Manille

LITTERATURE – Des mots contre le racisme

"Le reflet" de Didier Daeninckx est une nouvelle qui met un scène le personnage d’un richissime vieillard américain, aveugle de naissance, colérique et violent, mu dans toutes ses actions par un indéfectible racisme.

Son aversion pour les noirs contrôle jusqu’à sa passion pour l’opéra : les enquêteurs "aryens" à sa solde sont ainsi chargés de contrôler l’origine des musiciens qu’il engage.

Tout bascule lorsqu’un médecin l’informe qu’une récente découverte scientifique lui permettrait de recouvrer la vue. L’opération est programmée. "On fit venir à grands frais la sommité et son bloc opératoire. Le vieux se coucha de bonne grâce sur le billard et s’endormit sous l’effet du Pentothal."

Les élèves de 4ème du Lycée français de Manille vous proposent 7 fins différentes à ce récit. Mais laquelle vous apparaîtra comme la plus convaincante ? Découvrez la semaine prochaine la fin réelle imaginée par l’auteur. En attendant, très agréable lecture !...

FIN N° 1

Alors, le docteur, d’un rapide geste de la main, contrôla ses instruments : un petit scalpel, une dose supplémentaire d’anesthésiant (au cas où le vieux se réveillerait), une pincette et divers objets minuscules et très précis. Il prit le scalpel et entreprit de couper la peau du vieux à proximité de l’œil droit. Il fit de même avec l’œil gauche. Après avoir soigneusement déplacé les bouts de peau, il épongea le sang avec un tissu imbibé d’alcool. Le vieux frémit mais ne se réveilla pas. Alors, avec des précautions infinies, le toubib prit sa pincette et commença à modifier les muscles et les chairs internes de l’œil du vieux.

Il en avait fini avec l’œil droit quand le vieux se réveilla en hurlant et en balançant ses bras en tous sens. La paume de sa main vint frapper le flacon d’anesthésiant qui se brisa sur le sol. Incontrôlable, il attrapa le scalpel et se l’enfonça dans l’œil, comme pour en chasser la douleur. Le sang se mit à gicler. Il retira le scalpel, toujours en gueulant, mais cela ne fit qu’empirer les choses. Une mare de sang se formait désormais sur le sol. Soudain, il retomba sur le lit en tremblant, et, secoué de spasmes, se mit à cracher du sang. Il se calma enfin d’un coup et s’arrêta tout à fait de bouger.

Encore sous le choc, le toubib s’approcha, et porta la main sur le cœur du patient. Il ne battait plus. Le vieux était mort.

FIN N° 2

Le médecin, secondé par un assistant qu’avait choisi l’aveugle, prit ses instruments, s’approcha du bourgeois et l’opération débuta. Pendant ces quelques heures, la maisonnée aurait pu se reposer mais une inquiétude envahissait tous les esprits : "Commet allait-il réagir à son réveil ?"

L’opération se déroula comme prévue : le médecin analysa le problème et assez facilement, avec l’aide de son assistant, le résolut. Le bourgeois se réveilla et pour la première fois de sa vie, vit le médecin et son entourage. Il sortit changé de la chambre d’opération, pus heureux, apaisé, moins violent et autoritaire. Il observa son magnifique château, ses dorures, ses tentures et puis ses miroirs…

Là, il ne se reconnut pas, impossible ! Quelle horreur ! Il essaya de se convaincre qu’i y avait un problème mais finit par comprendre que tout ce qu’il avait toujours détesté, soumis et maltraité n’était autre que lui-même. Il était noir !

Il ne put se faire à l’idée de vivre ainsi et se jeta par la première fenêtre ouverte qu’il rencontra.

FIN N° 3

Alors que dans le bloc commençait son opération, le malade lui vivait un véritable rêve. Le doux plaisir qui l’accompagnait durant son sommeil lui fit ressentir une joie intérieure immense, un sentiment qu’il n’avait éprouvé depuis qu’il avait décidé de ne plus dormir. Cet apaisement était pourtant bien difficile à imaginer lorsque l’on observait la scène : l’intégralité de la tête du patient était en sang et ses yeux révulsés causaient aux médecins une extrême pression.

L’opération dura trois heures. Soudain tout s’éclaircit : le vieil homme ouvrit les paupières et un flot de lumière inconnue l’envahit. Mais il était complètement perdu, il ne reconnaissait rien. Toutes ces couleurs et ces formes lui étaient étrangères. Il baissa la tête et vit ses mains, elles étaient noires, comme ses pieds qui dépassaient du drap, et le peu de son poitrail qu’il arrivait à apercevoir : tout était noir.

Pendant si longtemps, il avait discriminé sa propre communauté, l’ethnie qui s’avérait la sienne. Le d’espoir l’envahit ; il éprouvait une rage, immense. Il se haïssait lui-même, il était perdu. Il prit alors le scalpel et se trancha la gorge. Il espérait ainsi retrouver l’obscurité qu’il avait toujours connue et ne pas vivre avec la honte que porterait sur lui la couleur de sa propre peau.

FIN N° 4

Insensible à l’anesthésiant, le vieux se réveillait toutes les cinq minutes mais insistait, malgré sa souffrance, pour qu’ils poursuivent l’opération tant intense était son désir de reconnaître les noirs avec ses propres yeux.

