En apparence, Français et Argentins vivent dans le même monde. Pour avoir la réputation d’être la ville la plus européenne d’Amérique latine, le centre-ville historique de Buenos Aires prend plus souvent des allures haussmanniennes qu´hispaniques. Mais les apparences sont trompeuses. À bien y regarder, ces deux mondes sont culturellement assez différents. Et tant mieux. Un exemple de la vie quotidienne: le pourboire.

"Los Franchutes son unas ratas !"*
"Les Français sont tous des radins !", m’a répondu un jour un serveur. Et le constat est unanime. Guides, taxis, serveurs vous le confirmeront. Le pourboire est difficile à traduire au pays du gaucho. Pourquoi un jugement si radical ? Tout simplement parce que nous sommes habitués au système du "tout compris" pratiqué au pays du Coq Gaulois, et par conséquent, certains n’ont pas le réflexe propina (pourboire), qui conventionnellement devrait se calculer entre 5 et 10% de la somme. Pourtant en Argentine, la propina se donne pour tout, dès lors qu’un service est rendu. Surtout pour les restaurants où l’on vous comptera en plus sur votre ticket le prix de "l’usure des couverts". Et croyez-moi, votre fourchette vaut de l’or (entre 15 et 20 pesos les couverts soit 4€) "Oui mais c’est déjà dans le montant tout ça !", beuglerez-vous, irrités d’être soudoyé de tous les côtés de l’assiette. Oui c’est vrai, c’est énervant mais ici c’est comme ça !

La grande incompréhension entre Porteño et Franchute !
Il faut savoir que dans certains restaurants, les serveurs ne touchent comme salaire que les pourboires laissés par les clients. Il m’est déjà arrivé de voir un étudiant argentin, employé à mi-temps dans un resto, revenir vers des touristes peu informés sur le point de quitter leur table et leur demander très gentiment si quelque chose leur a déplu pendant le service ou dans leur assiette… Avec les Français, les scènes les plus cocasses se vivent à l´addition. En effet, il y a bel et bien un fossé culturel : certains clients "oublient" que le service n’est pas compris; d’autres sont mortifiés à l’idée de ne pas laisser assez et d’autres n´hésitent pas à sortir la calculette. Et de l’autre côté de la table un serveur outré qui déduit que sa prestation est jugée catastrophique, ou que les Français sont de sales radins… On n’est pas sortis de l’auberge.

*Les français sont des gros radins.

Photos et texte de C.B. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) vendredi 9 novembre 2012

C.B. est auteur de l’Argentine sans détours

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