XXII SOMMET IBÉRO-AMÉRICAIN - L’Amérique latine d'égale à égale avec l'Espagne

C'est l'un des corolaires de la crise politico-économique que traverse l'Espagne : freinée dans sa course à la croissance, la neuvième puissance mondiale voit se rapprocher ses anciennes colonies dans la compétition internationale. Vendredi et samedi à Cadix, en Andalousie, une vingtaine de pays d'Amérique latine viendront démontrer leur bonne santé économique aux yeux de la "vieille Europe", dans le cadre du XXIIe sommet ibéro-américain

VIII Conférencea Iberoamericaine des Ministres de l'Emploi et de la Sécurité Sociale
(Photo Archives Ministerio de Empleo y Seguridad Social)

L’Amérique latine d'égale à égale avec l'Espagne. Qui l'aurait cru il y a vingt et un ans, quand le premier sommet politique ibéro-américain avait pour simple intention de forger une communauté entre les anciennes métropoles ibériques (Portugal comprise) et leurs ex-colonies américaines sans remettre en cause les positions ? A cette époque-là, l'Espagne ne connaissait pas la crise, l'Amérique latine balbutiait son économie. Deux décades plus tard, ce sont des trajectoires inverses qui opposent les deux blocs politiques unis par une même langue et un héritage culturel commun : le "Nouveau Monde" foisonne de richesses quand la "vieille Europe" tangue dangereusement.

Vers des relations bilatérales plus équilibrées
Dans ce contexte, le XXIIe sommet ibéro-américain va s'ouvrir ce vendredi à Cadix, la belle andalouse aux yeux de velours. De nombreux chefs d’États et de gouvernements sont attendus, à commencer par le roi d'Espagne Juan Carlos, qui inaugurera ces deux jours de sommet politique annuels. Le Premier ministre Mariano Rajoy devrait présenter ce congrès comme celui de la rénovation des relations ibéro-américaines, non plus d'ex-métropole à ex-colonies mais d'égal à égal, ce qui marque un tournant dans les relations bilatérales entre les deux continents.



La crise diplomatique de l'an dernier au rayon des vieux souvenirs

Déjà l'année dernière, onze chefs d’États de pays d'Amérique latine avaient plus ou moins snobé le sommet d'Asunción, au Paraguay, montrant ainsi un signe d'irrévérence à leur ancienne métropole qu'il fallait comprendre comme un signe d'émancipation : parmi les absents figuraient la Brésilienne Dilma Rousseff, l'Argentine Cristina Fernandez de Kirchner, le Vénézuélien Hugo Chavez, le Colombien Juan Manuel Santos et le Cubain Raul Castro. El Pais avait alors titré : "L’Amérique latine tourne le dos à l'Europe." Cette année, la chef de gouvernement argentin a déjà fait savoir qu'elle ne se déplacerait pas en Andalousie pour des raisons de santé (elle souffre d'hypertension artérielle chronique). Hugo Chavez et Raul Castro, eux, n'ont toujours pas fait savoir s'ils assisteraient aux échanges, mais leur silence laisse à penser qu'ils ne viendront pas. Les autres dirigeants d'Amérique latine devraient être de la partie, ce qui laisse envisager que la crise diplomatique est terminée.

La question de la coopération économique au centre des débats
Les relations ibéro-américaines sont donc en voie de stabilisation. Et c'est un bon signe car les deux blocs politiques sont inter-dépendants dans leur économie : l'Espagne puise chaque année ses matières premières dans les mines du Brésil ou les forêts d'Amazonie quand les pays d'Amérique latine scrutent chaque jour avec un œil inquiet l’essoufflement de la société de consommation européenne, préjudiciable pour la croissance de leurs PIB (estimée globalement à 5% ces dernières années). Ce n'est pas un hasard si la question d'une meilleure coopération économique sera au centre des débats pendant ces deux jours de discussion. Reste à savoir si ce regain de travaux en commun sera suivi d'actes concrets. Le sommet ibéro-américain, faute d'avancées significatives ces dernières années, était menacé d'extinction. En cette fin de semaine, il en ira de sa bonne continuité : on parle déjà de le rendre bisannuel.

Damien LEMAÎTRE (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 14 novembre 2012

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