Madrid

PASCAL PLISSON - Sur le chemin de l'école : "Je crois que ce film a touché le cœur des gens"

"Sur le chemin de l´école" est un documentaire touchant et poignant sur l´éducation et l´enfance dans le tiers-monde, à travers quatre histoires d´enfants qui doivent parcourir, quotidiennement, des dizaines de kilomètres pour aller à l´école. César 2014 du meilleur documentaire, récompensé dans la même catégorie par l´Académie Francophone du Cinéma (Les trophées francophones), le film, qui sort vendredi 23 janvier en Espagne a été un grand succès commercial en France. Pascal Plisson, son réalisateur, nous a parlé, à Madrid, de cette "leçon de vie" cinématographique. Un film à ne pas manquer

Carmen Pineda,Pascal Plisson,enfants,sortir, cinéma, films à l´affiche, cinéma français,Sur le chemin de l´école,lepetitjournal.com, EspagneLepetitjournal.com : "Sur le chemin de l´école" a remporté un énorme succès. Vous attendiez-vous à un écho pareil ?
Pascal Plisson : On ne s´attendait pas du tout à un succès pareil. Notre objectif était de faire maximum 400.000 entrées en France. C´était déjà un succès pour un documentaire, pour nous, au cinéma. C´est vrai que le film n´a pas très bien démarré et puis, le premier week-end, c´était plein partout ! Ils ont été obligé d´augmenter les salles, les copies… C´est incroyable ! Le film est resté au cinéma de septembre à mai. On gagnait 10% chaque semaine en taux de fréquentation. Je crois que ce film a touché le cœur des gens. Ils ont découvert quatre enfants qui les ont touchés. C´est un film qui s´adresse à la fois aux parents, aux enfants, aux grands-parents, à la famille, aux copains… Moi, j´ai des enfants qui ont vu le film et qui m´ont dit 'il faut que j´emmène des parents le voir. C´est sympa. Et, puis les enfants sont extrêmement identifiés aux protagonistes du film. Ils en ont fait comme des héros d´éducation. Quelque part, ça les a un peu secoués, de voir ces gamins qui sont prêts à tout pour aller à l´école. Jackson (l´enfant du Kenya) est un garçon incroyable. Moi, quand je l´ai rencontré, il m´a dit "J´attendais quelqu´un comme toi pour m´aider à développer mon futur". Et il m´a dit aussi "Ecoute, je suis l´enfant le plus pauvre de l´école, je suis celui qui habite le plus loin, je suis le premier de la classe et donc, viens chez moi, voit comment je vis et fais le chemin de l´école avec moi". Ce gamin m´a surpris. C´est vrai que ce film a déclenché des valeurs fortes d´éducation pour tout le monde et je pense que le succès vient de là. Des films sur l´éducation et sur l´école, il y en a eu plein mais celui-là a marqué les gens.

Qu´est-ce qui différencie vraiment ce film d´autres sur le même sujet ?
Je crois qu´il est extrêmement sincère. Il est très simple. Il n´y a pas de commentaires. On regarde les enfants vivre. C´est eux qui racontent leurs histoires entre eux. Il n´y a pas de point de vue. Je n´ai pas voulu m'exprimer comme narrateur qui parle à leur place. J´ai préféré les laisser parler. C´est un film simple mais qui vous donne des leçons. Donc, on le prend un pleine figure. Ça nous a secoués.

