Célébration dans l'intimité et dans l'émotion de ce 18 juin 2013. Les Forces Aériennes Françaises Libres étaient à l'honneur pour leurs faits d'armes et leur côté humain
Calme, souvenir et gravité
Les drapeaux britanniques sur le Mall, vestiges du récent anniversaire d'Elisabeth II, continuent de fasciner les touristes. A Carlton Gardens, c'est pour une autre cérémonie que les étendards français étaient déployés. Les marins du Cormoran étaient au garde à vous pour commémorer l'appel du Général de Gaulle. Une cérémonie touchante pour les Français comme pour les Anglais, organisée par la Mission de Défense de l'ambassade.
Churchill avait lancé à De Gaulle dans son bureau du 10 Downing Street, il y a 73 ans : "Vous êtes seul ? Eh bien, je vous reconnais tout seul !" M. Antoine Anfré, ministre conseiller remplaçant Son Excellence M. Bernard Emié en déplacement en Irlande pour le G8, a salué l'entente franco-britannique en décorant quatre militaires français et britanniques sous les yeux des pensionnaires du Royal Hospital de Chelsea aux manteaux écarlates. Ces combattants en Libye et pendant les révolutions arabes arboraient leurs récompenses dont l'Ordre national du Mérite, qui fête cette année ses 50 ans, dans un silence solennel que seul Big Ben a troublé.
Une situation qu'Axelle Lemaire, députée des Français établis en Europe du Nord, a résumé ainsi :"C'est impressionnant ! Ça fait 2 ans et chaque fois, c'est la même émotion que je ressens en écoutant le discours du Général". Ce discours mythique lu par Bernard Masson, président de l'association des membres de l'ordre national, à la voix tremblante a visiblement touché l'assemblée présente. A ce ch?ur de civils et d'officiels pendant la Marseillaise s'ajoutaient les timbres cristallins d'une classe de CE2 du Castellet venus spécialement pour approfondir leurs cours sur la Seconde Guerre Mondiale.
Le souvenir des Pilotes Français Libres comme vitrine des hommages
Olivier Chambard, consul général, a dit qu'il n'y avait pas de "meilleur endroit" pour célébrer le 18 juin. Le lycée Charles de Gaulle recevait également les visites officielles pour cette journée qualifiée de"particulière pour les Français londoniens". Alors que les collégiens tâtaient du ballon dans la cour, certains passaient la tête au-dessus de la foule pour suivre la cérémonie. Apercevant ces jeunes curieux pendant son discours, la députée des Français établis en Europe du Nord, s'adresse à eux pour souligner cet "exemple concret pour combattre la fatalité". Un exemple que pourtant un bon nombre d'anciens d'élèves de l'établissement francophone a connu de très près.
L'évocation de ces jeunes morts pour la France a interpellé plus d'un visiteur mais bien moins que la nouvelle vitrine dédiée aux pilotes Français-libres, conçue et orchestrée par Brigitte Williams, déléguée de la Fondation de la France-Libre, et Ian Reed, directeur du musée aérien du Yorkshire. A la gauche du buste du Général de Gaulle, les reliques des Forces Aériennes Françaises Libres retracent les combats de ces soldats de l'air. Le consul général a salué cette "jeune France libre qui refusait la défaite et qu'à présent rien n'effacera". Une jeunesse qu'Axelle Lemaire a rapprochée de celle motivée par l'ouvrage de Stéphane Hessel qui "s'indignait contre la fatalité". En commentant la nouvelle vitrine, Ian Reed rappelle"qu'un bombardier sur deux périssait en exercice, ils ont souffert énormément mais ils étaient déterminés pour libérer la France".
Les sépultures de ces héros si discrets tombés pour la France alignées dans des cimetières à perte de vue les font souvent passer pour des soldats inconnus. Mais sous un dessein commun funeste, il peut se cacher un destin incroyable. Jan Leeming fut victime de cette magie. La mythique présentatrice britannique de télévision avoue être presque"tombée amoureuse" d'un de ces héros anonyme, jusqu'à porter son portrait contre son c?ur. Désirant être marraine d'un soldat français au mémorial de la bataille d'Angleterre de Capel-le-Ferne, la femme de télévision apprend alors l'existence de René Mouchotte, premier pilote français à conduire un groupe de Chasse de la RAF.
En lisant les mémoires du combattant, ses "Carnets", Jan Leeming découvre plus la solitude de ce soldat éploré par la perte de l'un des siens, un camarade, un ami que les faits d'armes des Forces Aériennes Françaises Libres. Ainsi est née l'idée du documentaire Searching for René diffusé sur la BBC. Le projet est rapidement à l'arrêt, faute, en partie, d'interlocuteurs. Et c'est en posant un petit mot sur la tombe du soldat "recherché" au Père Lachaise que Jan Leeming dénoue son projet et retrouve Jacqueline Mouchotte, s?ur de René Mouchotte. Le gendre de cette dame de 102 ans se souvient de cette rencontre incroyable, à réécouter les souvenirs du passé : "elle n'avait pas entendu la voix de son frère depuis plus de 50 ans, elle en a parlé ? jusqu'à sa mort".
Les souvenirs ne s'estompent pas pour Eric Simon. L'écrivain passionné par l'histoire londonienne raconte avec délectation et passion l'évolution du quartier de South Kensington passant de quartier général des FAFL en quartier posh. Des soirées des"popotes de l'aviation" avec du vin à 5 pennies aux concerts de Stéphane Grappelli, compagnon de Django Reinhardt, les permissions des soldats qui aimaient jouer du Courteline"représentaient l'esprit de liberté d'une France libre".

















































