Manille

PORTRAITS DE FEMMES - Une courtisane héroïque

Quel est le plus dangereux animal du monde ? L’être humain. Pourquoi ? Du fait de son égoïsme. Boule de Suif, héroïne éponyme de la nouvelle de Guy de Maupassant plusieurs fois portée à l’écran nous donne cependant aujourd’hui encore une leçon d’espoir. Courtisane de la petite bourgeoisie que tout destinait à n’être que méprisée, elle se révèle être une véritable héroïne.

Une femme bonne quoique méprisée

Premièrement, Boule de Suif est une courtisane : elle est une femme "en chair", éclatante de santé, mais elle n’est, dans le regard des autres personnages, qu’un vulgaire objet de consommation, convoité par les hypocrites censeurs bourgeois, jalousé et méprisé par leurs épouses, tout aussi hypocrites. Tout au long de son histoire, elle est décrite par un homme à travers le champ lexical de l’alimentation : elle est présentée comme délicieuse et appétissante.

Mais cette jeune femme se soucie des autres : elle est naturellement bonne et altruiste. Elle partage sa nourriture avec ses compagnons de voyage qui sont affamés : "L’appétit grandissait, troublait les esprits ; et aucune gargote, aucun marchand de vin ne se montraient. (…). Boule de Suif en sortit une vaste terrine dans laquelle deux poulets entiers, tout découpés, et l’on apercevait encore dans le panier des pâtes, des fruits, des friandises. (…) Elle proposa aux bonnes sœurs de partager sa collation." Sachant que l’intrigue se déroule entre la fin du second Empire et le début de la 3e République, lors de la première guerre franco-prussienne de 1870, on peut considérer cet acte comme d’autant plus méritoire : "Les Prussiens allaient rentrer dans Rouen. (…) l’approche des Prussiens et des troupes françaises affamées ayant effrayé toutes les industries."

Une courtisane héroïque

Deuxièmement, Boule de Suif est très courageuse : elle est patriote et elle refuse d’obéir aux ordres d’un officier allemand qui exige qu’elle couche avec lui et menace ses compagnons de voyage de ne pas les laisser partir s’il elle n’accepte pas. La femme de petite vertu s’avère donc un modèle de vertu !

Néanmoins elle est finalement obligée de céder sous la pression de ses compagnons de voyage, égoïstes et prêts à tout pour leur propre intérêt. Alors qu’elle refuse longuement de coucher avec l’officier allemand, "l’ennemi", elle finit par se sacrifier en couchant avec lui pour sauver ses compagnons. C’est d’ailleurs une religieuse qui la convainc de "se donner" à l’ennemi : "Mais chaque parole de la sainte fille en cornet faisait brèche dans la résistance indignée de la courtisane."

Le courage et la vertu ne sont pas toujours là où on les imagine !

Boule de Suif est une femme bonne et courageuse, patriote et héroïque. Elle a un cœur d’or car elle se sacrifie pour ses compagnons, pourtant vils et lâches. Elle est méprisée mais elle est l’incarnation de la beauté intérieure et nous apprend toujours aujourd’hui, que ce qui compte est non la première de couverture (les apparences) mais le contenu du grand livre (notre humanité). Les gens respectables ne sont pas toujours ceux qu’on croit !

Jacques CAPOT, Antoine de LUMLEY, Alvaro SANZ (4ème – LFM) (www.lepetitjournal.com/manille) vendredi 7 juillet 2017

ILLUSTRATIONS

Image 1 : Micheline Presle dans le rôle de l’héroïne du film "Boule de suif" de Christian-Jacque (1945)

Image 2 : frontispice d’une édition ancienne

 

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