Rio de Janeiro

JEUX PARALYMPIQUES - Fadil Bellaabouss, les yeux du sprinteur non-voyant Timothée Adolphe

 

Ancien grand espoir de l’athlétisme français, Fadil Bellaabouss est depuis un an au service du sprinteur non-voyant Timothée Adolphe sur 400 m. Relié par une cordelette, il est son guide lors de la course. Détenteur du record d’Europe de sa distance, le duo entre en piste ce vendredi au stade olympique de Rio pour tenter de décrocher une première médaille paralympique. Portrait.

"Je n’ai jamais disputé les jeux Olympiques, je les ai ratés pour un centième". Si Fadil Bellaabouss, 30 ans, ne pourra sans doute jamais réaliser ce rêve de tout athlète, il le vit d’une autre manière, aux jeux Paralympiques de Rio, avec et au service du sprinteur non-voyant Timothée Adolphe en tant que guide sur 400 m (catégorie T11), la spécialité du "guépard blanc".

Depuis 2011, cet équivalent handisport de Christophe Lemaitre âgé de 27 ans cumule les titres : double champion et triple recordman d'Europe sur 100, 200 et 400 m, médaillé de bronze aux mondiaux 2013 et 2015 sur 400 m. Sa rencontre avec Fadil Bellaabouss, qui a été par le passé un grand espoir de l’athlétisme français sur 400 m haies où il a été vice-champion du monde junior, s’est faite il y a un an lorsqu’il est repéré par Arthémon Hatungimana, son entraîneur.

"Il me voyait m’entraîner à l’Insep et il a trouvé que ma foulée pouvait se synchroniser avec celle de Timothée", raconte Fadil Bellaabouss au Petitjournal.com. Une synchronisation primordiale lorsque l’on court avec un non-voyant : liés à la main par une cordelette, les deux sprinteurs courent côte à côte et ne doivent faire plus qu’un – sauf sur la ligne d’arrivée où le sprinteur non-voyant doit devancer son guide. "Dès qu’il y a une désynchronisation, il y a une perte de force et de vitesse, il faut énormément de réglages, dans les moindres détails", explique Fadil Bellaabouss.

"Je peux me sentir utile et indispensable"
Alors que ce dernier tergiversait et était sur le point de mettre un terme à sa carrière, cette proposition lui a offert un nouveau souffle, grâce aussi au soutien de sa ville et de son club de Belfort : "On peut avoir l’impression que c’est régresser, mais c’est tout le contraire, cela n’a pas été un second choix, pendant longtemps j’ai eu l’impression de prendre beaucoup des autres et là, je peux me sentir utile et indispensable, j’ai aussi envie de vivre l’intensité d’aller chercher une médaille car c’est aussi une récompense et une vraie fierté d’être aux jeux Paralympiques". Le duo, formé juste avant les championnats du monde de 2015, y a décroché une médaille de bronze avant un record d’Europe cette année.

Cette fonction de guide, Fadil Bellaabouss la prend donc très à cœur. "C’est gratifiant de savoir que tu aides quelqu’un, je suis ses yeux, il y a une réelle confiance entre nous, je suis à son écoute, je fais même plus attention à lui qu’à moi", indique-t-il. Et cette collaboration est loin d’être de tout repos pour le Belfortain car Timothée Adolphe "a des jambes de folie". "Je guide quelqu’un qui court plus vite que des valides ! Il est pétri de talent et cela me prend donc beaucoup d’énergie de guider, il faut constamment prévenir et la distance est plus longue car tu cours à l’extérieur du couloir, mais je m’entraîne très dur parce qu’il le mérite", ajoute-t-il.

"Humainement, j’ai vraiment changé"
Malgré la blessure contractée à l’épaule lors du 100 m la semaine dernière – où il courait avec un autre guide, Jeffrey John, échouant en série, Timothée Adolphe sera bel et bien sur la piste du stade olympique ce vendredi avec la ferme intention d’aller chercher une médaille. "C’est très chaud comme épreuve, il y a une densité folle, ça va être la guerre sur la plus belle piste du monde et devant un public exceptionnel, mais on a le record d’Europe, la meilleure performance mondiale de l’année, il ne faut pas se cacher", estime Fadil Bellaabouss.  

Quel que soit le résultat et leur avenir ensemble, le Belfortain aura en une seule année d’expérience retiré beaucoup de choses pour lui-même. "Humainement, j’ai vraiment changé, je suis devenu plus patient, il a fallu que je me recadre parce que j’ai une vraie responsabilité, une vraie pression, quand je prends le lien qui nous unit, je sais que je dois assurer", souligne Fadil Bellaabouss. Et quand la victoire est au bout, "c’est décuplé, comme les sensations de Timothée".

Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) vendredi 16 septembre 2016

*Photo : Florent Pervillé

 
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