Manille

POLITIQUE – Les droits de l’homme en question…

La question des droits de l’homme s’invite une nouvelle fois dans le débat politique philippin : nouvelles déclarations du président sur les meurtres extra-judiciaires, nouvelle attaque du témoin clef des  "escadrons de la mort" de Davao, et annonce des débats à venir sur la réforme constitutionnelle et une éventuelle restauration de la peine de mort aux Philippines…

Le président Duterte face à la question des meurtres extra-judiciaires

Alors qu’en toute fin d’année dernière il avait présenté des excuses officielles pour les victimes innocentes tombées sous les balles croisées de sa guerre contre la drogue (considérant les enfants morts dans ce cadre comme des "dommages collatéraux"), prétendant n’apporter aucun soutien aux meurtres extra-judiciaires et mener des enquêtes sur ces exactions, le président a réaffirmé la fermeté de son administration pour mener à son terme un combat qu’il juge juste et bien engagé.

Il a une nouvelle fois défendu les officiers impliqués dans la mise à mort de suspects dans le cadre d’opérations officielles anti-drogue de la police. Et il a pleinement assumé appuyer sa politique sur un sentiment de peur, nécessaire selon lui au respect de la loi.

"Si vous voulez que les meurtres cessent aux Philippines, les Philippins et les étrangers doivent mettre un terme au marché et à la consommation de la drogue. Si le problème de la drogue cesse, tout rentrera dans l’ordre. Notre gouvernement pourra se concentrer sur d’autres dossiers."

Plus que le nombre de morts liés à sa "guerre contre la drogue" (considéré aujourd’hui par plusieurs observateurs comme supérieur à 6000 personnes), le président retient les résultats très positifs obtenus par cette campagne et se félicite de la baisse parallèle du taux de criminalité (concernant par exemple le viol ou le vol).

Dans le même temps, alors que le sénateur Richard Gordon, porte-parole de la commission du sénat chargée de la justice et des droits de l’homme, avait déclaré qu’aucune preuve n’avait pu être apportée qui aurait permis de faire un lien entre les meurtres extrajudiciaires commis dans le cadre de la campagne anti-drogue et une quelconque "commande" de l’Etat philippin, et alors qu’il avait également démenti l’existence des escadrons de la mort de Davao, et plus particulièrement toute collaboration de l’ancien maire de Davao avec des groupes de vigilance armés, l’un des principaux adversaires du président sur ces questions, Edgar Matobato, qui s’est livré comme un ancien membre des  "escadrons de la mort" de Davao, a réaffirmé, dans une interview exclusive accordée au Philippine Daily Inquirer, l’implication personnelle du président Rodrigo Duterte dans la politique de meurtres extra-judiciaires mise en œuvre dans cette ville, alors qu’il en était maire. Edgar Matobato prétend en effet avoir vu de ses propres yeux l’actuel président philippin tuer 8 personnes entre 1998 et 2000.

Témoin dans le cadre des auditions menées l’année dernière par le sénat sur les meurtres extra-judiciaires, Edgar Matobato avait déjà affirmé, sous serment, que le président Rodrigo Duterte et son fils avaient ordonné le meurtre de criminels et d’ennemis politiques à Davao. Le ministre Martin Andanar avait alors rejeté ces allégations pour défaut de preuve.

Des projets législatifs controversés

Lors de la réouverture de la session parlementaire, le 17 janvier prochain, deux dossiers placeront également la question des droits de l’homme au cœur des débats : la révision constitutionnelle et le projet de restauration de la peine de mort.

Pour travailler sur un projet de constitution plus fédéraliste et plus libérale, telle que l’a souhaitée le président Rodrigo Duterte, la commission d’experts, annoncée dès le mois de décembre par Salvadore Medialde, devrait être réunie dans les jours à venir. On annonce que les 25 membres qui la constituent devraient être directement nommés par le président lui-même.

Le projet de loi permettant de restaurer la peine de mort aux Philippines (pour 21 crimes considérés comme particulièrement atroces, dont le meurtre, le viol, l’enlèvement, la possession et la vente de drogues illégales, le pillage…) n’a cessé, durant tout le mois de décembre, de soulever des oppositions et des inquiétudes à la fois sur les réseaux sociaux, chez certains élus libéraux, au sein de l’Eglise philippine et à son plus haut niveau, et dans les principales institutions internationales.

Le parlementaire Edcel Lagman, ainsi que quelques collègues, viennent d’avancer un nouvel axe argumentaire pour s’opposer à ce projet : la restauration de la peine de mort aux Philippines risquerait de remettre en cause les aides de l’Union européenne accordées dans le cadre du SGP+.

Ce Système général de préférences permet de bénéficier d’une franchise de droits pour l’entrée en Union européenne d’environ 7.200 produits en provenance de pays vulnérables acceptant les principales conventions internationales relatives aux questions sociales, aux droits humains, à la protection de l'environnement et à la gouvernance. Les avantages proposés dans ce cadre sont donc bien conditionnés par la ratification et la mise en œuvre des 16 conventions fondamentales relatives aux droits humains et aux droits du travail, ainsi que 7 conventions (sur 11) relatives à la bonne gouvernance et à la protection de l'environnement.

Les débats s'annoncent donc d'ores et déjà nourris.

La rédaction (www.lepetitjournal.com/manille) vendredi 06 janvier 2017

 
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