POLITIQUE – L'après-Monti sera centriste ou ne sera pas

Le Partito democratico et le Popolo della libertà préparent leurs primaires en vue des élections législatives de 2013. Quant à Mario Monti, il ne briguerait pas un second mandat à la tête de la Présidence du Conseil. Pourtant, l'échiquier politique italien ne peut qu'être qu’influencé par son héritage dans la nouvelle ère politique qui s'esquisse

Le bilan du gouvernement Monti salué
Le 16 novembre 2011, Mario Monti est nommé chef du Conseil des ministres. La crise de la dette souveraine a fortement dégradé les perspectives de croissance, et le taux de chômage augmente. Si la morosité économique et l'attentisme politique imposent un changement de cap, le gouvernement technique qui écarte les parlementaires du pouvoir exécutif est critiqué.

Mario Monti, Crédits Zinneke, Wikimédia commons

Pourtant, moins d'un an après son entrée en fonction, le bilan du professore est globalement salué dans son pays et en Europe. Mario Monti s'est s'attaché à être plus pragmatique qu'idéologique. En mai 2012, selon l'Istat, le taux de chômage est en baisse pour la première fois, s'établissant à 10,1%, alors que les résultats sont plus moroses dans le reste de la communauté européenne. En outre, les taux d'intérêts auxquels l'Italie emprunte sur les marchés financiers ont fortement diminué. La dette augmente, mais le déficit se réduit.

Aussi, le mandat de Monti est marqué par un certain apaisement dans les affaires de l'Etat, tant la tempérance de l'homme tranche avec ses prédécesseurs. Un mois avant le remplacer, Silvio Berlusconi ne disait-il pas : "La crise ? Mais quelle crise ? Les avions n’ont jamais une place de libre et les restaurants sont toujours pleins." Le 26 octobre, la condamnation du Cavaliere, dans l'affaire Mediaset, anticipée par sa déclaration de ne pas se présenter aux élections législatives prochaines, scelle la fin d'une ère politico-passionnelle de 20 ans.

"Monti-bis repetita" ou pas, Monti restera
Monti a longtemps réfuté l'idée d'effectuer un second mandat. Néanmoins, le 27 septembre 2012 à New-York, le Président du Conseil affirmait : "S’il y avait des circonstances dans lesquelles je pourrais servir le pays de façon utile après les élections, je n’exclurais rien."

Les centristes se sont largement rassemblés autour de cette idée, soutenant un "Monti-bis". L'UDC de Pier Ferdinando Casini et l'ex-leader de l'Alleanza nazionale, Gianfranco Fini, se sont réjouis de cette éventualité, qui dépasserait les querelles entre partis. Le gouvernement Monti a instauré cette nécessité de compromis idéologiques. En effet, la droite berlusconienne, le centre et le Parti démocrate lui ont apporté sa confiance, et sont sans cesse amenés à collaborer quant au vote des lois.

Mais ce recentrage, tant politique que moral, a dénaturé le poids des partis et leur perception par l'électorat. Las de la corruption, des démêlés judiciaires ou ne se retrouvant plus dans leur effet mobilisateur, les mouvements anti-système sont plébiscités, à l'instar du Cinque Stelle de Beppe Grillo, crédité de plus de 15% d'intentions de vote, notamment chez les jeunes.

Ainsi, alors que les sondages accordent à Pier Luigi Bersani une large avance et que le Pd est donné vainqueur des élections législatives, la majorité obtenue ne serait que relative. La composition du gouvernement devra refléter la disparité de l'électorat, jusque dans la mise en place de ses réformes. Le vainqueur, quelque qu'il soit, semble donc condamné à ménager les volontés de l'opposition.

L'après-Monti devrait donc continuer à favoriser la concertation. Mario Monti, nommé sénateur à vie en novembre 2011, peut bénéficier de cette majorité relative pour être réélu Président du Conseil, du fait de sa popularité. "Mario Monti est le seul leader auquel les électeurs font vraiment confiance. Les électeurs veulent un gouvernement qui soit l’expression de la majorité qui sortira des prochaines législatives. A condition qu’il soit dirigé par Monti.", affirmait Ilvo Diamantica dans La Repubblica. Le prochain gouvernement, pour imposer sa légitimité, devra gérer cette transition et le poids de la figure de Monti. Devrait-il occuper un poste ministériel ou une autre fonction honorifique?

Une politique tournée vers l'Europe
Si l'arrivée du Pd est confirmée, des ajustements dans la politique de Monti seront apportées. La coalition au pouvoir devra soigner son aile gauche, qui s'est notamment exprimée le 27 octobre au cours des manifestations du "No-Monti Day".

Toutefois, au vu du redémarrage économique et de l'effort budgétaire entrepris, les nouveaux dirigeants ne pourront pas détricoter les réformes consenties, au risque de rendre la situation économique et politique aussi compliquée qu'en novembre 2011.

Le 26 octobre dernier, Monti rappelait : "L'Italie a fait, ces quelques mois, des choix difficiles et introduit des réformes importantes afin de tourner la page. Mais un succès est seulement possible dans le cadre d'une action commune au niveau européen."

L'Italie vise à rester un partenaire respecté et respectable au sein de l'Union européenne. S'appuyant notamment sur le poids de ses exportations en Europe, la politique italienne ne pourra s'émanciper des contraintes de l'Union européenne. Quitte à continuer à former un axe du Sud, aux côtés de la France, l'Espagne et la Grèce, pour adoucir les positions de l'Allemagne.

Finalement, dans le cadre d'un jeu politique apaisé, la politique italienne de l'après Monti devra résoudre l'équation difficile de consentir la rigueur européenne tout en répondant aux attentes sociales de son électorat.

Martin CANGELOSI (www.lepetitjournal.com/rome ) Mardi 30 octobre 2012

 
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