Comment avez-vous choisi les enfants ?
Pour le Kenya, je connaissais le pays (Pascal Plisson a tourné des documentaires au Kénya sur les Massaïs). Après, le producteur et moi, nous avons voyagé dans le monde entier et on a activé notre réseau. On a demandé à nos contacts de nous trouver des histoires dans leur pays avec des chemins d´écoliers très particuliers, de grands voyages. On a récupéré une cinquantaine d´histoires très belles. Mais, je ne voulais pas faire un film catalogue. Je préférais mettre moins d´histoires. J´en ai choisi quatre. Je me suis attaché à des histoires avec des enfants avec lesquels j´ai créé une relation très forte d´amitié. Je les vois toujours. Au Maroc, on parle de l´accès à l´éducation des filles, en Inde des enfants handicapés. Avec Jackson, l´accès de populations très pauvres avec un gamin qui a une motivation incroyable pour mieux vivre. Carlitos qui traverse les montagnes de la Patagonie avec sa petite sœur. C´est vrai qu´on a pris des histoires où il y a un frère et une sœur, deux frères en Inde… Il y a souvent une fraternité très forte. Ça a beaucoup plu aux gens, d´ailleurs.

Un aspect du film qui frappe beaucoup, c´est que malgré les difficultés qu´ont ces gamins pour aller à l´école (parfois, ils risquent même leur vie pendant le chemin), ils ont toujours le sourire.
Oui, c´est vrai. C´est un film qui est très optimiste. C´est pas un film anxiogène, comme on dit, où on insiste, on montre la difficulté. La difficulté, elle est dans l´image. On la voit mais on n´en parle pas. Ces enfants sont très joyeux, quelque part. Pour eux, aller à l´école, c´est un plaisir, même si c´est compliqué. Pour eux, aller vers l´éducation, c´est une chance aussi et donc, ils le prennent avec philosophie. Tous les matins, ils partent à l´aventure. Ils se racontent des histoires, même si, par exemple, pour les enfants en Inde, le fauteuil se casse, ils sont attaqués par des chiens…, ce n´est pas grave, ils y vont quand même parce qu'au bout du chemin, il y a cette éducation qu´ils veulent absolument atteindre.

Dans ce sens-là, que peuvent apprendre les enfants favorisés, de nos pays riches, qui se plaignent souvent d´aller à l´école, en voyant cette leçon de vie ?
Peut-être qu´on a un travail à faire pour essayer de faire en sorte que les enfants aiment à nouveau l´école. Peut-être que le système éducatif est trop restrictif, trop cloisonné. Il y a un manque de liberté, peut-être. Je vois que dans toutes les écoles où je suis allé, dans ces pays-là, c´est très participatif. Et, puis, je trouve que ces enfants-là sont très mûrs pour leur âge. Nos enfants, à nous, n´ont pas forcément un projet de vie. Moi, je vois Jackson qui m´a marqué. A onze ans, il sait que lui, il veut aller à l´école. Il m´a dit qu´il préférais souffrir aujourd´hui sur le chemin de l´école, même en mourir, mais il ne veut pas avoir la vie des parents. Il m´a dit : "Mes parents ne sont pas allés à l´école. Moi, j´ai cette chance. Je veux avoir un métier et aider ma famille plus tard". Ce sont des enfants beaucoup plus mûrs que d´autres au même âge.

Qu´est-ce qu´on peut faire depuis les pays riches pour aider ces enfants ?
Il y a plein d´associations, de fondations qui aident, dans le monde entier, ces enfants. Après, il y a des pays où c´est impossible, car on empêche l´éducation des enfants, pour contrôler la population, comme dans certains pays musulmans intégristes. On empêche, aussi, l´éducation des filles. C´est très compliqué car ça rentre dans le politique, après. Moi, je suis un petit réalisateur. Je raconte une histoire d´enfants qui m´ont touché mais après, ça prend des dimensions qui ne me concernent plus. En tout cas, parmi les enfants qui ont vu le film en Occident, en Europe, je sais qu´il y a plein de gamins qui ont changé de comportement.

Comment a été l´expérience de tourner avec des enfants qui ne sont pas des acteurs ?
Moi, j´adore ça. C´est une question de confiance. La seule indication était de ne pas regarder la caméra. C´était "vivez votre vie, soyez comme tous les jours". Et puis, nous, nous étions seulement une équipe de trois. On avait aussi une vie avec eux, à côté du film. On jouait avec eux au football, on mangeait, on plaisantait… On est devenus des amis. La caméra pour eux ne représente rien car ils n´ont jamais vu de cinéma. Je ne leur montrais jamais d´images pour qu´ils ne se voient pas.

