Manille

DEVELOPPEMNENT- L’eau à Manille : quels enjeux pour le futur ?

La mégalopole manillaise recense 24 millions d'habitants, ce qui fait d'elle la région la plus peuplée des Philippines, et la 6ème région la plus peuplée du monde. La zone urbaine de Metro Manila ne cesse de s'étendre pour loger une population dont le taux de croissance atteint 1,8% par an entre 2000 et 2010. Les villes situées entre Mandaluyong et Manille, sur une distance de 10 km environ, comptent aujourd’hui 650 habitants par hectare. Face à une telle expansion et à une telle densité de population, comment les autorités parviennent-elles à gérer la question de l’eau ?

La problématique question de l’accès à l’eau

Comme de nombreux secteurs aux Philippines, la distribution de l’eau est entièrement privatisée à Manille.

Des concessionnaires privés gèrent ainsi 4000 millions de litres d'eau brute par jour (dont 100 millions de litres prélevés à Laguna Bay). La distribution de l'eau et l'assainissement sont gérés par 2 concessionnaires privés :

- MWCI – la Manila Water Company Inc. (zone est de Manille)

- MWSI – la Maynilad Water Services Inc. (zone ouest de Manille)

La MWSI alimente environ 7,2 millions d'habitants de 16 villes et communes avec plus de 955 000 branchements d'eau en 2013. La MWCI alimente quant à elle près de 6,2 millions d'habitants de 23 villes et communes.

Dans le cadre de cette gestion privée, l'accessibilité à l'eau se pose d’abord en termes économiques. Pour les compagnies investies dans ce domaine, il est en effet avant tout question de tarifs. Mais avec un tarif moyen de 31 pesos (0,58 €) par mètre cube d'eau (1000 litres) et une consommation moyenne d'eau à Manille à 300 litres par personne et par jour, comment font les classes défavorisées pour avoir accès à l'eau ?

L'accès des personnes défavorisées à l'eau à Manille est assuré par différents moyens, y compris via des mesures adoptées par les 2 concessionnaires. La MWCI a adopté une approche consistant à raccorder les communautés plus pauvres grâce à un branchement muni d'un compteur collectif unique pouvant mesurer la consommation de 100 foyers.

Une ONG locale située dans la zone desservie par la MWSI, Streams of Knowledge, fournit l'eau, achetée à la MWSI à des tarifs réduits ; les recettes sont collectées auprès des communautés.

Après 18 années de concessions, les services des eaux à Manille se classent parmi les meilleurs des pays en développement à l’échelle de l’Asie. Ils assurent une couverture quasi-totale, avec un service 24h sur 24, 7 jours sur 7, une bonne pression de distribution en tout point du réseau et une qualité d'eau conforme aux standards imposés par le gouvernement (es cas de diarrhées ont ainsi chuté de 15 à 4 pour 1000 en 10 ans).

Mais les projections de la demande en eau atteignent 4500 millions de litres par jour en 2020 et 6412 millions pour 2037 ! Comment les distributeurs pourront-ils faire face à une telle demande ?

D’autres problèmes se posent également, principalement liés aux impacts du changement climatique.

Les effets du réchauffement climatique

Malgré toute l'eau que reçoivent Manille et les Philippines, grâce au climat tropical, la ville se trouve en effet aujourd’hui dans l’œil du cyclone du changement climatique : Manille est classée comme la 2ème ville la plus vulnérable au monde face au réchauffement climatique.

La gestion de l’eau pourrait en être largement affectée dans les prochaines années.

Paradoxalement, il pourrait y avoir à la fois une hausse des précipitations durant la saison des pluies et des sécheresses en été.

La hausse des précipitations pourrait atteindre 500 mm/an dans les zones se situant près de la mer lors de la saison des pluies, soit 10 à 15 % de plus qu’actuellement. Ce phénomène serait naturellement accompagné d'une augmentation des inondations dans les bassins des rivières (de Pasig-Marikina par exemples) ainsi que dans les zones littorales.

Manille deviendrait, dans le même temps, de plus en plus vulnérable aux sècheresses, surtout durant les mois d'été, entre mars et juin, où la température augmenterait annuellement de 1,8°C. Comme le déclare Arjun Thapan, président de WaterLinks, il serait "préférable pour Manille d'envisager un risque de sécheresse plus importante pour les années à venir". Le débit d'étiage (niveau) des rivières devrait baisser jusqu’à 14 m/s pour la Pasig, par exemple, alors que son débit actuel est de 33 m/s.

Ces changements climatiques impactent directement l’accès à l'eau à Manille. L'augmentation de la température dans l'air réduit largement la disponibilité de l'eau en accélérant l’évaporation. Les demandes et les besoins en eau augmentant également dans le même temps de manière drastique, le problème de l’accès à l’eau risque d’être un enjeu majeur pour la mégalopole de Manille dans les années à venir.

Même si nous n’en sommes pas encore là aujourd’hui, pensez à fermer vos robinets !

Julien RAGUIN et Keanu FAYNOT (2nde - LFM) (www.lepetitjournal.com/manille) mercredi 19 avril 2017

 

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