Ça y est, Le grand jour est arrivé ! Tout à l'heure les Formule 1 s'élanceront pour le 65ème Grand Prix de Monaco. Nous arrivons au circuit de bonne heure et nous séparons: Sophie retrouve les autres commissaires de son poste autour d'un café alors que Marine prend le sien au "restaurant gastronomique du poste 1 Ste Dévote“ (le poste 1 est très bien équipé!)
A 9h45, les Porsche s'élancent pour 16 tours de course à un rythme effréné, cette catégorie est décidément très spectaculaire, mais au drapeau nous ne sommes presque pas sollicitées de la séance. Affectée au protocole, à la fin de la course Sophie doit se rendre au pied du podium pour former la haie d'honneur pour les vainqueurs. Le but du jeu étant d'éviter de se faire arroser par le champagne de la victoire, tenue impeccable exigée jusqu'à la fin des épreuves.
Puis c'est au tour des formules Renault 3.5 L de s'affronter durant 25 tours. Le spectacle est au rendez-vous et nos drapeaux jaunes sont bien utiles pour calmer la meute quand l'un des leurs rate son virage, ou tape dans la montée de Beau Rivage. Etre commissaire drapeau est une tâche qui demande une vigilance de tous les instants. Il faut suivre chaque voiture et la moindre inattention peut vous faire manquer un incident donc retarder la signalisation et risquer le suraccident. Il ne faut pas aussi oublier le drapeau vert après la zone de l’accident pour signaler aux pilotes qu’ils peuvent à nouveau attaquer.
A midi, nous sommes un peu bousculées, entre la parade des pilotes et le passage en revue des postes, il faut vite avaler son repas. Le Prince Albert II de Monaco et sa sœur la Princesse Caroline arrivent dans la loge princière vers 13h30, nous faisons partie des commissaires chargés de les accueillir. En tant que premières filles à ce poste nous leurs sommes présentées et leur serrons la main.
Après une petite course le long des rails pour rejoindre notre poste avec notre matériel (casque, protection et K-way en cas de pluie) nous sommes fin prêtes pour le départ. Pour notre premier GP nous sommes ensemble, au poste de signalisation juste avant Ste Dévote, Sophie est aux drapeaux jaunes - en cas de crash à Ste Dévote - et Marine au bleu pour signaler aux retardataires qu’un leader les double. Le départ est imminent, nous avons les feux en ligne de mire. Ils s’éteignent, et c’est parti! Le premier virage passe sans encombre pour tout le monde et la tension du départ s’estompe un peu.
Après une bonne dizaine de tours les choses sérieuses commencent pour Marine qui doit mémoriser les premiers pilotes ainsi que les derniers pour agiter le bleu au bon moment. Heureusement un troisième commissaire drapeau, beaucoup plus expérimenté nous supervise et aide à retrouver l’ordre des pilotes ce qui est très utile surtout avec les arrêts au stand qui bouleverse un peu le classement. Au final pour une première fois, je me suis bien tirée de cette tâche difficile. Sophie, elle, n’eut point besoin de sortir ses drapeaux jaunes, mais rester concentrée et guetter le moindre incident n’est pas chose facile, c’est même épuisant!
Une fois le drapeau à damier tombé, nous nous empressons de rejoindre le podium étant affectées au protocole. Sous nos yeux, à quelques mètres de nous sortent de leur voiture Alonso le vainqueur, ainsi que ses dauphins Hamilton son équipier et Massa. Etre si proche des pilotes que nous admirons tant est un privilège bien rare que nous apprécions à sa juste valeur!
Une fois la cérémonie de podium terminée (et sans gouttes de champagne), nous regagnons nos postes respectifs, pour la dernière fois. Au programme: rangement! A Ste Dévote cependant le champagne et un gâteau permettent de fêter dignement la fin de ces quatre jours fantastiques. Et cette fois, sous forme de baptême, Marine aura droit à sa douche au champagne! (Merci les gars!)
Il est temps de quitter notre combinaison orange de commissaire, de revenir à la vie normale. Ce WE de Grand Prix fut une expérience formidable et nous resignons pour l’an prochain sans aucune hésitation. Nous remercions l’ACM pour sa confiance, et tout le corps des commissaires pour leur accueil. Rendez-vous pour Monaco 2008!
