Pékin

DAVID BAVEREZ - "La Chine est le pays des devoirs de l’Homme"

 

 

Paris-Pékin express casse les codes officiels et les préjugés que nous avons par acquis de conscience sur la France et la Chine. L’ouvrage explique, décrit, apprend ce qu’est la Chine tout en évoquant une fiction de ce que pourrai être les choix du futur président de la République Française. Un voyage à Pékin, un vol, un billet pour mieux comprendre et appréhender le peuple chinois et cette société.

David Baverez décrit trois révolutions en Chine ; politique, économique et sociétale : « On parle souvent des deux premières révolutions mais la sociétale est la plus importante. Personne ne peut prédire ce que va devenir l’avenir d’une société d’enfants uniques. C’est cela qui est passionnant » 

Décrivez-nous cette société ? En quoi est-elle si exceptionnelle ?

La politique d’enfant unique commence en 1980 mais elle est vraiment mise en œuvre à partir de 1987. Aujourd’hui, les premiers enfants uniques ont 30 ans et ils commencent à impacter la société.

Dans un pays où la valeur fondamentale, la colonne vertébrale est la famille, la situation est un fardeau ingérable car l’enfant est tout seul pour gérer deux parents, les quatre grands parents. Seul pour gérer 6 personnes.

Cette vague d’enfants uniques arrive au moment où la digitalisation est très rapide en Chine. Ce sont donc des enfants uniques 200% digitalisés.

De plus, le mode de conversation était essentiellement vertical puisqu’il s’agissait toujours d’un rapport d’autorité. Avec les réseaux sociaux, le mode de communication devient horizontal puisque finalement il n’y a plus de rapport hiérarchique – nous pouvons parler à n’importe qui.

 

La Chine se restructure. Est-elle influencée par l’Occident ?

Le gouvernement est tourné vers le futur contrairement à la France où le gouvernement est tourné vers le passé. En Chine, on protège le futur du passé contrairement à la France où on protège toujours le passé du futur.

Toutefois, il y aura toujours une mémoire en Chine. Il y a une culture millénaire, tout comme en France et cela ressort dans le comportement, dans les traditions ... La Chine ne raye pas son passé mais elle raye la révolution culturelle de 1966-1976 où Mao a détruit toute la culture du pays, la culture physique. Cette culture revient maintenant. Si nous prenons l’exemple du marché de l’Art, les Chinois rachètent à l’Occident tous les objets d’arts chinois historiques en disant « on veut rétablir le lien avec notre culture ».

En fait, la Chine veut se moderniser, elle ne veut pas s’occidentaliser. Le meilleur exemple est celui des selfies – il s’agit du premier comportement consommateur global au monde qui ne nait pas aux Etats-Unis. Il est né en Corée et en Chine. Les Chinois inventent leur propre comportement moderne que l’Occident va ensuite copier.

 

La Chine ; démocratie ou dictature ?

 C’est un mélange des deux.  La Chine était une dictature, elle s’est développée économiquement tout en refusant la liberté politique. Sur Internet, plusieurs millions de Chinois dénoncent tous les jours les dérives, beaucoup plus que nous en Occident car nous pouvons voter. Le gouvernement chinois est donc obligé de prendre en compte sa population – il écoute et liste les demandes, les complaintes. C’est le côté démocratique.

Les mesures prises pour répondre à ces plaintes vont être drastiques et impopulaires – c’est le côté dictatorial. Le gouvernement ne prend pas des mesures qui vont dans le sens du peuple à court terme.

Concrètement, la Chine crée 13 millions d’emplois chaque année mais elle en détruit 12 millions. Ainsi tout passe par la restructuration, on a besoin de ces pertes d’emplois pour recréer de l’emploi et le gouvernement ne demande pas l’avis au peuple. Il y a une acceptation collective de la privation du droit. La France est le pays des droits de l’Homme, la Chine est le pays des devoirs de l’Homme. Il existe donc une vision sur le long terme : les Chinois veulent être numéro 1 mondiaux en 2049 et sont prêt à se restreindre pour cela. Le gouvernement chinois crée donc une vraie dynamique de groupe, un patriotisme qui est vécu de manière très positive, alors qu’à contrario, nous, occidentaux, le vivons de manière négative.

 


Il existe « deux Chines », Comment peuvent-elle évoluer ensemble pour l’avenir ?

La moitié des Chinois vivent à la campagne. La moitié des logements n’ont ni toilettes, ni cuisines.  Ces personnes sont les laissés pour compte du développement de la Chine.  Cette moitié de population n’est pas prédestinée à rester dans ces campagnes, elles se sont déjà déplacées auparavant. Les 15 dernières années, 250 millions de personnes sont allés dans de grandes villes pour sortir de l’enclavement et avoir du travail. La Chine a réussit à les intégrer et c’est pour cela que nous devrions prendre exemple sur eux car nous vivons une situation similaires dans un sens avec la vague de migration.

 Leur manière de concevoir les réformes est très différente : Le gouvernement fait une réforme dans une région, observe et garde ce qui fonctionne pour ensuite l’appliquer à l’ensemble du pays. En France c’est tout l’inverse : nous avons une loi centralisée depuis Paris mais cela ne fonctionne pas car on ne vois pas le bénéfice de la réforme. Le gouvernement chinois essaye toujours de prouver le bénéfice collectif, ce qui fonctionne et propage l’évolution à travers l’ensemble du pays.

 

Comment définiriez-vous les relations France-Chine ?

D’une manière générale, nos relations sont plutôt bonnes … pour les Chinois. C’est une relation gagnant-gagnant, c’est à dire que la Chine gagne deux fois. Le problème c’est que les Chinois viennent chez nous, font venir des étudiants en France et que nous n’allons pas assez chez eux et on ne les connaît pas contrairement à eux. C’est là où la relation est déséquilibrée.

Il y a beaucoup de préjugés sur la Chine, pourtant tous les gens qui vont en Chine sont de vrais sinophiles, quelqu’un qui connaît la culture chinoise en tombe amoureux. Français et Chinois avons en fait une similitude culturelle fantastique.

 

Pourquoi avez-vous écrit « Paris Pékin Express » ?

J’ai écris ce livre car je pense aux Français qui étaient comme moi il y a 5 ans en arrivant à Hong Kong, c’est à dire ignorant de ce qui est à mon sens un phénomène historique. La Chine nous surprend et va continuer à nous surprendre. J’ai donc voulu apprendre sur ce pays et le partager aux autres. Il faut quitter le 20e siècle pour rentrer dans le 21e siècle. La Chine c’est le 21e siècle, pas la France. 

 

Quelle est votre vision de la campagne présidentielle française de 2017 ?

La campagne présidentielle de 2017 était bien du 20e siècle ! Il ne s’agissait que de défendre des droits acquis mais il n’y avait aucun débat sur les industries d’avenirs. On n’a jamais dit que 40% emplois d’avenir n’existaient pas encore aujourd’hui, il n’y a pas d’anticipation. On aurait du faire un vote en pensant à l’avenir et nous avons pourtant fait un vote en pensant au passé.

 

Un mot sur votre expatriation à Hong Kong ?

Je me suis expatrié à Hong Kong après la crise de 2008 d’une ampleur sans précèdent. Comme celle de 1929 où le monde avait basculé. Ma génération est une crise générationnelle ; nous n’avons jamais connu de guerre et avons, une chance incroyable, une paix, une croissance économique. Je suis allé en Chine en me disant que c’était désormais la région la plus tournée vers le futur, et c’est le cas.

 

Ariane Khosrovchahi (lepetitjournal.com/pekin) vendredi 12 mai 2017

 
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