Rome

LE LIVRE DE SOPHIE – "La fête du siècle", les dessous de la Rome VIP

Entre sexe, drogue et alcool, Niccolo Ammaniti invite ses lecteurs dans la "Fête du siècle". Une soirée drôle et décadente où le beau monde de la Capitale italienne est passé au crible. Un cocktail de personnes égocentriques et suffisantes qui dressent le tableau ridicule de notre monde.

Que la fête commence

Sasà Chiatti, un agent immobilier romain arrogant et présomptueux, décide d'organiser la "Fête du siècle". Dans sa luxueuse propriété à Villa Ada, il invite "tous les grands noms du moment" pour une soirée VIP sans précédent. Entre alors en scène un défilé d'égos botoxés comme Fabrizio Cibra, auteur à succès en mal d'inspiration, Larita, une pop-star naïve digne des meilleurs castings de Veline et la pathétique secte sataniste des "Enragés", prête à tout pour faire parler d'elle.

L'événement tant attendu du gratin romain commence à peine que Sasà Chiatti annonce déjà la couleur. "J'espère que cette fête dépassera tout ce que vous pourriez imaginer. Moi et mes assistants, nous avons déployé tous nos efforts pour que cela soit possible. Maintenant, s'il vous plaît, fermez les yeux. Je ne dis pas ça pour plaisanter. Faites-le vraiment". Une fois rassemblée, la faune humaine se livre sans résistance aux jeux délurés imaginés par celui surnommé le "Pape de l'immobilier romain". Entre chasse au tigre et course à dos d'éléphant, un safari irréel envoûte les participants. Emportés par l'euphorie collective, ils s'abandonnent alors aux moindres fantasmes de Sasà Chiatti. Pourtant, très vite les illusions tombent et l'orgie vire au cauchemar.

Entrez dans l'arène

Tout au long des 300 pages du roman de Niccolo Ammaniti, une foule de personnages affole la scène narrative. En proie à une joie lugubre et infernale, tous les invités deviennent les protagonistes d'une fête tragi-comique devenue surréaliste. Une histoire qui rappelle sans détours celle de la "Dolce Vita" de Fellini. Un film, où comme dans ce roman, l'apparente légèreté des hommes fait écho au côté tragique d'une vie sans buts et sans valeurs.

Le lecteur est alors invité au premier rang d'une mise en scène voyeuriste qui rappelle celle des émissions de télé-réalité. Enfermés dans l'espace clôt du parc, mannequins, footballers, écrivains et chanteurs à la mode sont épiés sans vergogne. Ils acceptent alors, tacitement, de se livrer une nouvelle fois au jeu médiatique qui les épuise au quotidien. Prisonniers de leur propre image, ils s'aveuglent de vanité sans voir le précipice vers lequel ils se dirigent. Comme des marionnettes que le regard froid des caméras ensorcèle.

Le pouvoir des médias et des images dans nos sociétés hyper-technologiques est un sujet encore et toujours contemporain. Pourtant aucune banalité n'est admise dans ce roman où Niccolo Ammaniti offre des dialogues mordants avec un humour décapant. Pas de morale, pas de tabous, "La fête du siècle" se déroule sous nos yeux, dans un rythme intrépide et délirant.

Un auteur au cœur de l'absurdité de l'être humain

Avec "La fête du siècle" publié en Italie en 2009, le romain Niccolo Ammaniti n'en est pas à son premier roman. C'est en 1994 qu'il est publié pour la première fois avec son livre intitulé "Branchie". S'en suit une série d'œuvres toutes aussi notables les unes que les autres dont "Au nom du fils" (1995) qu'il écrit avec son père professeur de psychologie à La Sapienza de Rome. Passionné par les déviances de l'esprit humain, dans ses romans, il dessine avec précision des profils fins et subtils. Une qualité qui lui permettra de remporter le prix Strega en 2007 - le plus prestigieux de la Péninsule- avec son livre "Comme Dieu le veut".

La clairvoyance et l'humour de l'auteur ne peuvent laisser insensible. "Un jeu de massacre jubilatoire et renversant qui, adjoint aux vertus de la farce sociale macabre, finit d'asseoir Ammaniti comme le plus brillant auteur italien de sa génération", écrivait la journaliste des Inrockuptibles, Emily Barnett, après la publication française de "La fête du siècle" en 2011. Une œuvre à lire et à vivre donc sans retenue comme une chaude soirée de l'Estate romana.

Sophie Lei (www.lepetitjournal.com/rome) - Mercredi 22 mai 2013

"La fête du siècle", éditions Robert Laffont, 396 pages, Prix : 21 euros
"Che la festa cominci", éditions Einaudi, 332 pages, Prix : 18 euros
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