblement marqué, ce sont les Journées mondiales de la jeunesse et le poids des églises évangéliques. La plupart des agents du Bope (Bataillon des opérations spéciales de police de Rio, ndr), que j'ai évoqués dans un reportage précédent, se disent portés par le Christ dans leurs missions. Ils prient une Bible à la main et une arme dans l'autre, comme si l'un et l'autre étaient indissociables. Les domestiques représentent aussi un sujet sans fin, très important selon moi pour comprendre les contradictions de la classe moyenne. Beaucoup vivent mieux, accèdent à des loisirs et leurs salaires augmentent, malgré l'incompréhension des employeurs qui les acceptent difficilement dans la classe moyenne.

Avez-vous eu du mal à comprendre la société brésilienne ?
Je ne craignais pas d'avoir un point de vue étranger, je savais qu'il y avait des idées préconçues qui avaient une part de vérité, mais il a fallu nuancer certaines choses. Il me paraissait raisonnable, par exemple, de partir de certains clichés pour expliquer et montrer les liens avec la violence, les paradoxes. Le grand défi restait cependant le football, car le risque du ras-le-bol après la Coupe du monde était patent. Néanmoins, le football est toujours au cœur de la construction de la société brésilienne, les noirs et les plus pauvres réussissent parfois à s'intégrer à la société par ce sport. Outre cette difficulté, je devais également donner une cohérence à cette mosaïque brésilienne, sachant que j'avais moins de connaissance sur l'énergie ou le secteur agricole. Je devais maintenir un équilibre entre mes différents sujets pour que le livre ait du sens.

Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?
J'ai été invitée par l'Alliance française pour une rencontre avec les lecteurs en avril et je vais participer au prochain Salon du livre en France, car le Brésil est l'invité d'honneur. Je ressens le besoin de découvrir l'opinion des lecteurs, de discuter avec eux et de me confronter à leur regard. J'ai aussi pour projet d'écrire des chroniques sur la vie de famille et de couple au Brésil, pour partager des anecdotes plus drôles et qui se rapprochent de ma situation personnelle actuelle. J'avais déjà commencé par écrire une petite newsletter pour mes amis de Rio sur mes aventures à São Paulo, les découvertes que je faisais dans ma famille brésilienne, les jeux de mots et conceptions différentes. J'ai déjà écrit une dizaine de chroniques, en prenant le soin de rester toujours respectueuse lorsque je dénonce quelque chose avec humour. 

Que voudriez-vous ajouter sur votre livre ?
Je souhaite mentionner le partenariat commercial avec la Fondation Yann Arthus Bertrand pour des reportages qui sont racontés dans la partie "7 milliards d'autres", car ils offrent de une belle palette de témoignages. Je veux aussi parler de la photo de couverture, derrière laquelle se cache une anecdote. La main qui est photographiée devait être celle d'un Brésilien. Pour moi, celle d'un Nordestino était idéale pour redonner une place à la population noire. Le défi était de trouver un Nordestino qui soit en France pour être photographié de la même manière que pour les autres livres de l'édition. Je me suis alors souvenue d'un ami, Danilo, qui était à Sciences Po. Il a accepté que sa main figure en couverture de mon livre. Il est lui-même attaché à la France, puisqu'il y a fait ses études et a obtenu la nationalité française, il dit "Mon âme a deux pays désormais". Sa main est ainsi le parfait symbole de la proximité franco-brésilienne. Si je devais aussi qualifier ce que représente le Brésil, d'après mon livre et mon expérience, je dirais que l'on peut tomber amoureux de ce pays sans jamais en être rassasié. C'est un pays à la fois envoûtant, solaire par sa météo et par l'omniprésence de Dieu et enfin très contradictoire.

Propos recueillis par Christine REBECHE (www.lepetitjournal.com - Brésil) vendredi 2 janvier 2015

- Lire notre entretien avec Marie Naudascher et Patrick Vanier à propos de leur documentaire Morri na Maré

Infos pratiques

Les Brésiliens est disponible à São Paulo à la Livraria da Vila, à la Livraria francesa, et à la Livraria Cultura, et à Rio, à la Livraria Travessa. Le livre est également en vente sur Amazon et disponible en ebook.

La maison d'édition Ateliers Henry Dougier propose plusieurs "livres portraits" sur des pays ou régions avec la collection "Lignes de vie d'un peuple".

 
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