Melbourne

MICHAEL BULA - Le Théâtre français de Melbourne, "un mariage des cultures anglo-saxone et française"

 

Fondateur et producteur du Théâtre Français de Melbourne, l'Australien de naissance Michael Bula est fier de la diversité de ses pièces comme celle de son équipe. A l'occasion de la représentation de la comédie "Lunes de Miel" à l'Université de Melbourne cette semaine, celui qui a "dédié [sa] vie à la France" revient sur les caractéristiques de son théâtre et sa passion pour cet art.

Michel, vous êtes Australien, alors d'où vient ce rapprochement avec la France dans la fondation du Théâtre Français de Melbourne ?

Je fais du théâtre depuis mon adolescence, il y a une quarantaine d'années. A l'école je jouais dans des pièces. Et puis je suis arrivé à l'Université de Melbourne, un des centres culturels de ce pays. Cette université a toujours accordé de l'importance aux langues étrangères, surtout le français. Le département de langue française est d'ailleurs l'un des plus vieux de l'établissement. Depuis un certain nombre d'années, ce département organisait des pièces de théâtre en français. C'est à partir de là que j'ai repris la tâche et nous avons fondé le Théâtre Français de Melbourne, à l'Université.

De quelle manière se démarque-t-il ?

C'est un combinaison de plusieurs facteurs. D'abord la francophonie, puisque nos pièces sont en français. Ensuite, et c'est ce que j'adore chez la France, c'est la littérature théâtrale sans fin. Et enfin, notre théâtre avait déjà une niche pour les représentations. Nous avons commencé en tant que groupe d'étudiants, et là c'est devenu, je dirais, un théâtre professionnel non rémunéré. C'est-à-dire à but non-lucratif mais c'est du même niveau qu'un théâtre professionnel.

C'est aussi un mariage entre les cultures anglo-saxone et française. Nous suivons les normes australiennes, mais en français, avec des surtitres en anglais (l'équivalent des sous-titres au cinéma, ndlr). Cela représente 580 diapositives et deux mois de travail intense. Mais les surtitres sauvent notre théâtre car s'il était seulement en langue française, il n'attirerait pas les Australiens.

Quel style de théâtre mettez-vous en avant ?

J'essaye de promouvoir toutes les formes. Notre but principal est de présenter le plus grand éventail d'époques, de styles, de philosophies possibles pour l'Australie. Et heureusement, sinon des gens comme Florian Zeller et Jean Cocteau n'auraient jamais été présentés ! Nous proposons des pièces assez variées. Mais le choix des pièces doit correspondre à l'envie du public. Inutile de produire une belle pièce compliquée si personne ne la regarde !

Et vous, quelle est votre préférence personnelle ?

J'aime beaucoup les classiques, Molière, Beaumarchais, Faydeau. Mais j'aime aussi la dramaturgie, et les pièces grinçantes qui parlent de philosophie.

Vos pièces de théâtres sont en français, le choix des acteurs est donc aussi dicté par leur parfaite maîtrise de la langue de Molière...

Au début, la plupart des comédiens étaient des Australiens francophones. Leur niveau de français était passable. Aujourd'hui, une majorité de Français sont candidats et jouent pour nous. Du coup, c'est beaucoup plus difficile pour les Australiens d'obtenir un rôle. Mais ceux qui le font sont, de ce fait, excellents en français, et surtout dans le jeu théâtral. La base pour ma sélection est la compétence théatrale. Mais certains ont un talent naturel et sont du coup intégrés à l'équipe.

Et comment sélectionnez-vous les membres de la production ?

Là où l'on peine, c'est pour le metteur en scène. Car trouver un francophone est très difficile. Du coup nous optons pour une alternative. Je choisis un metteur en scène professionnel et lui attribue un assistant français qui le guide et sert d'interprète. Dans les textes, il y a des subtilités de langage. Le metteur en scène compte sur l'assistant pour les déceler. Mais je privilégie d'abord la professionnalisme du metteur en scène avant ses capacités linguistiques. Il propose une discipline, une structure, une vision et de la créativité pour nos pièces. Ce sont des éléments critiques.

Pour vous, quelles sont les différences entre le théâtre français et le théâtre australien ?

Lorsque je me rends à Paris, une fois par an, je visionne cinq à six pièces. Je note que le théâtre français est beaucoup plus célébré, il fait partie du patrimoine national. En Australie, il n'est pas au même niveau que le sport, notre patrimoine à nous. C'est dommage que ça ne soit pas le cas ! Sinon, sur un plan politique, en France, le théâtre est soutenu par l'Etat. Ici, les groupes indépendants peinent à avoir ne serait-ce qu'une petite subvention.

Parlez-nous de la pièce "Lunes de Miel", représentée cette semaine à Melbourne.

Il s'agit d'une comédie, mais ce n'est pas une farce. Je dirais même qu'il y a des moments de comédie plutot que de l'appeler une comédie. C'est la vie de deux couples, on y voit donc du sérieux, mais aussi du malentendu, des problèmes de couple. C'est vraiment un cocktail très intéressant. 

 

Propos recueillis par Pierre Lépine, lepetitjournal.com/melbourne, Mercredi 4 mai 2016

 
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