Pékin

J. GAUDFROY - Comment le très sérieux Julien est devenu l'humoriste Zhu li an 朱力安 (1/2)

Julien Gaudfroy est une célébrité en Chine. Le monde de la télévision a ouvert ses portes, et ceux de millions de foyers, à ce jeune Français dont la maîtrise parfaite du mandarin séduit les Chinois, et impressionne les étrangers qui se sont essayés à l'apprentissage difficile de cette langue. Mieux encore, Julien Gaudfroy, alias Zhu li an, pratique le traditionnel xiangsheng, version chinoise du stand-up. Et la recette de son succès tient en un mot : travail. Premier volet de ce récit en deux épisodes.

Il y a des jeux qui ont plus de conséquences que les autres. Quand Julien Gaudfroy a commencé à apprendre le chinois, c'est bien "par jeu, parce que ma copine était chinoise." Julien Gaudfroy est alors attiré non pas "par une langue exotique, puisque cet aspect disparaît très vite dès qu'on rentre dans la langue", mais par une façon de penser différente. Le destin l'a aussi poussé un peu, une blessure au poignet l'obligeant, à 19 ans, à mettre de côté pendant deux ans ses études de violoncelliste au Conservatoire de Paris, et à se consacrer au chinois.

Julien Gaudfroy dans son restaurant de Pékin "chez Julien" (photo JCB)

Le perfectionnisme du concertiste

Son enfance, son adolescence consacrées tout entier à la seule vie de concertiste en devenir ont été pourtant déterminantes dans son approche du chinois. "Cela ne m'a pas aidé uniquement pour une question d'oreilles comme les gens ont tendance à penser, mais aussi surtout parce que ça m'a montré comment apprendre. Quelque soit la discipline, la capacité à travailler et l'acquisition d'une bonne base technique sont déterminantes." Tout concertiste grandit dans la recherche de la perfection. Faire toujours mieux est un leitmotiv, il faut donc travailler encore et toujours jusqu'au moment où on ne peut faire mieux, ce qui n'arrive probablement jamais. Julien Gaudfroy a abordé le chinois avec le même degré d'exigence, et la même capacité à peaufiner les petits détails.
 
Résultat, cette force de travail se traduit par 6 à 8h d'études par jour en moyenne ! Pendant 5 ans ! Alors, bien sûr, il le reconnaît lui-même, il a aussi eu "la chance pendant un an et demi de vivre dans l'appartement de ses parents, et d'éviter les soucis de loyer". Et d'être donc mentalement disponible. Aujourd'hui, sollicité en permanence avec sa vie professionnelle bien remplie et sa famille, il ne pourrait pas refaire la même chose. Mais à l'époque, c'était aussi, comme pour beaucoup d'étudiants, une question de gestion de temps et de volonté. "Je baignais littéralement dedans, y compris dans mes rêves. Le sommeil étant favorable à l'assimilation, je faisais systématiquement 2h de chinois avant de me coucher, et 2h au réveil, avant même de prendre le petit déjeuner".

La littérature plutôt que l'université

L'apprentissage de Julien fut donc autodidacte. En septembre 1998, quand il commence, il travaille tout seul, essaye toutes les méthodes, avant de s'inscrire en octobre 1999 en université à Jussieu. L'expérience dure un mois, abrégée car il n'avançait pas assez vite : "Les professeurs adaptent toujours la vitesse aux moins bons élèves". En novembre 1999, il part en Chine, passe deux mois à Shanghai, puis va dans le Fujian. "A ce moment, je bossais vraiment comme un taré, environ 10h par jour. Parce que la satisfaction intellectuelle est énorme quand on passe beaucoup de temps à apprendre quelque chose. Et le respect que l'on gagne, les compliments qui vont avec, sont aussi un moteur à défaut d'être la raison de cet investissement."

Il travaille alors à partir de la littérature, suivant le conseil donné par son amie chinoise, quand elle-même lisait des romans français : "ne pas avoir systématiquement recours au dictionnaire, mais seulement quand on rencontre un mot 4 à 5 fois. On a alors un contexte, un champ lexical qui va avec, et la mémorisation est plus facile". De retour en France fin août 2000, Julien Gaudfroy enseigne le français à des Chinois, puis travaille comme interprète dans un cabinet d'avocats à Belleville, dans le fameux 13e arrondissement de Paris. Il retouche bien au violoncelle, mais comme pour les sportifs de haut-niveau, il doit repartir en arrière, passer par de la rééducation. "C'était trop difficile mentalement, et je venais de découvrir plein de choses passionnantes". L'instrument est définitivement rangé dans l'étui. En avril 2002, il atterrit en Chine. Il ne l'a pas quittée depuis.



(épisode 2 sur Zhu li an, comédien de xiangsheng, disponible en cliquant sur ce lien : Comment le très sérieux Julien est devenu l'humoriste Zhu li an 朱力安 (2/2))

Joseph Chun Bancaud (lepetitjournal.com/pekin) Vendredi 17 mai 2013

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