Manille

PORTRAIT – Laurent Estrade nous présente le service économique de l’ambassade de France

Le lundi 6 février dernier, nous avons rencontré le nouveau conseiller économique de l’ambassade de France aux Philippines, Laurent Estrade. Retour sur son parcours personnel et les missions de son service.

lepetitjournal.com/manille : Quels ont été vos études et votre parcours professionnel ?

Laurent Estrade : Je suis diplômé de HEC. J’ai travaillé quelques années dans le secteur privé puis, par le hasard de la vie, j’ai décidé d’intégrer l’administration française. Après avoir été coopérant en Yougoslavie, j’ai intégré Bercy (ministère de l’Economie et des Finances). Mon premier poste m’a mené au Koweït, puis en Indonésie où je suis resté 6 ans. J’ai beaucoup travaillé dans des pays en développement, par goût pour les activités de terrain, au contact des entreprises. De 2007 à 2010, j’ai été chef du service économique de l’ambassade de France au Bangladesh. De 2010 à 2014, j’ai exercé les mêmes fonctions au Guatemala, en charge des pays d’Amérique centrale : le Costa Rica, le Honduras, le le Nicaragua et le Salvador J’ai également travaillé au Mozambique au sein de l’Agence française de développement qui met en œuvre l’aide publique au développement de la France. De 2014 à 2016, je suis retourné au ministère de l’Economie et des finances à Paris où j’exerçais des fonctions sur nos relations économiques avec l’Afrique subsaharienne. J’ai pris les fonctions de chef du Service économique de l’ambassade de France aux Philippines en septembre 2016.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir conseiller économique ?

Pour faire ce métier, il faut avoir le goût de l’international : vivre et travailler dans des environnements économiques et culturels nouveaux, dépaysants. Je suis très intéressé par la pratique des langues étrangères : j’ai essayé d’apprendre les langues dans les différents pays dans lesquels j’ai exercé mon métier. Un autre aspect du métier de conseiller économique, c’est une activité de service public en lien avec le monde de l’entreprise et le développement des intérêts économiques français à l’étranger.

Pouvez-vous justement préciser quelles sont les missions et le fonctionnement du service économique d’une ambassade de France à l’étranger ?

Le réseau des 133 services économiques des ambassades françaises dans 112 pays différents à travers le monde dépend de la Direction générale du Trésor du ministère de l’Economie et des Finances.

Le service économique d’une ambassade est un service du ministère des Finances placé sous l’autorité de l’Ambassadeur de France. Le service économique d’une ambassade est chargé de conseiller l’ambassadeur, de promouvoir les intérêts économiques de la France et de ses entreprises, en particulier pour les grands projets et d’analyser la mise en œuvre des politiques dans les domaines financier, économique, de l’environnement des affaires et de la réglementation des activités bancaires et d’assurances. Il suit également les principales négociations commerciales avec du pays avec l’Union européenne.

Le métier est assez différent suivant qu’on l’exerce dans un pays développé ou dans un pays en développement. J’ai beaucoup exercé dans les pays en développement où notre valeur ajoutée me paraît plus concrète et visible, notamment pour le soutien au développement de l’activité des entreprises françaises. Nous sommes amenés à y jouer davantage les intermédiaires. Les activités sont équilibrées entre le travail d’analyse pour l’administration  et l’activité plus concrète de soutien aux entreprises.

En quoi consiste donc précisément votre métier de conseiller économique aux Philippines ?

Le métier de conseiller économique se décline en trois tâches principales :

- analyser des situations économiques et établir des prévisions ;

- soutenir des entreprises à l’international ;

- suivre les négociations commerciales.

Le service économique de Manille est composé de quatre personnes : moi-même, une adjointe française, une assistante philippine et un chauffeur.

Nous suivons l’évolution des grands indicateurs économiques : croissance, inflation, commerce extérieur… Nous analysons les forces et les faiblesses de l’économie philippine. Ces informations sont utiles à l’administration française : elles permettent de mieux mesurer les opportunités et les risques pour les intérêts français dans un pays. Aux Philippines, la situation économique est très favorable avec des risques modérés ; il s’agit d’une économie qui se porte bien. Ces informations sont également utiles pour les entreprises françaises.

