TOURISME- Alerte rouge !
Si tous les professionnels (hôteliers) s'attendent à une catastrophe dans le tourisme à Marrakech, certains comme le ministère du tourisme ou l'office des changes continuent à gonfler les rangs des éternels optimistes
Photo P.Verger
La crise a bien frappé le Maroc en 2011 tant avec la récession mondiale qu'avec les printemps arabes et l'attentat de Marrakech. Les professionnels qui sont sur le terrain ont vu la réalité leur tomber dessus alors que les pouvoirs publics jouaient avec des chiffres venant de sources toutes contradictoires qui faussent chacune de leurs statistiques. Ces administrations qui restent dans un optimisme démesuré, ne collant pas à l'actualité, et ignorent les plaintes des professionnels ne voient pas, ou ne veulent pas voir, dans quel désarroi se trouve la profession hôtelière. Quand on ne veut pas voir cette réalité, alors le choc arrive sans s'être auparavant préparé et on ne sait pas comment y répondre ni comment résoudre le problème. Le dernier clash en date est arrivé avec la bombe envoyée par 21 hôteliers de Marrakech qui au cours d'une réunion le 26 janvier ont déclenché l'alarme avant de devoir fermer leurs hôtels. Ce sont quelques 21 hôtels de 4 et 5 étoiles qui se trouvent au bord du gouffre et sinistrés par la crise. Ce sont aussi quelques 5.500 employés qui risquent de se retrouver au chômage. Ces professionnels, non seulement ont subi la crise, mais aussi la baisse des prix, l'augmentation des charges, de l'eau, de l'électricité et des télécommunications. En 4 ans leur taux de remplissage est passé de 70% à seulement 25 %, alors que leur point mort se situe à 40%. Ajouté à leur dette ils ne peuvent plus affronter une année 2012 qui, selon les prévisions, s'annonce très dure.
Les autorités vont-elles entendre ?
Ces hôtels sinistrés demandent aux pouvoirs publics de les entendre pour qu'ils interviennent rapidement avant le dépôt de bilan, ou la fermeture définitive. Ils veulent, pour être plus précis, que l'état se pose en médiateur auprès des banques, la sécurité sociale, la commune et les impôts afin de solutionner cette situation de crise. Leur demande est basée sur l'aide accordée au secteur du textile et une réduction de la TVA de 5%. De plus ils aimeraient une intensification de la promotion touristique et une réorganisation de l'ONMT dont ils jugent les méthodes archaïques. Toutes ces demandes seront consignées dans un rapport qu'ils vont soumettre au Wali avant, peut-être, d'en venir à d'autres manières pour se faire entendre. Rappelons que ce n'est pas seulement ces hôteliers qui souffrent du manque de touristes mais aussi les autres catégories comme les maisons d'hôtes déclarées, qui payent des taxes, des impôts alors que d'autres sont toujours dans l'illégalité. C'est aussi les artisans, les commerçants et toute une économie qui risque à terme d'exploser. Il faut également souligner que le Maroc ne détient que 6 mois de vie en devises et que le meilleur moyen d'en apporter c'est le tourisme. L'alerte est donnée, les feux sont plus qu'à l'orange, et espérons que le nouveau gouvernement entendra cette profession qui représente 35% du PIB.
Pierre Verger (www.lepetitjournal.com/marrakech.html) lundi 6 février 2012



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