Qu´est-ce qu´ils deviennent maintenant Carlitos, Jackson, Zahira et Samuel ?
On les aide beaucoup. On prend en charge leur éducation. Pour cela, on a créé une association. Jackson a passé des examens, il va entrer dans un très bon collège au Kenya. C´est un élève exceptionnel. Il fait partie des 5.000 premiers élèves en termes de résultats, pour entrer au collège. Il a un avenir intéressant.

Pourquoi vous intéressez-vous toujours aux pays en développement ?
J´ai toujours voyagé. Ma vie parisienne ne m´intéresse pas. J´aime bien partager la vie des gens dans des pays un peu compliqués. J´aime beaucoup la nature. J´ adore la sincérité, la vie de ces gens-là, car elle est à la fois simple et compliquée, mais ils ont un cœur énorme. J´adore les enfants. C´est par passion que je fais ça. Je ne suis pas quelqu´un de la ville. J´aime mieux la nature.

Parmi les différentes histoires du film, quelle est celle que vous trouvez la plus compliquée ?
La situation de Samuel est compliquée parce qu´il est très dépendant de ses frères, à cause de son handicap. Plus il va grandir, plus ça va être difficile car les frères auront leurs vies à eux. On essaie de le suivre mais, bon, on ne peut pas gérer leur vie. On aide mais ils ont aussi leur destin.

Quel est votre prochain projet ?
Je viens de terminer le tournage d´un film. Il sortira en septembre en France. Il s´appelle "Le grand jour". Je continue avec des enfants. C´est l´histoire d´enfants qui ont des passions, souvent dans des pays compliqués aussi. C´est un peu le prolongement de "Sur le chemin de l´école". Ces enfants font tout pour accéder à leurs rêves. Ils sont confrontés à une journée qui va bouleverser leur vie : soit un combat, une audition, un concours… Il y a un petit boxeur à Cuba, un petit garçon en Ouganda, une petite fille en Mongolie, une jeune fille en Inde. Je reste aussi dans l´éducation.

Il semble que pour tous ces enfants, l´éducation soit la seule voie pour échapper à la misère.
Exactement. Par exemple, le boxeur à Cuba rêve de rentrer dans la plus grande académie de boxe (c´est un sport-étude) mais ses parents sont pauvres et il faut qu´il gagne un combat. Donc, comme il y a une sélection, il se prépare à ce combat où il aura neuf minutes pour changer son destin. Pareil pour la jeune fille en Inde, surdouée pour les mathématiques. Son père est très pauvre et elle prépare un concours pour une formation gratuite à polytechnique. Il y a 10.000 élèves et on en prend 30. Si elle réussit, elle change de vie. Ils se préparent au "grand jour". C´est leur espoir.


Carmen PINEDA (www.lepetitjournal.com - Espagne) Vendredi 16 janvier 2015

Carmen Pineda,Pascal Plisson,enfants,sortir, cinéma, films à l´affiche, cinéma français,Sur le chemin de l´école,lepetitjournal.com, EspagneMembre-électeur de l´Académie Francophone du Cinema (Association des trophées francophones du cinema) qui décerne chaque année dix prix dédiés au cinema des pays de la francophonie. Collaboratrice comme critique de cinéma dans plusieurs magazines : "Estrenos", "Interfilms" et "Cinerama". Envoyée spéciale à des festivals de cinéma en France pour les journaux "Diario 16" et "El Mundo". Jury du Prix du CEC (Círculo de Escritores Cinematográficos) au Festival international de Cinéma de Madrid (1997). Actuellement membre du CEC et critique dans cinecritic.biz et lepetitjournal.com

 
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