Cinq heures plus tard son toubib déclara que l’opération était finie et réussie mais qu’il devait attendre le lendemain pour ouvrir les yeux.

Le soir même, il appela l’opéra de la ville pour commander quelques musiciens et fêter en musique la réussite du traitement. Quand les musiciens arrivèrent, le vieux remarqua qu’un violoniste supplémentaire jouait, dont il ne reconnaissait pas la sonorité.

- Qui est donc ce nouveau violoniste ? cria-t-il, interrompant le spectacle.

- Je suis Français, soliste de renom, et me suis joint à l’orchestre pour la fête.

Le vieux, qui avait un doute et pensait avoir reconnu la voix d’un noir, oublia la recommandation de son toubib : il ouvrit les yeux pour le frapper… et il s’effondra sur le sol.

FIN N° 5

Une fois l’opération terminée, le médecin lui dit d’ouvrir les yeux. Le vieux était impressionné par tout son entourage. Les dessins, les couleurs les formes et même les hommes. Il voyait encore flou, mais sa vue s’ajusta de jour en jour.

Hélas, depuis le début de sa vie il croyait être aimé de son personnel et il remarquait maintenant que dès qu’il avait le dos tourné, les belles paroles faisaient place aux moqueries, que sa demeure était mal entretenue, que les domestiques le volaient et invitaient même en douce leurs amis chez lui : on le ridiculisait et l’humiliait sans cesse. Aux yeux de nombreuses personnes il n’était qu’un riche ignare : il ne connaissait rien au monde et devait encore toucher les objets pour les reconnaître.

Il fut si bouleversé de découvrir l’hypocrisie de ses gens, si frustré de se sentir ignorant qu’il perdit progressivement tout envie de vivre : il ne s’intéressait plus ni à l’opéra ni aux divers arts qui l’avaient jusqu’alors passionné.

Poussé par la douleur, il se résolut enfin à sauter du quatrième étage de son manoir.

FIN N° 6

Après plusieurs heures d’opération, le médecin fut enfin satisfait et il la considéra comme une réussite. L’aveugle se réveilla enfin. Ses yeux étaient encore couverts de cotons. Il était nerveux. Son cœur battait avec une cadence extrême.

Le médecin annonça que tout était prêt : le vieux allait retrouver la vue. Il hocha la tête pour lui dire qu’il était prêt. Le médecin commença alors un décompte. Quand il arriva au chiffre zéro, l’homme ne sentit plus les cotons sur ses yeux. Le noir devint blanc et doucement, les choses lui apparurent. Les dimensions, les formes et les couleurs devinrent progressivement visibles.

Le vieux commença à pleurer et bientôt des larmes coulèrent en cascades sur ses joues. La première chose qu’il vit était une personne. C’était définitivement un homme car il portait une barbe et que les traits de son visage étaient emprunts de virilité. Le vieux le regarda avec une telle fascination qu’il le fit rougir. Il le trouva beau, mais pourquoi vouloir ainsi le déclarer à un inconnu ?

Il avait une peau foncée, des cheveux crépus et des lèvres ourlées. Le vieux haleta. C’était un noir.

FIN N° 7

Le médecin prépara ses outils. La mère de l’aveugle assistait à l’opération : elle vit le chirurgien ouvrir le crâne de son fils, traficotant avec des instruments métalliques les nerfs visuels qui ressemblaient à d’étranges fils de soie reliant les yeux au cerveau.  Les yeux de l’aveugle étaient d’un blanc jaune avec une minuscule pupille noire.

Au fur et à mesure que l’opération avançait, le médecin transpirerait davantage. Il ordonna donc d’allumer la climatisation. Mais ses mains continuaient tout de même à trembler, de plus en plus moites, et son visage blanc tournait au rouge cramoisi.

Inquiète la mère demanda :

- Tout se passe bien, monsieur le docteur ?

- Vo… votre fils ne retrouvera jamais la vue normalement… lâcha-t-il, très inquiet.

A ces mots, la mère sortit du bloc et s’effondra en larmes, poussant, de temps à autres, des petits hurlements de rage.

L’opération finie, le médecin accompagna le patient jusqu'à sa mère. Cette dernière vit que son fils n’avait point besoin de canne pour avancer et laissa échapper un cri perçant de joie.

Le patient plaça alors ses mains étendues de chaque côté de son corps, comme s’il voulait retrouver son équilibre.

- Qu’est-ce que vous lui avez fait ! maugréa la mère…

Alors le fils s’écroula et ne parvint à se relever. Le médecin s’éclaircit la gorge et dit, d’une voix lente et tremblante :

- Votre fils… voit le monde à l’envers.

Par ordre de présentation Mathilde LEGODEC, Solène MOUCHEL, Timothée REBER, Daniel CONTRACTOR, Antoine DE LUMLEY, Kalma JOEBHAAR et Auguste LEMOUCHOUX (4ème – LFM) (www.lepetitjournal.com/manille) vendredi 26 mai 2017

Didier Daeninckx, « Le Reflet », in Main courante, 1994, Éditions Verdier

 

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