Samedi 26 mai : Troisième jour des filles commissaires à Monaco
Après deux jours d'observation, nous passons à l'action. Jeudi et vendredi nous avions suivi de près les commissaires drapeau de nos postes respectifs, et maintenant c'est à nous de jouer. Le matin Sophie est affectée au drapeau jaune, celui juste à avant Ste Dévote, qui signale le moindre incident au premier virage du circuit. Marine par contre est à la sortie du fameux virage, drapeau jaune ou vert en main selon les besoins.
Et il y a du travail ! En effet lors de la première séance de la journée, les essais qualifs des Formules Renault 3.5, pas moins de 4 monoplaces s'échouent dans les pneus. Le parking de Ste Dévote affiche complet !
Deuxième séance de la journée : essais libres de Formule 1, et mauvaise surprise : il pleut ! Cette fois-ci nous sommes ensembles à la signalisation, mais les pilotes ne se bousculent pas sur la piste. Quand ils s'y aventurent, c'est en soulevant d'impressionnantes gerbes d'eau (Le saviez-vous ? Des pneus maxi-pluie de F1 peuvent évacuer jusqu'à 150 litres d'eau par seconde !). La piste est glissante et les pilotes prudents : donc peu de travail pour les commissaires.
A midi nous nous séparons pour manger chacune avec nos postes respectifs, et malgrès le temps maussade l'ambiance est au beau fixe.
Au menu de l'après-midi, moment clef du WE, les qualifs de F1 - si importante à Monaco où il est difficile de doubler. Si la séance fut calme pour Sophie au drapeau jaune, elle le fut moins pour Marine, drapeau bleu à la sortie des stands. Il s'agit d'indiquer au pilote qui sort des stands qu'une voiture déjà en piste est sur le point de le doubler et qu'il doit donc la laisser passer. Il est très impressionnant de voir des pilotes tel que le double champion du monde, Fernando Alonso, se conformer à l'ordre que nous lui intimons.

Reste, après tout ça, le gros morceau de la journée, notre première course : celle des GP2. Une fois de plus nous sommes ensemble, Sophie toujours à la difficile tâche du drapeau bleu, et Marine encore au jaune. Pour Sophie, il s'agit de toujours avoir en mémoire la tête de course pour indiquer à bon
escient aux derniers qu'ils vont se faire prendre un tour. Marine quand à elle doit être constament sur le qui-vive pour signalier au plus vite un incident à Ste Dévote.
A la fin de la course Sophie doit éclipser de son poste car elle participe à la haie d'honneur formée par les commissaires au pied du podium, Marine par contre salue les pilotes lors du tour de décélération en agitant ses drapeaux.
La journée s'achève, fatiguées mais heureuses, nous rentrons chez nous. Et dire que demain c'est le grand jour, et le dernier déjà !
Marine et Sophie
Les deux premiers jours de Sophie
Déjà deux jours passés au bord de la piste. Malheureusement pour les
commissaires ici la chaleur est écrasante, mais le spectacle compense
largement la rudesse de la tâche.
Mon poste se situe au bout de la ligne de départ, au niveau du freinage, avant le virage de Sainte Dévote. C’est un endroit stratégique au moment du départ des courses durant lesquels les accrochages ne sont pas rares. Il permet aussi d’apprécier la virtuosité des pilotes et la performance des voitures. Un freinage raté ne pardonne pas, en général le pilote bloque ses roues et finit, au mieux dans l’échappatoire de Ste Dévote, au pire dans le mur, le tout dans un nuage de fumée. Les voitures passent très près des rails, c’est impressionnant, c’est exactement pour ça que j’ai voulu devenir commissaire de piste.
Au poste, il règne une ambiance de franche camaraderie, on voit que toutes les personnes présentes viennent par plaisir et tant pis si le réveil sonne très (trop) tôt pendant quatre jours.
Le circuit de Monaco est unique au monde, nulle part ailleurs les spectateurs ne sont aussi proches des voitures, des personnalités du sport auto, du personnel des écuries. C’est ainsi que jeudi, nous avons eu le plaisir de recevoir une courte visite de Jacky Ickx, pilote pour le moins mythique, à notre poste. Quand on vient de passer la journée debout dans la chaleur, rien de tel pour vous remettre du baume au cœur.
La journée de vendredi, ça a été ma fête, et si je l’avais oublié, les commissaires se sont chargés de me le rappeler : le 25 mai c’est la Sainte Sophie. On dit que ce sont des machos mais cette réputation ne tient pas longtemps quand on les côtoie, et partager leur expérience de la course est un vrai plaisir.
