

Bouffée d'oxygène dans un contexte de crise, les investissements italiens en France n'ont jamais été aussi importants depuis cinq ans. Barilla, Autogrill, Ferrero? Quelles raisons poussent ces entreprises à franchir les Alpes ?
Les investissements ne connaissent pas la crise
Printemps ne sera pas italien. Au lieu de prendre le contrôle du grand magasin parisien, l'entrepreneur milanais Maurizio Borletti cédera finalement ses parts aux Qataris dans le courant du mois. Mais alors que la France s'inquiète de ce rachat, les entrepreneurs transalpins continuent de se tourner vers l'Hexagone. D'après l'Agence Française pour les Investissements Internationaux (AFII), sur les 693 projets d'investissement enregistrés pour l'année 2012, 63 provenaient de la péninsule, soit 37% de plus qu'en 2011. L'Italie - deuxième partenaire commercial de la France - n'avait pas réalisé pareil résultat depuis cinq ans.
À l'heure de l'austérité et des licenciements en série, ces chiffres peuvent surprendre, mais il n'y a rien d'étonnant pour Hervé Pottier, directeur de l'AFII Italie. ? Contrairement à l'Italie, la France n'est pas en récession. Son économie ne se porte pas à merveille, mais on y observe tout de même des perspectives de croissance. Il est donc logique que les entrepreneurs italiens se tournent vers un marché plus dynamique et plus grand", explique-t-il.
Heureusement, la crise n'explique pas tout. Cela fait cinq ans que l'AFII, qui répertorie chaque année les investissements étrangers en direction de la France, enregistre un chiffre important de projets en provenance de la péninsule. De nombreux groupes italiens tels Ferrero, Barilla, Fiat, ou Finmecanica sont présents sur l'Hexagone et y renforcent régulièrement leurs filiales. C'est le cas d'Autogrill qui s'est lancé depuis une dizaine d'années à la conquête des gares et aéroports de la métropole. Le géant de la gastronomie autoroutière s'est offert l'année dernière l'espace de restauration de la nouvelle gare Saint Lazare à Paris et a investi quatre millions d'euros pour rénover celui de l'aéroport Marseille Provence.
Opération compétitivité : 35 mesures pour séduire
De telles opérations de renforcement représentent 50% des projets répertoriés par l'AFII et témoignent d'un long dialogue commercial entre les deux pays, mais l'histoire ne s'arrête pas là. De plus en plus de PME italiennes emboîtent le pas à leurs grandes s?urs et s'installent en France où le coût de l'énergie et des terrains est moindre. Pour ces plus modestes entreprises, une implantation sur le marché français représente aussi et surtout une première étape vers l'internationalisation.
Même si certaines particularités françaises souvent pointées du doigt par nos voisins anglo-saxons ou allemands demeurent - main-d'?uvre coûteuse, forte protection salariale ? elles ne semblent pas freiner les entrepreneurs de la Botte. ?Le droit du travail est assez similaire dans les deux pays?. En revanche, "notre administration est beaucoup moins complexe. Beaucoup de patrons italiens se réjouissent de la facilité avec laquelle ils se sont implantés en France?, raconte Hervé Pottier.
Savoir faire made in France
Moins de bureaucratie mais surtout plus de savoir faire, voilà ce qui pousse nos voisins investisseurs à franchir le Rubicon. Malgré une main-d'?uvre supérieure de 30% au coût italien, le groupe Sorin, leader du matériel cardio-vasculaire, a investi plus de 200.000 euros en dix ans en France et implanté, en 2010, son centre de recherche et
Les Entreprises italiennes en France en 2012: 1000 groupes, 1400 entreprises, 110.000 emplois (source AFII)
N'en déplaise à Maurice Taylor ?administrateur délégué de Titan-, le laboratoire pharmaceutique Chiesi fait le même constat. L'entreprise de Parme a décidé, en mars, de dépenser 22 millions d'euros pour agrandir son usine à Blois, plutôt que celles présentes en Pologne, en Irlande ou en Italie. ? Le niveau d'excellence des équipes a fait la différence?, a simplement expliqué Eric Fatalot, PDG de Chiesi France. Ce savoir faire made in France a en effet permis à la multinationale de dépasser le milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2012.
Les patrons transalpins ne sont pas les seuls à tirer leur épingle du jeu des investissements. S'ils trouvent en France les compétences et le soutien qui font défaut chez eux,cette dernière profite elle aussi du pouvoir d'attraction qu'elle exerce sur son voisin. La prochaine extension du site blésois de Chiesi permettra, par exemple, la création d'une quarantaine d'emplois. Un chiffre qui s'ajoutera aux 13.000 postes français déjà engendrés ou maintenus par des investisseurs italiens depuis 2008.
Hélène PILLON (http://www.lepetitjournal.com/rome) - Mardi 23 avril 2013
Crédits photos : CorbisImage ? Libre de droit / graphique de l'AFII, implantation des entreprises italiennes en France / Gouvernement.fr



