Les infrastructures de transport et des nouvelles technologies sont très insuffisantes aux Philippines. Il y a là des opportunités d’affaires importantes pour nos entreprises. Historiquement, les Philippines ne sont pas un partenaire économique majeur pour la  France ; la présence de nos entreprises a néanmoins fortement augmenté au cours des dernières années et cette tendance va se poursuivre.

Le service économique peut également apporter des financements directs du ministère de l’Economie et des Finances pour des études ou des projets. Par exemple, Aéroport de Paris a réalisé une étude pour le développement d’un nouvel aéroport international à Clark, au nord de Manille. Cette étude, d’un montant d’un million d’euros, a été un don de du gouvernement français au ministère des Transports philippin.

Quels sont les grands projets sur lesquels travaille actuellement le service économique de l’ambassade de France aux Philippines ?

Trois secteurs principaux sont aujourd’hui porteurs pour les entreprises françaises :

- les transports : infrastructure routières, transports urbains, projets d’aéroports… (notons au passage qu’Airbus est aujourd’hui le premier fournisseur des compagnies aériennes philippines, engageant des collaborations techniques entre les autorités françaises et philippines) ;

- l’énergie, et en particulier les énergies renouvelables ;

- les télécommunications et les nouvelles technologies.

Dautres secteurs d’activités retiennent également toute notre attention : (qui est également un secteur en forte croissance aux Philippines) : médicaments, vaccins, haute technologie pour les hôpitaux (notons que, malgré un partenariat historique avec les Etats Unis, le secteur de la santé s’ouvre aujourd’hui aux entreprises françaises) ;

- les exportations, notamment agroalimentaires.

Un exemple de projet récemment attribué à des entreprises françaises : le prolongement de la ligne de métro aérien LRT1 qui a été confié à Bouygues, Alstom et RATP Développement.

L’activité économique philippine est fortement dominée par quelques grands groupes privés philippins : les partenariats avec ces groupes sont donc essentiels. Au 2ème semestre 2017, nous organisons la venue d’une délégation d’une vingtaine d’entreprises françaises (basées en France ou dans des pays asiatiques voisins) autour de grands projets d’infrastructures aux Philippines afin de développer les partenariats et les marchés. Il s’agit d’une action partenariale avec le MEDEF international. Le programme prévoit des rencontres avec l’administration philippine (ministères des Transports, de l’Energie, des Finances,…) et avec des représentants de grands groupes privés philippins.

Travaillez-vous en relation avec d’autres organisations françaises aux Philippines, comme la Chambre de Commerce et de l’Industrie ?

La CCI franco-philippine compte environ 140 membres : des entreprises françaises implantées aux Philippines et des entreprises philippines ayant des relations avec la France. Sa mission principale est d’organiser des séminaires ou des forums sur des thèmes économiques qui peuvent intéresser ses membres. Elle met également à disposition des locaux pour héberger temporairement des entreprises qui souhaitent s’implanter aux Philippines. Elle travaille en partenariat avec Business France,agence publique pour le développement international des entreprises françaises, qui vise à mettre en relation des PME françaises avec des partenaires philippins dans la perspective de la ventes de produits et de services sur le marché philippin.

Le chef du service économique n’a pas d’autorité directe sur ces opérateurs, mais s’assure que tous travaillent en complémentarité : il assure un rôle de coordination, sans autorité institutionnelle.

Revenons pour finir à des questions plus personnelles : quelle est la durée prévue de votre séjour aux Philippines et quelles sont vos premières impressions de Manille ?

La durée de séjour est variable de 3 à 5 ans avec une moyenne de 4. Jusqu’à présent, j’ai effectué des séjours entre 3 et 4 ans dans mes différents postes.

Nous venons d’arriver en famille aux Philippines. Je ne suis là que depuis 6 mois, mais mon impression est favorable. La situation économique est très porteuse pour les entreprises françaises dans un contexte de forte croissance et en raison de la priorité donnée par l’administration philippine aux grands travaux d’infrastructures.

Vivre à Manille présente des contraintes d’un point de vue de la vie au quotidien notamment sur le plan de la mobilité. Néanmoins, ce poste à Manille répondait à notre désir de revenir en Asie du sud-est : c’est une région du monde qui nous plait particulièrement.

Salomé IFF et Selma MOUCHEL (www.lepetitjournal.com/manille) lundi 10 avril 2017

 

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