Nouvelle Calédonie

CHARLES AZNAVOUR - Il n'est jamais trop tard

  

La scène, c’est sa vie ! Alors, pourquoi s’en passerait-il ?
D’autant qu’il n'était pas revenu en Australie depuis 40 ans et qu'il y a encore un public que Charles Aznavour ne connait pas : celui de la Nouvelle-Calédonie ! La légende de la chanson française est attendue à Perth le 1er octobre et le 11 octobre à l’Arène du Sud (Nouvelle-Calédonie).
Charles Aznavour a accepté de répondre aux questions des éditions de Perth et de Nouméa, qui ont la joie de vous proposer cette interview croisée.


Carole de Kermoysan (édition Nouvelle-Calédonie) : A vos débuts, vous chantiez avec conviction « Je m'voyais déjà »...  Vous avez eu raison : votre persévérance et votre foi ont payé. En 1957, c'était le triomphe, à l'Alhambra, puis à l'Olympia. Selon vous, qu’est-ce qui vous a propulsé en haut de l’affiche, le destin, ou la volonté ?

Charles Aznavour : D’abord j’aimerais dire que « Je m’voyais » n’est pas une chanson autobiographique. Je l’avais offerte à Yves Montand, qui l’a mise de côté arguant que les chansons qui parlent de notre métier de chanteur ne marchent jamais ! C’est d’autant plus ironique que cette chanson fut le morceau marquant le début de mon succès.
Ayant eu à en découdre au début de ma carrière, je dirais que la persévérance, la volonté, et sans doute un peu la chance, ont joué !

Laetitia Blondel (édition Perth) :  Quel est votre plus beau souvenir d’artiste ?

Charles Aznavour : Il y en a tant ! Ma première scène à L’Alhambra, à L’Olympia, au Carnegie, à Madison Square, au Royal Albert hall; travailler avec Minelli, Sinatra, Sammy Davis, François Truffaut, Jean Cocteau; ma première de « She » au Royaume-Uni, ma collaboration avec mon beau-frère, l’écrivain George Garvarentz…

Carole de Kermoysan :  Au début des années 2000, vos fans ont cru vivre la dernière tournée, la « der des ders », disait-on. En juillet 2009, si je ne me trompe pas, vous aviez aussi dit que vous chantiez pour la dernière fois, sur la scène du festival de Carthage, en Tunisie, dans une interview accordée à la presse locale. Il y eut bien d'autres concerts , des centaines, et, maintenant, cette tournée dans le Pacifique Sud, dont nous nous réjouissons, d’ailleurs.
93 ans et toujours sur scène ! Dans votre chanson « J’abdiquerai », vous qualifiez la mort de « pute immonde ». Est-ce pour conjurer la mort que vous avez autant travaillé et que vous ne quittez pas la scène ?

Charles Aznavour : Ce que j’ai dit, à l’époque, c’est que je ne ferai plus de longues tournées de 150 à 200 concerts comme je l’ai fait par le passé. Ce rythme-là, c’est terminé ! Je fais toujours quelques gros concerts à travers le monde et de petites tournées de 5 à 6 dates maximum.
Non, je ne joue pas avec la mort. Je veux vivre aussi longtemps que possible. Je ne rêve pas de mourir sur scène, comme Molière. Néanmoins, la scène, c’est ma vie !
La retraite, selon moi, c’est l’antichambre de la mort. Le retraite pour faire quoi ? Jouer au golf ou au tennis à longueur de journée ? Cela ne me ressemble pas.

 




Laetitia Blondel : Combien de concerts avez-vous assurés dans votre carrière ? Dans combien de pays différents ?

Charles Aznavour : Des milliers. J’ai chanté dans 104 pays ! J’aime retourner aux endroits que j’ai aimés et découvrir de nouvelles contrées. Après mes concerts australiens de Perth, Sydney et Melbourne, en octobre, je vais chanter pour la première fois de ma carrière à Nouméa et à Tahiti. Je suis déjà allé à Tahiti en touriste, mais jamais en tant qu’artiste. Vous voyez, il n’est jamais trop tard !

Carole de Kermoysan : J'ai eu la chance de rencontrer des Arméniens, à Los Angeles et à Jérusalem. J'ai un souvenir de ces personnes à la fois graves et sages, j'ai senti en elles quelque chose d'inébranlable. Est-ce un des aspects de l'âme arménienne ? Etes-vous un sage inébranlable ?

Charles Aznavour : Notre histoire, notre destin font que nous avons le sens de la survie, quelles que soient les circonstances. Que nos parents se soient retrouvés en France, aux Etats-Unis, ou en Australie, ils étaient tellement reconnaissants envers ces pays qui nous ont donné un toit qu’ils sont devenus partie intégrante de la société. Le fait que beaucoup d’entre eux aient atteint des sommets est dû, je suppose, à leur travail acharné et à leur intelligence.
Quand la souffrance est transcendée en succès, les leçons que vous apprenez en cours de route vous font voir la vie depuis une perspective plus sage.


Carole de Kermoysan : Vous êtes né à Paris, mais votre âme est arménienne. En 2008, vous avez également reçu la citoyenneté arménienne des mains du chef de l'Etat arménien Serge Sarkissian. Un génocide, un tremblement de terre faisant 55 000 morts… Et toujours cette force de Vie…Quel est le secret de l'Arménie ?