A Monaco, contrairement aux autres Grand Prix, la journée du vendredi est assez calme. Les tribunes sont en accès libres pour les spectateurs qui peuvent même visiter les stands, mais pour les commissaires pas de détente au programme, il faut être à son poste et prêt à intervenir. Sur la piste aujourd’hui pas d’accident majeur, mais toujours un spectacle à couper le souffle.
A midi je rejoins ma camarade commissaire de piste Marine au poste 1, à Sainte Dévote, pour un déjeuner «gastronomique» concocté par le cuistot maison. Pas de doute c’est la meilleure table de tout le circuit !
L’après-midi je retourne à la «vie civile» et je me promène du côté des stands et du paddock. Quand je vous dis que Monaco est un Grand Prix unique en son genre… En l’espace de deux heures on peut croiser quasiment tous les pilotes, dont Scott Speed, pilote Toro Rosso, tout simplement assis au bord de la route, très aimable et souriant. Ou encore, prendre sa voiture et se faire doubler par les scooters des pilotes McLaren, Fernando Alonso et Lewis Hamilton, possibles vainqueurs de la course de dimanche.
Après tout ça la journée est déjà bien avancée et il est temps pour moi de rentrer. Samedi promet d’être éprouvant, avec la météo qui annonce de l’orage et les voitures qui vont tourner toute la journée. Après ces deux jours sur la piste le sommeil ne va pas être difficile à trouver, mais pour rien au monde je n’échangerais ma place.
Sophie
Jeudi,
premier jour de Marine à Sainte Dévote (poste 1B)
Après un
réveil matinal (nous avions rendez-vous à 6h30), la découverte de nos postes et
des installations, nous sommes en place. Il est 8h30, le soleil radieux inonde
le premier virage du circuit et le coup d’envoi de la séance d’essais libre de
Formule Renault 3.5 est sur le point d’être donné. Le bruit remplit la
Principauté et soudain, à mes pieds surgissent les premiers
concurrents.
Je me trouve
en bordure de la voie de sortie des stands, passage obligé de toutes les
monoplaces. Il est quasi impossible
de décrire le sentiment qui m’envahit. Ca y est, j’y suis ! Je suis
commissaire !La séance se
passe sans incident majeur à notre poste. Une petite pause, le temps de se
rafraîchir et place à la F1 pour une 1h30 d’essais libres.
L’excitation
est croissante, je me prépare… et les voilà !! Le bruit est impressionnant,
il remplit la cage thoracique et fait vibrer le sol. Je ne peux me retenir de
garder la bouche grande ouverte, “Wahou !“ est le seul mot qui me vient.
Pour une passionnée de F1 comme je le suis, être ici est une sorte de rêve… Plus
près de la piste c’est dans la voiture !
Mais les
surprises ne sont pas finies : à 5 minutes de la fin de la séance, Fisichella
crashe sa Renault F1 dans le mur de pneus en face de moi. Mes collègues
interviennent : rapidité, efficacité sont les maîtres mots, la piste est
dégagée en quelques minutes et la séance peut se finir sans incident
majeur.
Petit
interlude de repos, qui me permet de photographier la monoplace accidentée, je
ne me fais pas prier ! Place maintenant au GP2 pour une petite demi-heure
d’essais, c’est sympa mais ça m’emballe moins que la F1… c’est surtout que je ne
connais pas vraiment les enjeux de ce championnat.
Une pause
déjeuner plus tard et c’est reparti pour la deuxième séance de Formule 1, 1h30
là encore.
Cette fois-ci ça va être
mouvementé au poste 1 : petite touchette et un abandon pour Davidson et sa
Super Aguri, et gros crash pour Lewis Hamilton – la sensation du moment (et pour
longtemps je prends le pari) – qui ampute sa McLaren d’une roue sur le mur de
pneus. Là encore deux interventions rapides et la piste est dégagée. Y a pas Ã
dire mais les commissaires de Monaco sont vraiment les
meilleurs !
Reste enfin
une séance de Porsche Super Cup, de trois quart d’heure, qui va me démontrer
l’intérêt de l’échappatoire de Sainte Dévote. En effet nombreux seront les
pilotes qui, après un blocage de roue, seront obligés de manœuvrer avant de
reprendre la piste.
Cette fois-ci
c’est fini, la première journée est terminée. Elle fut très éprouvante – mon
poste est en plein soleil – mais très intense : quelle émotion de voir si
près ces magnifiques F1 (et je ne parle pas des odeurs – carburants, gommes
brulées)… une sorte de rêve.
Vivement la
suite… Demain !
Marine
(www.lepetitjournal.com - Monaco) vendredi 25 mai - lundi 28 mai 2007