

Le Chili importe de manière légale des tissus humains utilisés en médecine, mais leur origine reste douteuse. S'appuyant sur les travaux d'une journaliste américaine, le centre d'investigation journalistique chilien (CIPER) vient de publier une enquête dénonçant un trafic international de tissus humains touchant entre autres le Chili.
Pendant 8 mois la journaliste américaine Katherine Willson a enquêté sur le marché des tissus humains dans le monde. Les conclusions de son enquête font froid dans le dos. Elle suggère que des tissus humains provenant de cadavres d'Europe de l'Est seraient exportés vers l'Allemagne qui exporterait à son tour des produits finis -transformés- vers la Corée du Sud et les Etats-Unis qui réexpédieraient eux-mêmes la marchandise vers plus de 30 pays, dont le Chili. La journaliste affirme qu'il s'agit là d'un "marché légal (mais) fourni par des tissus humains illégaux". Le retrait de peau ou d'ossement sur les cadavres se ferait, en Ukraine notamment, dans l'ombre, sans l'accord des familles.
Et si ce marché est effectivement légal "les responsables américains et de nombreux autres pays n'ont pas de moyen fiable de retracer l'origine de la peau recyclée et d'autres tissus ainsi que leur destination", indique la journaliste appartenant au ICIJ (The international Consutorium of investigative journalists) dans son enquête intitulée "cadavers seen as "profit machines""
Tissus d'origine inconnue
Au Chili c'est CIPER (centro de investigacion periodistica) qui fait échos de cette affaire de trafic de tissus humains. D'après les investigations de la journaliste Francisca Miranda, les entreprises mises en cause dans le trafic international de tissus humains -RTI Biologics, LifeCelle Corporation et Musculosketal Transplant Foundation- distribueraient leurs marchandises au Chili via Comercializadora Biomateriales Ltda et Biohorizons.
Les tissus humains utilisés au Chili seraient donc d'origine incontrôlée avance CIPER.
Les entreprises Comercializadora Biomateriales Ltda et Biohorizons ont refusé toute interview à CIPER pour éclairer la question.
Des importations floues
Les tissus humains servent notamment pour les greffes de peau ou pour la chirurgie esthétique. Les os, transformés en poudre, sont utilisés entre autres dans la chirurgie dentaire.
Ces produits, très couteux, sont surtout présents au Chili dans les établissement privés.
Mais ce que met en avant CIPER dans son enquête c'est le manque de contrôle sur la vente et l'utilisation de ces dispositifs médicaux dans le pays. En effet, ces produits sont importés sous la dénomination "autres" dans le registre des importations d'outils médicaux (selon la classification des douanes). Leur nature précise n'est pas connue et n'est donc pas traçable. Il est donc très difficile de mesurer la taille de ce marché précise CIPER. Surtout que les détails des ventes restent dans les mains des fournisseurs. Mais, selon les chiffres du Service Nationale des Douanes cette catégorie "autres" représente 22 millions de dollars entre janvier et juillet 2012. De plus, un vide juridique entoure le commerce de ces produits à base de tissus humains. Car aucune norme de conformité n'existe au Chili, aucun contrôle spécifique n'est établi. En effet, les entreprises importatrices se basent sur les normes ISO (International Organization for Standardization ) et sur celles de la FDA (US. Food and Drug Administration). Alors même que la FDA semble ne pas contrôler de manière stricte l'origine des cadavres humains avance l'ICIJ (The international Consutorium of investigative journalists).
Interrogé par CIPER le docteur Daniel Farías, président de la Sociedad de Implantología Oral du Chili analyse : "Les autorités publiques devraient mettre des critères plus stricts concernant la commercialisation des tissus humains car j'ai l'impression qu'au Chili c'est moins compliqué que dans d'autres pays. Et c'est pour cela que beaucoup d'entreprises utilisent le Chili comme la plateforme d'Amérique latine".
Florine Constant (lepetitjournal.com santiago) mercredi 8 août 2012