Charles Aznavour : Les Arméniens sont des survivants ! En 1915, l’empire ottoman pensait pouvoir balayer les Arméniens de la surface du monde. Cela n’a pas marché. Nous aidons l’Arménie à sortir des années de communisme.
Vous n’avez pas idée des talents qu’ils ont là-bas, dans les domaines de la recherche, de la médecine … Le tourisme est aussi en plein essor. Mais ces talents doivent rester pour assurer la prospérité de ce pays !

Laetitia Blondel : C’est votre premier concert à Perth. Combien de fois vous êtes vous déjà produit en Australie ?

Charles Aznavour : Je suis venu en Australie en 1975 ou 1976 ? Je ne sais plus trop, mais j’ai adoré. C’est une vraie joie de retourner en Australie après tant d’années !

 

Carole de Kermoysan : Il est encore tôt pour faire le bilan. Pour autant, que ressentez-vous au sujet de cette vie ? de votre carrière ? Ont-elles fait de Charles Aznavour un homme heureux ? Votre album de 2015, « Encores », réflète t-il de la nostalgie, de la gratitude ?

Charles Aznavour : Je suis un homme heureux ! Quand je songe aux débuts : on disait de moi que je n’avais pas de voix, que j’écrivais des chansons déprimantes, que je ferais mieux d’arrêter de chanter… Un journaliste avait même écrit à l’époque à mon sujet que les handicapés ne devraient pas être admis sur scène… J’imagine que j’ai réussi à prouver qu’ils avaient tort…
Au final, j’ai vécu la carrière internationale la plus longue qui soit ! Mais je ne vis pas dans le passé, toujours dans le futur : nouveaux défis, nouveaux horizons. Je garde de bons souvenirs du passé, mais je regarde toujours devant.


Laetitia Blondel : A votre avis, est-ce plus ou moins difficile de se lancer dans une carrière de chanteur aujourd'hui plutôt qu'il y a 50 ans ? Quels sont les points positifs et négatifs, aujourd’hui, par rapport à l'époque où vous vous êtes produit pour la première fois ?

Charles Aznavour : Je détesterais débuter aujourd’hui ! Certes, cela n’a pas été facile pour moi au début, mais le métier était complètement différent, plus humain. Les gens faisaient des kilomètres pour dénicher des talents.
Imaginez des types comme Brel, Bob Dylan, Léonard Cohen ou moi, aucun d’entre nous n’aurait une minute de répit. Aujourd’hui, faut que ça soit rentable, et tout de suite !
Les jeunes sont également très impatients, capricieux, et pas trop fidèles. Les émissions de télé sont des machines à sous pour les producteurs. Après dix semaines, les perdants retournent à leur vie ordinaire; certains ne le supportent pas et terminent en dépression nerveuse. C’est très cruel.
Les carrières comme celles de Mc Cartney, les Stones, Elton John, Tom Jones, Rod Stewart, Stevie Wonder, Sting, ou la mienne, c’est terminé ! Les carrières durent cinq à dix ans maximum pour les plus chanceux !

Laetitia Blondel : Avez-vous une chanson préférée ?

Charles Aznavour : Non !

Carole de Kermoysan : Auriez-vous pu imaginer une vie sans voyages ? Que vous ont apporté, au fond, tous ces voyages à travers le monde ? Quelle idée vous faites-vous de la Nouvelle-Calédonie ?

Charles Aznavour : J’adore voyager, rencontrer de nouvelles personnes, voir de nouveaux pays, faire la connaissance d’autres cultures. Je n’aurais pas pu imaginer une vie sans voyages. J’ai vraiment hâte de chanter à Nouméa. C’est formidable de rencontrer un nouveau public.

Carole de Kermoysan : Avez-vous de l'humour ?… Est-ce important dans la vie ?

Charles Aznavour : Oui, c’est très important ! J’ai grandi dans une famille au sein de laquelle l’humour était essentiel. Nous n’étions pas riches mais partagions tout ce que nous possédions et l’humour et le rire étaient omniprésents. Encore aujourd’hui, toute mon équipe a le sens de l’humour. Le rire est un bon remontant !

Carole de Kermoysan : A quoi reconnaissez-vous une belle voix ?

Charles Aznavour : A l’émotion, à sa couleur…

Laetitia Blondel : Quel message voudriez-vous laisser aux jeunes générations ?

Charles Aznavour : Mettez de la passion et de la persévérance dans votre vie. Si vous y croyez vraiment, vous pouvez y arriver !


Propos recueillis par Carole de Kermoysan (http://www.lepetitjournal.com/nouvelle-caledonie) et  Laetitia Blondel (www.lepetitjournal.com/perth)
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Automne austral pour Charles …

En Australie, Charles Aznavour se produira le 1er octobre à Perth (HBF Stadium), le 4 octobre à Sydney (Hordern Pavilion) et le 7 octobre à Melbourne (Festival Hall Center).
Le concert calédonien de Charles Aznavour est programmé au mercredi 11 octobre à l’Arène du Sud (Païta). Les places sont en vente sur www.tickets.nc ou dans les locaux du 8, rue de la Valbonne (1er étage, du lundi au vendredi, de 08h30 à 12h00 et de 13h30 à 17h00, 16h30 le vendredi).
La légende de la chanson française se rendra ensuite à Papeete (concert le 15 octobre à To’ata), puis à Tel-Aviv (Israël), où il chantera le 28 octobre, avant de se produire, en décembre, à Vienne, puis à Paris.

 

 
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